Quand le mauve se bourguibise...
Le 6 Avril 2011 a été commémoré le 11ème anniversaire du décès de Habib Bourguiba. Autant dire qu'il s'agissait de la première commémoration du Bourguibisme après 10 ans de quasi-censure par Ben Ali. Les anciens journaux de la propagande se sont bien lâchés pour rattraper le retard. Ils n'ont pas manqué de tartiner leurs articles d'éloges et de gratitude à la gloire de l'artisan du changement... pardon! le père de l'indépendance. Il faut dire qu'après la fuite du grand mauve, certains sont en manque sérieux de flagornerie. Grâce à la réhabilitation de Bourguiba, ils vont être bien servis!
Récupération de Bourguiba
Soyons sérieux, il ne s'agit pas là de nier l'œuvre du "combattant suprême", ni de minimiser ses apports, mais d'exiger en ce moment de notre Histoire un bilan complet du Bourguibisme tenant compte aussi (surtout) de sa part d'ombre si tant est que la dictature mauve en est le pur produit. Ce serait faillir à la mémoire de cette figure de l'indépendance que de ne pas montrer l'envers de sa médaille.
Mais voilà les vieux réflexes de nos journalistes en quête d'un homme providentiel idéalisé, une sorte de père protecteur -ou fouettard-, se lit à travers ces lignes que j'ai pris au hasard:
Ainsi cet article de la Presse "A la recherche du père perdu" illustre par sa caricature la persistance de la vision paternaliste du pouvoir. Bourguiba est dessiné en sympathique dandy accueillant un jeune (symbole de la révolution) criant "papa!". Voilà résumé ici l'avenir de la Révolution vu par le journal: un enfant jeté dans les bras d'un prochain despote. La suite de l'article est dans le pur style du défunt "dialogue avec les jeunes" (sous Ben Ali) où l'auteur nous dépeint une jeunesse idéalisée dont "Le credo semblait être de «rendre sa place dans l’histoire à ceux qui la méritent, en expulser les usurpateurs et ramener les lumières sur les vrais patriotes faiseurs d’avenir…». A l'époque dans ce même genre d'article, Ben Ali faisait partie de ceux qui méritaient leur place dans l'Histoire et les usurpateurs étaient ces insectes d'opposants jaloux et traitres de la patrie.
Ensuite le journaliste tape sur ces "éternels" sceptiques à savoir ceux qui critiquent le retour du Bourguibisme. "Éternels" car sous Ben Ali ces aboyeurs hurlaient déjà contre le culte de la personnalité, la dictature, le bourrage des urnes et l'atteinte à la liberté d'expression tous hérités du "Zaim". Mais ce journaliste préfère s'en prendre à ces éternels emmerdeurs et continuer tranquillement dans la voie facile des éternels fayots...

Tout aussi éloquent l'exemple de Mezri Haddad bouffon en chef du Ben-Alisme, qui au lendemain de la chute de son dictateur chéri, nous annonce publiquement le lancement de son mouvement néo-Bourguibiste. Pour cet orphelin de la dictature, le Bourguibisme est une issue de secours royale.
Un autre orphelin plus caricatural encore, un certain Hmida Ben Jemaa que les blogueurs connaissent bien. Ce "cyberpatriotard" qui vouait un culte sans précedant à Ben Ali n'a eu aucun scrupule à effacer les photos de son idole déchu et à afficher du jour au lendemain son amour pour Bourguiba.
Conclusion
Nombreux sont les exemples de cette récupération facile du bourguibisme par les mauves. Ces clowns ne doivent pas nous empêcher de reconnaitre les valeurs de ce personnage historique. Évitons en revanche d'entretenir avec eux le culte du combattant suprême, sans quoi nous leur offrons une voie de réhabilitation qui les fera revenir petit à petit sur la scène politique. A se demander d'ailleurs si notre premier ministre Caid Sebsi (tyranosaure du Bourguibisme) ne fait pas partie de cette machination de restauration d'une nouvelle dictature Bourguibo-mauviste...Je sais. Je verse déjà dans la théorie du complot, mais pour avoir décortiqué la presse Ben-aliste pendant trois ans, j'ai cru renifler l'odeur nauséabonde de la propagande en lisant ces derniers panégyriques à la gloire de Bourguiba.
Mes amis, tuons le père une bonne fois pour toute, ou alors appelons Ben Ali à la rescousse, lui au moins il est encore vivant. De plus avec la menace grandissante des intégristes, j'en connais plus d'un qui commencent à sérieusement le réclamer!

