J'ai été quelque peu choqué d'apprendre qu'un compatriote tunisien de Mahdia, vient d'être condamné à 7 ans de prison pour avoir simplement repris des textes et des caricatures blasphématoires (voir le rapport de Human Rights Watch). A ce rythme s'ils me chopent, moi, caricaturiste blasphémateur notoire, ils me colleront illico la peine capitale...  

proceszaballajh

Il me semble que depuis l'arrivée de nos "conservateurs" au pouvoir, une stratégie d'ex-communication publique appuyée sur la religion vient d'être instaurée. Elle ne vient pas directement du parti lui-même mais d'une "société civile" armée d'avocats. Il y a eu le procès de Nessma, du quotidien Attounsiyya et maintenant ce scandale de 7 ans de prison pour caricatures blasphématoires. Ennahdha, comme d'ailleurs tout parti religieux musulman ou autre, introduit le religieux dans le débat public comme filtre servant à ostraciser ses rivaux politiques, considérés -selon leur "sainte" grille de lecture- comme des impurs, des mécréants...

Ainsi, ai-je retenu des mails du premier ministre Hammadi Jebali (piraté hier par Anonymous), cet extrait qui illustre parfaitement cette quasi théorie du complot islamiste:
Dans un message adressé par un certain H.abdel Hamid, est expliquée pédagogiquement la stratégie de bannissement public des "ennemis de la révolution" (Ennahdha se considérant bien entendu comme la seule incarnation politique de la dite Révolution) il dit ceci:(je traduis de l'arabe et c'est moi qui souligne):
"[...] Mon cher frère, nous sommes un gouvernement particulier, un gouvernement de révolution, qui se trouvera confronté à d'immenses difficultés, c'est pourquoi nous devrons protéger cette révolution et être en état d'alerte contre ses ennemis. Il faut imposer un état d'alerte maximal organisé par une société civile dense et pacifique qui exerce une pression constante sur ses ennemis. Je dis pacifique car nos adversaires nous poussent sciemment à user de la matraque et ce serait là un énorme piège dans lequel il ne faudra surtout pas tomber. Nous devrons agir en les tuant civilement, en amenant le peuple à les honnir et à leur cracher dans la figure. Nous devrons dévoiler leur manigance et les parer des oripeaux de la trahison et du complot pour toujours! Il faudra qu'on dévoile leur apostasie, leur débauche, et leur atteinte à l'identité musulmane de ce grand peuple! Tout cela ne peut s'accomplir que dans le cadre du parti et de la société civile en dehors du gouvernement et des ministères [...]"
(voir ici l'original
Tout est dit. S'explique ainsi la horde de salafistes dont le pacifisme par contre laisse à désirer. S'expliquent surtout tous ces débats théologiques vers lesquels ils nous ont entraîné. Ils ont réussi à nous faire parler de charia, de port du voile, d'identité musulmane, tandis que les véritables maux de la société, ceux contre lesquels s'est élevée la révolution de Janvier, à savoir le chômage, la pauvreté et la corruption, sont restés lettres mortes. Nous sommes tous tombés dans ce piège. Et ce ne sera peut-être que le début d'une longue série de chantages religieux qu'ils nous feront à chaque fois qu'ils se heurteront à des difficultés...

bombecoran

Mes amis, c'est en ce sens que la criminalisation du blasphème est dangereuse car on ne saura plus où commence et où se termine la ligne rouge. C'est pourquoi je considère que dans ce blog il n'y aura tout simplement pas de ligne rouge et l'accusation de blasphème à laquelle je m'expose, est complètement assumée et ce afin de lutter à ma manière contre ces minables chantages. Sachez, d'ailleurs, que je ne considère pas mon attitude offensante pour les croyants sincères, car je ne m'attaque pas à leur foi. Je m'attaque seulement au commerce politique de la foi. Je m'attaque à Zaballah et à ses sbires comme je m'attaquais à Zaba et ses mauves. Sortons donc tous ces thèmes de nos débats, dégageons les salafistes et les marchands de foi de nos rues et de nos universités, sortons donc dans l'avenue en ce 9 avril, fête des martyrs et rappelons à nos élus les priorités de la révolution! Dignité, travail, et j'ajouterai bonheur!

Merde! j'ai oublié que l'avenue est interdite de manifestation!

Au moment-même où je vous écris, des manifestants se font tabassés, matraqués et "lacrymogénés" par les forces de l'ordre. La police s'attaque violemment à la foule qui a osé braver l'interdiction de manifester sur la symbolique Avenue Habib Bouguiba à Tunis. Cette manif succède à une autre organisée samedi dernier -violemment réprimée- que le journal en ligne Alfajr d'Ennahdha qualifie de marche insignfiante conduite par des communistes (athées?) (voir ici)

Mes amis il ne s'agit pas ici de contester le monopole de l'état sur la matraque (oui je ne suis pas un anarchiste), et d'ailleurs ne vaut-il pas mieux la violence officielle du ministère que la violence officieuse des salafistes, telle que le suggère le mail de Jebali.
Cependant dans ce cas précis, il y a dans l'interdiction de l'avenue et l'usage de la violence policière qui s'en suit, quelque chose de certes légal, mais certainement pas légitime! Au-delà du fait d'interdire les manifs sur l'avenue la plus symbolique de la révolution, nous avons tous en mémoire le laxisme des forces de l'ordre en faveur des salafistes. D'abord à la Manouba, ensuite dernièrement sur l'avenue. Rappelez-vous du 25 Mars dernier, jour où la police a laissé ces barbus s'attaquer ouvertement à une manif d'artistes concomitante à la leur. Bien sûr que pour nos amoureux de Zaballah, l'art et la culture sont une expression occidentale de la débauche...Mais là n'était pas la question. Cet incident semble avoir servi au ministère de l'intérieur d'excuse pour interdire toute manif sur l'avenue. Les groupes salafis firent office d'épouvantail donnant ainsi au ministère une justification pour boucler l'artère centrale de Tunis et s'épargner un 14 Janvier Bis... 

homos

Plus de manif du tout et le problème est réglé!
A propos, ce dernier dessin est loin d'être une caricature: une campagne de pub lancée par une marque de boisson (voir la photo ici) a suscité l'ire des E-salafistes de facebook. Ils avaient cru que les emballages des troncs d'arbre en arc-en-ciel étaient un appel télépathique pour une manif gay sur l'avenue. Indignés, ils appelèrent à ce que le ministère de l'intérieur agisse en toute urgence contre ces symboles de débauche et de dépravation! Dans le royaume de Zaballah, pas de gays, pas d'artistes, pas de théâtres, pas de manif, pas de transgression, pas d'opposition, sinon gare au blasphème, à l'ex-communion au tribunal d'inquisition!

 Et les Ben Simpsons dans tout ça?

Les Ben Simpons qui l'année dernière étaient contre toute manif visant à bloquer le gouvernement et l'économie nationale, répondent aujourd'hui présents à toutes les marches contestataires dès qu'il s'agit de taper sur Ennahdha. Au fond d'eux même s'ils avaient à choisir entre Zaba ou Zaballah, il n'y a pas photo, ils préfèrent sans hésitation le grand mauve au grand bleu. Ils avaient accueilli avec beaucoup d'espoir la rumeur selon laquelle le Général Rchid Ammar, excédé par l'incompétence du gouvernement, aurait menacé de siffler la fin de la récré!
Le blog DEBATunisie confirme l'info...

recre

Faute de coup d'état militaire à l'algérienne, contentons-nous d'une douche froide et réveillons-nous!