Le monde arabe doit passer sur le divan. Son problème n'est ni économique ni culturel. Il est d'abord psychanalytique.
Il est la résultante de strates et de couches de tabous et de non-dits hérités depuis la nuit des temps. Tout ce merdier niche dans l'inconscient de ses sujets depuis des générations. Chacun possède au plus profond de son âme un bout de névrose. Ce nœud gordien ne remonte pas seulement à l'époque des dictatures ou des colonisations. Il doit tirer ses racines de plus loin encore. Il faut sonder jusqu'à l'époque du prophète. Ce personnage puissant et étrange a lui seul a du transmettre une grande partie de ses frustrations sexuelles a des millions de personnes.
Mes amis, je dois certainement être contaminé, car sinon comment expliquer ma manie maladive de dessiner des seins et des bites toute la journée. Pour ceux qui pensent que je fais du Charlie ils se mettent le doigt dans le cul, pardon, dans l'oeil. C'est plus grave que ça. J'ai hérité moi aussi des névroses du prophète et de son rapport particulier avec les femmes. Même si je ne suis pas orphelin comme lui, je dois, quelque part, entretenir des rapports ambiguës avec mon père et je dois souffrir de graves troubles affectifs. Mais moi, chers amis, je le reconnais haut et fort et j'assume ma part de névrose !

Amina met à poil la société    

Toute société humaine fonctionne sur le mode de la domination-soumission. Depuis la cellule familiale jusqu'aux hautes sphères du pouvoir, les sociétés humaines ont créé des hiérarchies qui sont des courroies de transmission de la domination: d'abord le père, ensuite le patron, puis le roi et enfin Dieu. Sans faire de la sociologie a deux balles, il semblerait que dans nos sociétés, ce rapport ne s'exerce que par une forme de violence. Allah lui-même, dans son (prétendu) Texte sacré, légitime son autorité sur l'homme par la menace de l'enfer. Le roi ou le tyran, par la menace de l'épaie. Le père et l'instit, par celle du bâton. Ce n'est pas propre qu'à nos cultures, mais avouez que nous perpétuons plus que d'autres ce système violent de valeurs. Plus le rapport de domination se renforce, et plus le sentiment de soumission augmente. Au point que dans le monde arabe le sentiment d'humiliation est naturel car le viol symbolique est généralisé. Il n'y a pas plus caricatural que le nom de la religion qui unit tout ce peuple -Islam- et qui signifie en arabe : Soumission.
Dans cette solidarité qui lie les humiliés, il n'y a pas plus insupportable que les individus qui aspirent à l'émancipation et à la liberté. Les révolutions arabes ont été à cet effet, une belle démonstration d'élan émancipatoire mais qui a vite tourné au vinaigre. Car face à cet élan d'énergie, il y avait des siècles de soumission. En Tunisie l'échec n'a pas été total et la révolution persiste par des élans collectifs (voir cet exemple) et parfois individuels.

Amina, la jeune rebelle, ex Femen, cristallise autour d'elle, toute cette haine viscérale que rassemble nos millions d'humiliés.
Elle fait l'objet ces derniers jours d'une incroyable cabale. Tout a commencé par des intimidations et des attaques puis d'une pétition signée par un groupe de voisins de Sidi Bou Said qui demandent son expulsion du quartier (voir ici). On l'accuse a elle seule d'accueillir tout Sodom et Gomorrhe dans son appartement de la chic banlieue de Tunis. Amina n'est pas soeur Emmanuelle, elle boit, elle fume, elle fait l'amour avec les filles et les garçons. Elle le crie haut et fort et pour nos milliers d'humiliés soumis, l'idée même de l'existence de cette personne sur terre est une provocation.
Les médias se sont intéressés à cette histoire et nous ont montré qu'ils ne sont pas du côté des libertés. Ils nous ont fait la démonstration magistrale que dans la tête du régisseur, du cameraman, de l'invité et de l'animateur télé, niche le même complexe hérité de siècles d'humliation...

samirwafi

Amina, qui rappelons-le, est victime d'une campagne haineuse, se retrouve sur le banc des accusés. Comme dans le cas de Myriam, la femme violée qui devient accusé, ou le cas de Jabeur Mejri, l'athée menacé de mort qui se retrouve en prison, notre société fonctionne comme un rouleau compresseur qui écrase tout ce qui menace l'ordre établi et la soumission généralisée. Islamistes/RCDistes, conservateurs/progressistes, BenSimpsons/zeweli, tous sont unis contre ces transgressifs. Au point que dans l'émission de Samir Wafi, l'invité Rached Khiari, Islamiste-conspirationniste qui a un poichiche à la place du cerveau, a avoué préférer prendre place près de Abir Moussa, RCDiste notoire, que de s'assoire près de Amina. Cet islamiste qui dit avoir été torturé par Zaba, admet en public qu'il préfère se mettre du côté de ses enculeurs que de se rapprocher de celle qui met à nu le viol dont il a été victime durant des années (voir cette vidéo à 9mn22)

Oui ! car Amina, nonobstant ses maladresses, ne fait que mettre à nu le viol collectif dont sont victimes toutes ces vierges effarouchées qui peuplent le monde arabe !

Conclusion  

Je n'ai même pas parlé du corps de la femme, des pratiques incestueuses ou de l'homosexualité refoulée. J'envisage d'organiser des séances de psychanalyse tous les vendredis à la Sebkha. Nous sommes en train d'installer des milliers de divans pour une thérapie collective où l'on traitera ensemble tous ces problèmes. Mais en attendant, Parlons de Nahed Hattar :
Cet écrivain Jordanien connu pour ses transgressions et ses provocations contre l'ordre établi a été convoqué par le juge pour avoir publié sur Facebook un dessin blasphématoire (voir le dessin ici). A peine arrivé au tribunal, un inconnu l'assassine en lui tirant dessus. L'Homme qui a porté le coup fatal contre l'écrivain, n'a fait que terminer le travail de toute la société. Il n'est que le doigt qui pousse la gâchette. Il faut regarder la main pour se rendre compte que ce n'est pas que la Jordanie, mais aussi l'Egypte, la Syrie, la Libye, et la Tunisie qui tire sur tout ce qui bouge...et d'ailleurs, Daech n'est que la partie visible de cet énorme iceberg de misère sexuelle et de siècles de soumissions...