Je ne comprends pas pourquoi les premiers à défendre la suppression de "l'islamité" de l'Etat tunisien dans l'article n°1 de la constitution (et ils ont bien raison) sont les premiers à crier au loup et à hurler au scandale dès qu'on les accuse de "kofr"*.
A chaque fois qu'ils se font accusés de la sorte ils rappellent qu'ils sont musulmans, que leur père, leur mère leurs frères et leurs soeurs sont tous musulmans...

Je parle ici du cas de Mongi Rahoui, le député de gauche de l'ANC qui s'est exprimé de la sorte sur mosaïque FM: Voir ici. Peu importe son rapport à la foi musulmane. Peut-être est-il sincèrement croyant. Mais c'est sa réaction qui interpelle: Pourquoi cette agitation et cette précipitation à rappeler sa foi dès que celle-ci est remise en doute. Cette attitude révèle combien l'on a tous intériorisé l'idée du kofr comme étant le mal absolu. Cette "kofrophobie" habituelle chez les conservateurs est d'autant plus inquiétante lorsqu'elle manifeste ses symptômes chez les progressistes.

Le takfir

De la même manière on peut sérieusement s'interroger sur le bien-fondé de la criminalisation du takfir (l'accusation d'apostasie) car cela reviendrait à accepter l'idée que le kofr serait un délit suprême et que nul n'a le droit de diffamer de la sorte son prochain (combien même son prochain serait un kafer). Lire ceci

Si Ellouz m'accusait de kofr, je ne pourrai que saluer sa perspicacité et je ne lui demanderai surtout pas de s'excuser. Bien sûr, je ne suis pas dupe du danger auquel je m'expose si Ellouz devait déclarer publiquement cette vérité. Je sais combien de tels propos peuvent être interprétés comme autant d'appels au meurtre. Mais je ne crois pas que la solution serait de nier mon kofr, ni de rappeler combien je suis musulman en récitant mon arbre généalogique, ma mère, mon père, mes frères et mes sœurs (manière insidieuse que fait Rahoui pour suggérer l'idée que les gènes seraient des agents de transmission de l'islamité). Aller dans ce sens, c'est céder au chantage religieux...Aller dans ce sens, c'est donner raison à l'idée que l'islam fixe le cadre et les limites de notre liberté et valider ainsi l'article n°1 de la constitution. 

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Caricature reprise de ce billet datant du 12 Juin 2012

*Le kofr, étymologiquement parlant, signifiait à l'époque du prophète, l'ingratitude envers Dieu. Ce qui au départ était une "manière gentille" de désigner le positionnement philosophique des sceptiques par rapport à l'avènement de la nouvelle foi, s'est transformé rapidement en invective pour désigner le positionnement politique "des traîtres" qui ne se sont pas soumis à l'état "totallahitaire" dirigé à l'époque par un certain Mohamed.