En 2006 commencèrent en Tunisie des prospections en vue de construire des mégaprojets immobiliers avec marinas, terrains de golf et tours climatisées à gogo. La propagande mauve de l'époque vantait le pharaonisme de ces projets prometteurs en emplois, richesses et modernité. Nous étions une minorité à nous insurger contre ces investissements. Nous contestions leur menace écologique (bétonnage à outrance de la sebkha) mais surtout l'opacité du montage financier et l'absence totale de concertation avec les experts, les urbanistes et les riverains. Sous la dictature, tout le monde devait applaudir les milliers d'emplois promis en veillant à bien fermer sa gueule sur les magouilles, pots-de-vin et commissions occultes...sans parler de l'écosystème, et encore moins de la vie amoureuse des flamants roses... Et puis vint la crise, ensuite la révolution, et tous ces mégaprojets sortirent par la porte de derrière un à un, ni vu ni connu.

Mes amis, il ne s'agit pas ici de faire du fascisme écologique ou de s'opposer bêtement au progrès. Nous avons tous besoin d'oxygène et de nouveaux projets, immobiliers, touristiques, culturels, énergétiques...Ce que nous sommes par contre en droit d'éxiger après la chute de Zaba, c'est la transparence et la concertation pour toute intervention sur l'espace public (urbain ou rural, en surface ou en sous-sol)

Quand la révolution risque de faire pschiste...  

Et voilà que surgit le dossier sulfureux du gaz de schiste. La pétrolier Shell envisage d'explorer dans la région de Kairouan un gisement de ce gaz. L'extraction reste malgré toute les précautions, une opération à haut-risque pour l'environnement. Nous n'allons pas exposer ici tous les dangers longuement ressassés ici et là sur le gaz de schiste. Par contre nous devons nous interroger sur nos dirigeants, qui de Zaba, Essebssi à Nada, adorent les gros-bonnets de l'industrie et qui au nom du développement, leurs ouvrent les yeux fermés les cuisses de mère Tunisie. Encore une fois l'argument de l'emploi et du développement économique sera mis en avant, et au diable les nappes phréatiques et la contamination des sous-sols...

schiste

Après la révolution, il y a de quoi s'indigner encore plus lorsque le gouvernement continue à mépriser la société civile (toute fraîche, réveillée par un 14 Janvier), sur un sujet pourtant polémique qui a fait couler beaucoup d'encre du Canada, aux États Unis en passant par la France. Le ministre de l'industrie, "professeur" Chakhari, est allé jusqu'à défendre Shell et vanter le professionnalisme du géant pétrolier accusant les protestataires de propager des fausses rumeurs ou d'oeuvrer pour le compte de partis occultes. Pour un ministre qui se dit universitaire, se montrer aussi désinformé sur un tel sujet osant qualifier de rumeurs des doutes fondés exprimés planétairement, c'est quand-même faire preuve ou bien d'une dangereuse incompétence ou alors d'un intéressement douteux avec Shell.

La société civile marque un point

Sauf que cette fois, la mobilisation de la société civile (sit-in, pétitions, facebook...) a fait reculer nos hauts-fonctionnaires, les obligeant à bloquer le contrat avec Shell et annoncer un moratoire sur le gaz de schiste. Il faut reconnaître que cette action constitue un des fruits de la révolution. Mais la lutte est bien loin d'être terminée. Des exploitations de gaz de schistes existent déjà dans le pays depuis 2010. Selon wikipédia, "Plusieurs sociétés comme Winstar Resources, PERENCO ou Cygam Energy ont déjà commencé à utiliser la méthode de la fracturation hydraulique" (voir ici).

Mais demeure la boite de pandore de l'industrie pétrolière en Tunisie. Une boîte noire inaccessible depuis Bourguiba et qui pourrait révéler bien des magouilles entre grosses boîtes étrangères et fonctionnaires locaux qui se seraient bien partagés le gâteau noir depuis des décennies. Selon certains experts, les richesses détournées par ces circuits occultes auraient pu à elles seules nous assurer une indépendance énergétique. Selon leurs dires, si la collectivité récupère tout ce manque à gagner, elle pourra se passer de nouveaux forages de gaz de schiste et s'épargner les dangers que porte cette technologie sur l'environnement...
Cette histoire de gaz de schiste semble être la pointe de l'iceberg. Il s'agit de la partie visible d'un énorme bloc qui englobe également le dossier explosif du phosphate...Merci donc à ceux qui nous ont ouvert les yeux sur cette question. La lutte continue!

Liste de quelques groupes actifs contre le gaz de schiste:
http://www.facebook.com/groups/229959880465551/ 
http://www.causes.com/causes/785429-petition-arreter-le-massacre-archeologique-et-ecoloogique-du-cimetiere-marin-de-mahdia-tunisie/actions/1689811