03 février 2013
Zaballah campe sur ses positions
Depuis qu'a été lancée l'idée d'un remaniement ministériel, le gouvernement est entré dans un blocage faute de compromis au sein de la troïka. La structure déjà fragile de cette alliance bâtarde entre islamistes et progressistes présente désormais d'énormes fissures qui menacent sérieusement de faire tomber l'édifice. Ce qui est positif dans ces crises politiques, c'est que ressortent au grand jour les intentions cachées des différents protagonistes. Mais c'est surtout Ennahdha qui dévoile son jeu. Elle nous dit: j'y suis j'y reste!

(voir ici)
Commentaires sur Zaballah campe sur ses positions
- Pensées Halal
En train de suivre vos débats de loin et voudrais rebondir sur quelques échanges récents.
1. Cette histoire de tunisiens de l'extérieur et de l'intérieur ne me parait pas sérieuse. Pour commencer, ceux qui gouvernent aujourd'hui ne viennent pas vraiment de l'intérieur. Ni de l'extérieur d'ailleurs, ce qui représente un double malheur. Ils étaient a l'extérieur mais y vivaient en cocon, ce qui veut dire que même s'ils portent pour beaucoup d'entre eux la nationalité française ou britannique, dans la tête ils sont plutôt soudanais. Ensuite, ne faisons pas comme si les tunisiens de l'extérieur seraient par définition plus "modernes". Ceci n'est confirmé ni par leur dernier vote, ni par le fait qu'une bonne partie de la diaspora tunisienne vit encore avec l'idée de l'honneur et la moralité qu'ils ont laissé. Si fracture il y'a, je dirais qu'elle existe surtout a l'intérieur du pays même.
2. Qu'Ennahdha campe sur ses positions ne devrait étonner personne. Ils n'ont pas combattu pour la liberté pour qu'ils l'instaurent une fois au pouvoir!! Ils se sont battus pour un modèle sociétal qui est antagonique aux libertés, et ils essaient de le mettre en place dans un contexte marqué par deux complications, l’une imposée et l’autre voulue. La première est que la mise en place s’opère dans le contexte d’une révolution aspirant a la liberté et ayant largement brisé le mur de la peur. La deuxième est que le produit doit rester vendable auprès des occidentaux, notamment les américains. Les gymnastiques que vous voyez depuis n’en sont que le produit naturel. Oublions donc cette histoire de conciliation entre islamisme politique et démocratie. Les islamistes tunisiens sont les héritiers des frères musulmans après avoir passé, pour certains d'entre eux, comme Ghannouchi d'ailleurs, par la case nationalisme arabe. La démocratie n'as aucun sens dans l'un ou l'autre référentiel. Ce qui y a un sens, par contre, c'est l'autocratie, la rigidité culturelle, les assassinats et les coups d'état. Étant tunisiens et donc forcément traversés jusqu'a un certain degré par l'effort de modernisation par l'école publique après l'indépendance, ils sont légèrement plus éclairés que la moyenne de la fratrie. Leur DNA reste, cependant, dominé par ces deux référentiels. Ils pourront se montrer moins dogmatiques, soit sincèrement, soit de par la politique de marketing auprès de l’occident, mais la ligne directrice restera inchangée.
3. Après l'avoir raté par deux fois, Ennahdha c'est retrouvé au pouvoir comme par intervention divine et elle n'est pas prête de le lâcher, pour la raison essentielle qu'elle n'est pas porteuse d'un modèle socio-économique, qui peut souffrir l'alternance au pouvoir, mais d'un modèle sociétal qui antagonise une partie de la société, et dont l'implantation ne peut souffrir les alternances au pouvoir.