Sur ce, bonne semaine!
Commentaires sur Quand le mauve se bourguibise...
- Encore un excellent article =)
On oublie parfois que la politique de Ben Ali et de toute sa clique est née sous Bourguiba et que ce dernier n'est pas un ange. Il faut arrêter avec l'idéalisation ou la diabolisation des anciens leaders (Bourguiba a pris beaucoup de mauvaises décisions et ses méthodes n'ont jamais été blanches tout comme Ben Ali a quand même fait de bonnes choses) et se tourner vers les nouveaux. - Tel père tel filsQue es mauves se reconvertissent au bourguibisme ou pas ce n'est pas la question. Ce qui est choquant c'est la tentative médiatopolitique re redorer l'image de Bourguiba, assassin en chef et dictateur par excellence.
Combattant suprême mon cul!
Et je m'arrête là pour ne pas en rajouter au sujet d'un mort : "واذكروا موتاكم بخير" - Le régime de Bourguiba a commis des fautes (culte de la personnalité, présidence à vie, arrestations arbitraires etc…) mais il faut rendre à César ce qui appartient à César. Le défunt Bourguiba mérite une meilleure critique, son parcours ne peut être résumé aux seuls points négatifs. Les acquis du premier président de la Tunisie sont nombreux : politique démographique, statut de la femme, politique étrangère clairvoyante, investissement dans le capital humain (éducation et santé) etc…Tout cela pour un peuple à majorité analphabète au lendemain de l’indépendance.
Bourguiba a passé près de 14 ans de sa vie isolé ou emprisonné, il a milité pour l’indépendance durant plus de 30 ans. Il n’a pas pris le pouvoir par la force, il était réellement aimé par le peuple, il n’a rien volé et il y avait une relative liberté d’expression lorsqu’il était président.
C’est Rached Ghannouchi et ses sympathisants d’Ennahdha qui ont entamé le débat sur le “combattant suprême” et non les ex-RCD. Comme par hasard, durant les deux derniers mois R.Ghannouchi n’arrêtait pas de s’attaquer à feu Bourguiba au lieu de s’attaquer à ZABA, pourtant c’est ce dernier qui est encore en vie et c’est bien lui le criminel en cavale. Il faut dire que contrairement à Ben Ali, Bourguiba avait une idéologie et sa vision est bien ancrée dans la mentalité de plusieurs tunisiens, une vision qui dérange les islamistes et qui est difficile à combattre vu le manque d’arguments.
Prétendre par exemple (et là je ne m’adresse pas à l’auteur) que Bourguiba était un dictateur révèle une analyse simpliste, réductrice et très limitée. C’est facile de généraliser et de dire que c’est les mauves qui se bourguibisent. Je suis bourguibiste et fier de l’être et pourtant je n’était pas mauve, j’ai toujours supporté le bourguibisme. Plusieurs acquis de Bourguiba doivent être sauvegardés et nous lui devons beaucoup - personne n'est parfaitmoi, d'ailleurs, ai-je le droit de dire BRAVO ?
ainsi que les commentateurs.
Moi qui me pose tellement de questions concernant Bourguiba, tantôt pour tantôt plus mesurée. Comment savoir vu d'ailleurs, les seuls qui savent mieux sont les gouvernés en direct, et une, depuis l'ancien pays colonisateur, même démocrate, contre certains méfaits (passés et présents) des pratiques de son pays, partagée en plus avec les modes du repentir qui ne servent à rien, l'important étant son comportement présent et à venir… j'aimerais que certains de mes concitoyens soient aussi matures que vous - heureusement que l'on a eu BourguibaHeureusement que l'on a eu Bourguiba, qui a été à la hauteur des enjeux.
Ceux qui ont vécu l'extrême gauche peuvent en être témoin. Ceux qui ont connu l'extrême droite aussi.
Heureusement qui Bourguiba à tenu le pays en période délicates.
Bon z, je pense que tu viens de renouveler ton diplôme islamo-communiste, tu viens d’être de nouveau publié sur Nawat.
N’enterrez pas les Bourguibistes aussi vite, la politique ne se sculpte pas dans le virtuelle.
Si par malheur les islamo-communistes arrivent au pouvoir, je ne leur donne même pas 2 à 3 ans avant de se faire jeter aux oubliettes, tellement ils font preuve de leur nullité jusqu’à présent.
En plus, avec le système politique à la proportionnelle qu’ils cherchent à mettre en place, les gouvernements changeront tous les trois mois, j’imagine déjà le bordel.
Y a si Z soit certain que dans moins de trois ans, ce ne seront pas les simpsons qui vont hurler contre les islamo-communistes, mais ceux qu’ils auront fait mourir de faim. - La liberté en cavaleDans les dictatures comme celle de ZABA, rire ou sourire est interdit, d´ailleurs a-t-on jamais vu Hitler ou Staline rire ou plaisanter ?
Ce montage-vidéo illustre Dr Tom échappant à cette police anti-sourire, qui ressemble étrangement à celle de ZABA .
Dr Tom pour moi, c´est Zouhaier le cybernaute martyr, Astrubal de Nawat ou encore Z le carricaturiste prophète de Débat tunisien...eux aussi avait nargué l´ inculte Zaba et ses sbires et assuré la libération des sourires emprisonnés.
Nous leur devons un grand merci.
http://www.youtube.com/watch?v=-7SuDCe1IsM - Tant qu'elle dureQuatre certitudes -de ma part- Cher -Z-
1. Bourguiba etait un homme exceptionnel et une grande partie des tunisiens, et jén suis, lui sont redevables de la transformation radicale de leurs horizons socio-professionnels. Le pere berger et l'enfant medecin, cést Bourguiba. Les parents analphabetes et l'enfant pilote ou cadre, c'est Bourguiba. Point, barre.
2. Bourguiba etait un autocrate. Dans l'air des temps? forcement. Eclaire? certes. Desinteresse? personne ne le conteste. Mais autocrate, neanmoins, au point de mettre son propre destin au dessus de celui de la Tunisie. Au point de se croire plus important que la Tunisie. Que nous le veuillons ou pas, c'est son autocratie qui a fait le lit de la dictature. Que nous le veuillons ou pas, Ben Ali est arrive dans ses bagages.
3. Une bonne partie des tunisiens ne sont pas prets de tuer le pere parce qu'ils ont besoin d'un referentiel, d'une legitimite encadrante. Si ce n'est Bourguiba, ca sera la religion ou l'une ou l'autre des "lignes rouges" enoncees par tout un chacun. D'ailleurs, depuis la revolution, nous n'avons fait que rajouter les lignes rouges (y compris la Revoluion elle-meme).
4. Tant que nous n'aurons pas tue le pere pour de bon, la liberte ne sera jamais a l'abri.
En conclusion: enjoy it while it lasts.



















Bon un petit post pour annoncer la naissance d'un site sur la révolution tunisienne :
http://tunisieanun.wordpress.com/
Venez nombreux : discussions, réflexions sur la Tunisie de l'après Zaba.