Tout d'abord, je préviens mon lectorat que cet article a été écrit et dessiné sous substance, dans un délire paranoïaque aigu, avec une bonne dose de conspirationnisme, le tout sur fond de JCC.

Je vais vous raconter l'histoire de dame Tunisie. Celle-ci est une miniature du drame qui se joue à l'échelle de la planète. Ce drame n'est pas nouveau en soi. Il est celui de l'Humanité toute entière. En dehors des arts et de la création, cette humanité est une machine à produire du laid. Il n'y a pas de complot, ni de conspiration mais juste une tumeur du cerveau qui aliène l'esprit : dans nos contrées cela s'appelle le capitallahisme. Il opère sur le corps social par la religion, les médias et le foot.  

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ORANGE 

En voulant rejoindre un ami à la cité Olympique, j'ai pris la ligne 2 de notre valeureux "métro léger" tunisien. Cela faisait des années que je ne me suis pas frotté à la foule inspirée et transpirée de nos transports publics. A ma grande surprise les stations ne portaient plus de nom. Elles étaient rhabillées par une campagne publicitaire de l'opérateur téléphonique ORANGE. Pas moyen de reconnaitre l'arrêt si l'on n'a pas l'habitude d'emprunter cette ligne. J'étais bien embêté et j'en voulais à la ville d'avoir laissé la publicité proliférer aussi sauvagement. Cet incident m'a permis de réaliser subitement que la pub avait envahi la totalité de la cité depuis longtemps déjà. Partout, des affiches géantes d'opérateurs téléphoniques, de yaourts, de banques...

Depuis la Révolution, une prédation générale orchestrée progressivement par les publicitaires et les capitalistes a eu raison de ce qui nous restait de l'espace public. "Espace public ! dites-vous", me lança en rigolant un ivrogne intello m'écoutant raconter mon histoire dans un bar du centre ville. "- Il n'existe plus d'espace public Monsieur, depuis qu'ils ont mis la main sur le pays ! ". Il marqua un long silence et toute l'assitance se tut. "- Avant c'étaient les mauves, aujourd'hui ce sont les ORANGES qui possèdent tout". Il rajouta ensuite " - Personne ne les voit, ils sont partout et nulle part"

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Depuis presque dix ans déjà que j'écris et que je dessine sur ce blog, j'ai toujours essayé grâce à mon anonymat de garder le maximum d'indépendance et de liberté de ton. Mais je commence à douter de moi-même. Un matin, prenant mon café et errant sur Facebook, un fantôme du passé entra en chat avec moi et m'accusa de travailler pour les frères Mabrouk (propriétaires entre autres de ORANGE). Il a très justement observé que depuis mes débuts sur internet je me suis attaqué à tout le monde, Zaba, Zaballah, Allah et son prophète...mais jamais aux frères Mabrouk. Le doute s'est sérieusement installé en moi.
En fouillant sur Google on ne trouve pratiquement rien sur les Mabrouk. Ce qui, à vrai dire, est très étrange pour l'ex beau-fils de Zaba, le seul rescapé de la Révolution qui a réussi à préserver son empire économique (ORANGE, GEANT, BIAT...). Soudain mon téléphone ORANGE sonna. C'était ma mère qui me demanda d'aller acheter du poulet chez GEANT et de déposer un chèque à la BIAT...

BANANE

Chafik Jarreya est le visage hideux de la corruption assumée qui se fait inviter à la télé. Cet homme d'affaire qui a fait fortune sous Zaba grâce au commerce de la banane, a ouvert après la Révolution un souk dans lequel il vend et achète des journalistes et des députés. Dans une des dernières émissions de Samir Wafi, il a provoqué la colère de la corporation des journalistes en reconnaissant fièrement se donner à ce genre de business. Plutôt que d'enquêter sur la question et faire leur examen de conscience, nos journalistes ont préféré porter plainte contre Jarreya...
Quelque chose me dit, que la Banane cache la forêt. Jarraya n'est qu'un clown comparé aux Oranges. Mais ne comptons pas sur la corporation des journalistes pour enquêter sur ORANGE...Certes Jarreya jette des cacahuètes aux journalistes, mais ORANGE, en tant que premier annonceur du bled, semble tenir par les couilles toute la profession...   

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CERISE

Je déteste ce fruit. Il m'empêche toujours de savourer pleinement le gâteau: l'année dernière, aux JCC, alors que j'étais moi-même membre du Jury (voir ici), j'ai retenu de tous les films que j'ai dû voir, seulement les paillettes, le tapis rouge, les projecteurs et toutes ces femmes sublimes qui m'ont contaminé l'esprit. 
C'est certes une perversion de ma part que je compte bien soigner. Mais je ne suis pas le seul atteint. Cette perversion s'est généralisée et semble avoir empoisonné la dernière session des JCC: Le public, les organisateurs et même les cinéastes eux-même n'ont bouffé que de la cerise...
La perversion fut telle que le président Béji a reçu de Brahim Ltaief, (organisateur du festival), un Tanit d'or renouant ainsi avec une longue tradition de flagornerie et de "mauvièvrerie" bien de chez nous (voir ici).
Bref la cerise est pourrie.

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ROSE

Dans tout ce bordel chers amis, démeure la contemplation du monde tel qu'il est...
Dans cette laideur généralisée je continue à percevoir de la poésie et à croire encore en l'idée de la Révolution. Beaucoup de mes fidèles amis sebkhistes ont déserté le blog et ne comprennent pas cette obsession que j'ai pour la Révolution. Certains me soupçonnent même de travailler pour les services secrets américains (voire pour ORANGE! ) à cause de ma pugnacité à défendre un printemps arabe devenu pour eux synonyme de catastrophe générale.

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... Que l'on se comprenne bien. Le diagnostic médical de Dame Tunisie est aujourd'hui plus alarmant qu'à l'ère Ben Ali. La Révolution n'a jamais été une promesse de bonheur, mais simplement une étape nécessaire dans la guérison du mal. La révolution est la Révélation du Mal. Dame Tunisie est une cancéreuse. Elle était sous drogue puis s'est soudain soulevée contre son médecin et a enlevé la perfusion qui lui a permis de tenir endormie 23 ans durant. Elle découvre qu'elle n'a jamais été traitée entre-temps, et que sa tumeur s'est généralisée. Alors quelle malédiction cette révolution, car non seulement le mal continue et prolifère, mais en plus, cette fois, la patiente Tunisie n'a plus la drogue mauve pour atténuer ses symptômes et ses douleurs... Quelle Malédiction cette Révolution n'est ce pas ?

Mais croyez-moi chers amis, avec le temps et l'amour peut-être, lui sauverons-nous son âme... 

gulliver