4. Ennahdha n’aura pas l’assentiment des tunisiens pour rester au pouvoir. Le pays ne c’est pas assez modernisé et structuré pour en être vacciné définitivement; mais tout de même assez pour exclure sa gouvernance uniquement par bismillah wassalatou wassalamou 3ala rasoul illah. La question qui me parait plus opportune est d'essayer de savoir jusqu'ou Ennahdha est prête à aller pour garder le pouvoir? La réponse serait, sans doute, très loin mais peut être pas trop loin. Très loin, en utilisant l'arsenal répressif existant tant en ce qui concerne la liberté d'expression que les modes comportementaux. Très loin en utilisant les salafistes un jour, les LPR le lendemain, et une flicaille pour une partie revancharde le surlendemain. Très loin en participant a "pakistaniser" le pays par la destruction volontaire et planifiée du référentiel d'Etat civil, qui en faisait, malgré des imperfections plus que flagrantes, la singularité. Très loin en investissant l’administration et achetant les tunisiens prêts à se vendre au plus offrant. Mais pas trop loin pour trois raisons encadrantes. La première tient à l'environnement géopolitique, marqué par le marquage des américains et, surtout, par l'irréductible opposition de l'Algérie et l'alliance algéro-française dont les contours se dessinent. La deuxième tient a la nature du tunisien, prêt à en découdre mais pas vraiment prêt a tomber dans l'irréparable. La troisième tient à l'impératif de maintenir la cohésion de l'organisation elle-même. Est-ce à dire qu'Ennahdha serait prête à laisser la place à Nida Tunis, par exemple, si ce dernier remporte les élections? Pas forcément. Elle ferait d'abord tout, absolument tout, pour écarter cette éventualité. Et si, a Dieu n'en plaise, elle échoue, elle n'en continuera pas moins d'être une nuisance plus qu’active. Sauf si l’échec mène a l’implosion de l’organisation.
5. Ce que je retiens personnellement de ces 2 années est que, pour parler avec les « douktours », le pays compte plus d'anticorps que je n'aurais imaginé dans mes rêves les plus optimistes. Le foisonnement de la société civile est à ce titre un motif de fierté. Ce que je retiens ensuite, c'est qu'en écartant un instant les tendances que je ne qualifierais pas d'épiphénomènes, mais qui restent finalement relativement marginales, le pays est resté grosso modo au milieu. Le désastre économique, l’amateurisme clownesque et le maintien des mêmes mauvaises habitudes cupides et claniques y sont peut être pour quelque chose. En tout cas, le fait est la.
6. Et pour finir, cette histoire de la démocratie et nous. La démocratie n’a qu’un seul sens, même si elle peut avoir mille déclinaisons. Elle est l’expression d’une relation entre population et État basée sur la notion de citoyen. Ceci n’empêche pas que l’héritage commun qui a rassemblé cette population en premier lieu puise son essence dans des référentiels d’ordre ethnique, linguistique, culturel et religieux, ni n’implique forcément qu’il faut mettre un trait sur ces référentiels pour assoir la démocratie. Le faire serait nier les bases même de la fondation des États. Mais il y’a, si vous voulez, un SMIG démocratique : le libre choix des dirigeants, la séparation des pouvoirs, la liberté d’expression et la liberté de conscience. En deçà, aucun espoir de bonne gouvernance ni de progrès humain durables. Les libertés comportementales, qui semblent devenir notre fixation, ne font pas parti à mon sens de ce SMIG. Elles sont tributaires des normes sociales, lesquelles peuvent bouger, et le feront de plus en plus vite avec l’individualisation de la société, mais ne peuvent être imposées. Sinon, tout espace public et tout mode comportemental est régulé. L’année de la naissance d’Obama, les 2/3 des états fédéraux américains interdisaient le mariage interracial. Ceci n’a pas empêché la norme de bouger et Obama de devenir président moins de 50 ans après. Aujourd’hui encore, beaucoup d’états américains interdisent certaines pratiques sexuelles. Non pas dans le genre dark rooms d’Amsterdam, mais avec votre conjoint dans votre chambre à coucher. Et ceci ne fait pas des États-Unis une dictature. L’essentiel a mon sens est d’avoir le SMIG + une loi fondamentale qui privilégie la tolérance des « déviations » comportementales qui ne manqueront pas de foisonner, pour devenir la norme pour certaines, plutôt que leur répression. Prétendre que ceci ne nous sied pas puisque étranger a notre identité et découlant du centrisme culturel occidental, est a mon sens l’expression d’un complexe d’infériorité enfui, et l’affirmation d’un relativisme culturel dont le fondement, enfui lui aussi, ne relève in fine que du racisme ordinaire. - Je suis en retard sur la nouvelle norme et plaide la liberté de conscience.
Mais faites gaffe aussi!! I y'en a qui vous dirons que la norme depuis William S. c'est au finiSh. C'est vrai que Hamadi Jebali en a fait au finiChE, mais a ma connaissance il n'établit pas les normes, Enfin...........non sans le renfort des LPR en tout cas.
- quelques remarques:
1)Ce que m'ennui ici est qu'on est toujours dans l'abstraction et dans la théorie , ce qui m'intéresse maintenant c'est comment traduire politiquement ce discours dans la réalité.Que cela soit un smig ou un salaire médian démocratique , je serai le premier à applaudir mais qu'elles sont les forces politiques qui vont porter ce projet ? repeter comme un mantra démocratie, démcratie même pendant 1000 jours de Brahma comme diraient les autres ne nous fait pas avancer.
