HIWARCHABAB

 

Ce Hiwar Achabab, ou dialogue avec les jeunes, malgré son apparente bonne volonté, constitue l' aveu implicite d'un patent échec; celui de l'absence du débat avec les jeunes. Cet aveu révèle en filigrane un autre plus profond encore: celui de l'absence du débat tout court.

Il s'agirait d'une stratégie de contournement qui évite de reconnaitre cette énormité selon laquelle il n'y a pas de Débat dans le pays ( ça reste en tout cas l'hypothèse de ce blog depuis ses débuts)
Les jeunes seraient seulement un prétexte pour ouvrir un débat plus large que les dirigeants sentent utile à un moment où le pays traverse une grave crise économique.
En effet, il serait inimaginable de créer un Hiwar Achaab, dialogue avec le peuple. Ce serait un aveu d'autisme que de voir l'Etat déclarer du jour au lendemain ouvrir un débat avec ses sujets.

Sauf que ce raisonnement qui malgré tout, porte haut les ambitions de cette initiative, s'arrête net dès que l'on ouvre le site du hiwar, et que l'on se heurte à nouveau à cette longue de bois qui ne s'est jamais usée et que l'on a appris à reconnaître au premier clic.
Sans vouloir perdre mon temps à décrire une médiocrité qui nous est devenue intrinsèque, je voudrai simplement analyser le sens caché de certaines formulations:

"la jeunesse est la solution et non le problème"

Imaginez le ridicule de ce  slogan "الشباب هوالحلّ وليس المشكل" transposé à l'échelle du peuple  "الشعب هوالحلّ وليس المشكل" :Le peuple est la solution et non le problème. Cette formule déjà insultante pour la jeunesse appliquée sur l'ensemble de la population révèle ce rapport condescendant qu'entretient l'Etat avec ses administrés, comme un patron qui en acceptant de ne pas licencier ses employées annonce fièrement que ces derniers seraient la solution et non le problème.
Nous ne sommes ni une solution encore moins un problème, nous sommes seulement la raison d'être de l'Etat! 

"Suggérez une idée et gagnez un portable PC"

Cette pathétique histoire de cadeau porte une vision méprisante sur le tunisien de manière générale. Elle le réduit à un animal social dont le seul intérêt pour la chose publique ne se manifesterait que par l'appât du gain. Ainsi pour l'impliquer il faudrait lui faire agiter l'espoir de gagner un portable ou un voyage organisé sans quoi ce dernier continuerait à végéter dans l'insignifiance de sa méprisable vie.

Soyons sérieux

Nous ne sommes pas les seuls, nous les jeunes, à réclamer un débat. Tout les tunisiens en réclament depuis longtemps. Nous ne voyons pas l'utilité de reproduire à l'échelle d'un site pour jeunes la mascarade qu'on retrouve dans l'ensemble des médias publics, celle où des animateurs simulent de faux débats loin des réalités et des attentes des citoyens.
Cette agitation, on l'a compris, ne fera pas long feu, car beaucoup de ces jeunes débattent déjà et ils n'ont pas attendu qu'on leur décrète cela d'en haut, ou qu'on les appâte de PC pour réfléchir sur leur condition et sur leur pays. Ces jeunes demandent seulement qu'on cesse de les utiliser à des fins électorales et qu'on arrête de les considérer comme un problème, car le problème, ce sont ces vieux qui nous dirigent et qui ne sont surtout pas la solution pour les prochaines échéances. Voilà un constat, qui suggère déjà une idée très simple. Une idée que j'éviterai d'exprimer. Une idée qui ne me rapportera certainement pas un PC portable...
Cette idée il ne tient qu'à nous, jeunes, de la concrétiser.