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Quand un journaliste  franchit la ligne mauve

Dans le pays des jasmins on chante la liberté d'expression et des Droits de l'Homme.  Cette liberté est circonscrite dans les limites d'un cercle étroit au contour mauve. Le ou la journaliste qui s'aventure en dehors de ce périmètre s'attire la colère des Dieux: ainsi en est-il de la radio dissidente Kalima qui à peine s'est elle mise à émettre sur une onde ultra-mauve que les foudres du ciel lui sont tombés sur la tête. Ses locaux furent perquisitionnés et une enquête judiciaire s'est ouverte contre ses journalistes. Pareil pour Le journal Attariq qui a osé publier l'interrogatoire d'un des dirigeants du mouvement social du bassin minier. Le journal n'a pas trop attendu pour que des ciseaux sortent des nuages et viennent couper en morceaux son dernier numéro.

A l'intérieur du cercle mauve

A l'intérieur de ce cercle qui ne dépasse pas les 7 mètres de rayon, une culture de journalistes langues de bois prolifère depuis 21 ans. Une densité humaine qui dépasserait celle de Gaza y est maintenue en vie grâce à une minable perfusion de 200 dinars par mois. Leur travail se résume à débiter à longueur de journée des mauveries et des changementeries de toute sorte. Ce n'était peut être pas trop cher payé pour de telles bêtises, mais tout de même, il y avait un seuil en dessous duquel même nos laudateurs les plus zélés pouvaient se révolter. C'est ce qui s'est d'ailleurs produit il y a plus d'une semaine lorsque 150 journalistes et techniciens avaient manifesté leur grogne et menacé de faire une grève de la faim (ici). Heureusement que le ministre de la communication, sous instruction du grand patron, avait plaidé leur cause en acceptant de les augmenter. Dans la une de l'organe du parti (journal "El Houria"), un journaliste expliquait cette générosité par la volonté de l'État, notez bien, de défendre le Droit des médias et de promouvoir la liberté d'opinion!

Encore une fois l'État magne avec habilité ses contradictions: d'un côté il s'attaque sans vergogne à la liberté d'expression de journalistes indépendants, et de l'autre il cède à des revendications matérielles de journalistes complaisants et ce au nom de la liberté d'expression ! Dans l'art de l'hypocrisie, avouez que l'on ne peut pas faire mieux!