2) Si j'ai dit ailleurs mon scepticisme sur la démocratie ce n'est pas pour des raisons d'identité culturelle comme disaient d'autres tunisiens mais parce qu'elle demande "un pacte social" entre l'élite et le peuple : on vous laisse le pouvoir et vous pouvez en jouir et en échange vous travailler pour la majorité et respecter les règles. Ce pacte est en train de se fissurer même en occident , vous votez pour des gens et puis ils vous font un bras d'honneur et vous n'avez qu'attendre la prochaine échéance (analyse vieille comme Platon!).
L'autre raison est que si les instutitions limitent l'arbitraire des hommes, ces instutitions ne tombent pas du ciel et sont faites par des hommes aussi.
Ce qui se passe aujourd'hui en Tunisie ne me surprends pas de tout d'ailleurs et on aura la même chose avec Nida touness.
3)Il a une différence entre Libre enfin et moi :Je ne crois pas de tout à cet horizon lumineux de progrès humains et de bonheur qui finira par arriver ou la démocratie triomphera même chez nous.L'histoire me parait beaucoup plus tragique et les choses sont trop fragiles.Un politique avisé est un capitaine qui fait ce qu'il peut en attendant la tempête qui peut surgir à chaque instant.Le "messianisme démocratique"(comme le "messianisme commnuiste") est une forme laicisée du missianisme chrétien.
4) On oublie une chose souvent ici : Les tunsiens sont majoritairement croyants et pour un croyant il y a une hiérarchie de prioritée et son devenir posthume ( dans quelle condition il sera après sa mort ?) passe avant la nature du régime mis en place .Dit autrement des questions comme la nature du régime et la répartition des richesses n'ont pas la même importance en Tunisie qu'en France parceque l'horizon qui structure l'activité humaine au quotidien n'est pas le même.
5) Libre enfin cher ami, je trouve que votre argument contre ceux qui pensent que la démocratie est incompatible avec l'identité de la Tunisie ( racisme , sentiment d'infériorité..) est un argument poétique ( au sens de la typologie faite par Aristote) et si j'étais à leur place je peux le retourner facilement contre vous.Les gens ont le droit de penser ce qu'ils veulent dans ce pays sans être accusé de manifester un ressentiment ou d'être des suppôts du diable.
6) J'aimerais bien dire un mot sur ce que signifie le "coeur" comme organe de connaissance ( pour repondre à une remarque dans le post précédent) mais cela demande un grand paragraphe alors à une fois... - sur le point 6 un petit texte de Ibn Arabi.Désolé c'est un peu technique mais on se rend compte qu'il s'agit d'autre chose que du coeur physique.
http://esprit-universel.over-blog.com/article-michel-valsan-epitre-sur-les-facettes-du-coeur-114539237.html
- deux simples mots de plus:
1) il y a des choses dans un peuple qu'on peut changer par la loi et la repression mais avoir des citoyens qui font la queue , paient les impôts,arrive à l'heure au rdv...est une affaire d'education et demande du temps.
2) dans l'histoire d'Obama , on ne doit pas négliger la logique d'alternance , il a un parti derrière lui et les républicains ont fait tellement de conneries .Obama doit remercier Georges Bush junior. - http://www.lecourrierdelatlas.com/409005022013Tunisie-Sofiane-Belhaj-Le-reportage-d-Envoye-Special-a-employe-des-methodes-inacceptables.html
je m'excuse je n'ai pas vu vos commentaires ici je vous ai répondu dans la publication précédente - @Tamerlan: Au moins comme ca c'est clair. Certaines croient que les principes démocratiques sont universels et sont la seule facon d'avancer - et d'autres pensent que non. Perso, si dans 100 ans nous nous retrouvons tous en dictature, nous regarderons l'histoire démocratique comme un âge d'or de l'humanité. Evidemment, il y aura toujours un César pour nous montrer que la démocratie mène à la corruption et menera l'empire vers l'enfer par une route de bonnes volontés... Mais je pense que c'est une discussion qui n'a pas grande chose à faire avec la situation en Tunisie aujourd'hui. Un pays dans la situation de la Tunisie doit regarder autour de soi et copier ce qui marche. Aujourd'hui ce sont les régimes démocratiques qui dominent, que ce soit dans la distribution de richesses, dans les libertés individuelles, la stabilité politique, le développement culturel et scientifique etc. Nous n'allons pas construire aujourd'hui le pays basé sur un système qui aujourd'hui ne marche pas ailleurs ou n'existe pas ailleurs en se disant que dans 50 ans cela sera le système dominant. So we can agree to disagree et pour moi: "Le "messianisme démocratique"(comme le "messianisme commnuiste") est une forme laicisée du missianisme chrétien. " c'est du n'importe quoi (vous m'excuserez)
@Athena, je vous ai laissé un post sur la discussion précédente. - "So we can agree to disagree et pour moi: "Le "messianisme démocratique"(comme le "messianisme commnuiste") est une forme laicisée du missianisme chrétien. " c'est du n'importe quoi (vous m'excuserez) "
Pour vous pas pour moi et on verra si on a du temps à vivre ce qui adviendra , je suis toujours amusé par l'emprise du discours dominant sur les hommes.Le messianisme démocratique c'est cette "foi" délirante ( il s'agit bien d'une foi ) qui fait de la démocratie l'horizon indépassable de l'humanité et l'alpha et l'omega de la politique ,relisez un peu ce qui écrit sur le communisme il y a 60-70 ans par des esprits brillants et sincères et vous verrez. - Désolé Tamerlan, mais qui lit Aristote doit connaître Thucydide et son livre, La guerre du Péloponnèse, dans lequel Périclès prononce un éloge de la démocratie (au cours d'une oraison funèbre à la gloire de soldats athéniens mort au combat) considéré encore, pour son actualité (en terme de contenu) comme exemplaire pour son idéalisme. En tant que système et en tant qu'idée, la démocratie est une invention d'Athènes, redécouverte par l'Europe par le biais de la République de Venise et des autres cités marchandes italiennes du XIIe siècle. Je crois que vous confondez avec la Raison dans l'Histoire d'Hegel (auteur dont les premiers écrits portent sur la vie de Jésus). Sa philosophie, qui inspira Marx et Engels, substitue en fait à l'image christique, celle de la Raison qui évolue par une lutte contre le "travail du négatif" (le Mal/Satan) : Thèse (le donné) suscite l'antithèse (le souhaitable en remplacement du donné) et entraîne la synthèse. C'est une construction, un système fermé redoutable. En revanche, le philosophe allemand qui a combattu ce philosophe théologien, Schopenhauer, a montré qu'il n'y a pas d'histoire du tout, que tout est donné une fois pour toutes. Mais le donné change constamment de formes.
Amitiés - Merci Hehi,
Je connais Thucydide et son livre (La démocratie grecque est autre chose que les démocraties modernes.)et Dieu merci je ne confonds pas encore Hegel et le reste....
Je faisais seulement un clin d'oeil à Libre enfin sur son argument ou il fait intervenir et des mots chargées ( racisme , infériorité..) alors qu'il aurait pu faire autrement mais on ne va ergoter sur ce point.
Je n'ai pas le coeur aujourd'hui à discuter mais on en parlera une autre fois si vous voulez du travail du négatif qui est à mon sens autre chose que le mal/Satan et de Shopenhauer , de sa volonté et de sa representation.
Bonne soirée.
c'est malheureux mais c'est dans les moments diffciles qu'il faut garder son calme , on n'a pas trop de choix dans ce cas que de :
1) faire pression sur ce foutu gouvernement pour qu'il faisse le nécéssaire pour arrêter et juger les assasins.
2)s'occuper de la sécurité du pays et être clair et net vis à vis des groupes violents.
3)nous donner un agenda clair , elle fait quoi l'ANC en ce moment?....
Le chaos c'est vraiment autre chose croyez moi.
Tous les politiques et hommes politiques qui continuent à accepter dans leur mouvement, où qui continus à collaborer avec des mouvements qui acceptent la violence sont et seront considérés à mes yeux comme traites à leur nation.
Les ignorants dont la poitrine est voilé par le voile de l’ignorance font les vierges effarouchées après ce qu’il vient de se passer, alors qu’elle ont passé leur temps à ignorer la réalité, sont soit inconscients soit irresponsables, ils peuvent donc déposer leurs affaires aux vestiaires s’ils veulent rendre service au pays.
Difficile de répondre point par point, non seulement parce que je suis sur la route, mais aussi et surtout parce que le coeur n'y est pas aujourd'hui. Je n'ai pas vraiment de philosophie pour le pays, mais un rêve. Aujourd'hui, ils l'ont flingué. Faut être particulierement idiot pour flinguer un rêve.
Dans les 2 cas, il est temps cette face d'Iblis de Ghannoushi plie ses bagages et rentre à Londres (ou en Arabie Saoudite).
Nouveau commentaire



















