17 avril 2013

L'émirat du Queutard (interdit aux moins de 18 ans)

Les temps sont durs dans la Sebkha. Presque 6 ans d’ARTivisme et toujours rien dans la poche. L'Etat ne soutient pas l’art. Pire,  l’Etat fait la guerre aux artistes pour peu qu’ils soient un chouïa subversifs. C’est pourquoi, chers lecteurs, et pour être honnête avec vous, je vous annonce dès à présent, que j’entame des démarches administratives en vue de l'obtention d’un financement. Je me suis naturellement tourné vers l’émirat du Qatar. Si si! je suis sérieux.
J’emmerdre au passage tous les qatarophobes tunisiens (souvent des Bensimpsons)* dont les relents racistes ne trompent plus personne. Ces derniers ne mouftent jamais quand il s’agit de se faire subventionner par Soros ou Freedom house, mais dès qu'il s'agit du Qatar, ils hurlent, ils aboient, ils crient au scandale.
En tout cas, et en ce qui me concerne, je me joins à l'initiative de notre gentil président, le docteur Marzouki, qui depuis son accession au pouvoir, œuvre pour un rapprochement entre nos deux pays. Comme lui je dis, honte aux bonimenteurs, aux jaloux et aux mauvaises langues ennemis du Qatar!
Mes amis, quand on n’a pas le sou, il est difficile de rester indépendant. A moins que vous soyez prêts à m’assurer une rente de 2000 dollars par mois. Je deviens réaliste, je m’en remets au capitallahisme. Amis, je m’en vais de ce pas, faire la queue au Qatar, avant qu’il ne soit trop tard.   

QUEUTARD(pour agrandir l'image, cliquez ici)

*Lisez cet article de Bensimpsonsnews, où le journaliste nous bassine encore une fois avec sa Tunisie 3 fois millénaires qui n'a que faire du Qatar... 

10 avril 2013

FREE ZWEWLA!

Ce 10 avril 2013, sera prononcé le verdict du procès des "Zwewla". Rappelons les faits:
Le 3 novembre dernier, à Gabès, deux jeunes artistes, Oussema Bouagila et Chahine Berriche, du mouvement «Zwewla» ont tagué un mur à Gabès. Ils furent arrêtés et accusés -tenez-vous bien- de propagation de fausses informations portant atteinte à l’ordre public (outre deux autres chefs d'accusation). 
Encore une fois notre Justice à double vitesse, sait montrer toujours autant de zèle pour emmerder la libre expression de la jeunesse: rappelons à cet effet que le rappeur Weld el 15 a été condamné par contumace à deux ans de prison, que Jabeur Mejri est derrière les barreaux depuis un an (pour atteinte au sacré) et que son ami Ghazi Béji condamné pour blasphème a fuit le pays...
Entre temps les LPR courent toujours, les réseaux parallèles se multiplient, le tout sur un fond de corruption généralisée...    

ZWEWLA

Il est dans la suite logique de nos luttes, de soutenir Zwewla, car leur procès est celui de la liberté d'expression.
Amis, consultez cette page, et propagez le scandale!

MISE à JOUR ( 11h20)
"Le procès contre les membres du collectif Zwewla vient de se tenir. Les chefs d’inculpation concernant la diffusion de fausses nouvelles et de troubles à l’ordre public ont fait l'objet d'un non-lieu. Ils ont été condamnés à verser une amende de 100 Dnt pour les tags sur un bâtiment public. Le Comité de soutien #FreeZwewla est fier de cette victoire symbolique et annonce des initiatives et actions qui auront lieu prochainement afin de réunir l’argent demandé et de régler cette amende"
(voir source ici)

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07 avril 2013

L'invention du docteur Marzoukenstein

Je participe bénévolement à la promotion du livre "L'invention d'une démocratie" écrit par la plume du docteur Marzouki. Cet ouvrage prometteur paraîtra dans les rayons des librairies françaises à partir du 11 Avril. Les Ben Simpsons ont lancé une campagne de boycott contre ce livre. On reproche à son auteur d'avoir snobé les éditeurs tunisiens et d'écrire des bouquins alors qu'il est nourri, logé, blanchi pour diriger le bled. Honte à ces incultes nostalgiques d'un Zaba bac-5! ils sont incapables de mesurer la valeur universelle et avant-gardiste de l'oeuvre du docteur Marzouki. Mais Tartour n'a que faire de leurs jérémiades, il sait depuis l'époque de son exile que nul n'est prophète en son pays... 

FRANKENSTEIN

C'est sûr, il n'est pas prophète en son pays. On doute même qu'il soit président!

PS:Le blog DEBATunisie vous propose de consulter sa bibliothèque en ligne ici
J'en profite aussi pour faire la promo du bouquin de _Z_ -votre humble serviteur- disponible ici.

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31 mars 2013

Le complexe du Tartour

Notre président tunisien Moncef Marzouki dit "Tartour" adore devant les médias occidentaux, vanter la singularité de son mariage politique avec les islamistes s'efforçant à chaque fois de démontrer la totale compatibilité entre Islam et démocratie. Depuis son accession au pouvoir, Marzouki travaille nuit et jour sur cette question philosophique et vient d'achever le premier tome de son oeuvre intitulée "l'invention d'une démocratie" (voir ici). Sauf que notre Toctocqueville national a préféré publier son livre en France preuve que lui- même est conscient que, chez lui en Tunisie, plus personne n'est prêt à avaler ses couleuvres. Chez lui en Tunisie, Marzouki préfère clairement l'affrontement contre ceux qu'il nomme: "les extrémistes laïcs":

Marionnettes

C'est dans une émission d'Al Jazira que Tartour a prévenu contre la terrible vengeance qui risque de s'abattre sur ces dangereux laïcs qui préparent dans l'ombre un coup d'état contre les gentils zaballahistes. Marzouki est totalement d'accord avec le journaliste d'Al Jazira que Zaballah est progressiste, avant-gardiste et super démocrate et s'étonne avec son interlocuteur du laxisme de la troïka envers ces dangereux comploteurs de l'ombre (voir l'émission ici)

Mais qui sont donc ces laïcs extrémistes?

Je ne pense pas que Marzouki fasse ici allusion aux ex-mauves sebsistes de Nida. Ces derniers sont des islamistes refoulés, qui honnissent le concept de laïcité autant que Zaballah. Ce sont les défenseurs de l'hypocrite Islam modéré et ce n'est donc pas contre eux que Tartour agite ses menaces.
Marzouki semble faire une synthèse entre les frontistes (Jebha echa3bia) et tous ces emmerdeurs de la société civile, les journalistes, les rappeurs,  les artistes, les Aminas et toutes ces folles qui hurlent contre la Badi. 
En les jugeant d'extrémistes Marzouki déclare la guerre. Certes chez ces singuliers citoyens, la subversion et la transgression sont systématiquement employés pour répandre certaines opinions. Une sorte de violence symbolique est mise au service de cette lutte contre le conservatisme ambiant et la corruption générale des esprits. L'exemple de la Femen Amina s'inscrit notamment dans ce registre choquant. Le cas des rappeurs qui s'insurgent contre la "flicaille" relève également du même mode opératoire. Et dire que Marzouki le collabo officiel des zigouilleurs de Chokri Belaïd trouve que l'extrémisme se situe encore du côté des laïcs.  

Un Tartour sommeille en chacun de nous

Mais attention mes amis, le complexe du Tartour est répandue chez nombre de nos concitoyens dits progressistes ou qui s'affichent comme tels. Ces personnes ne sont pas CPRistes et détestent Marzouki. Mais pourtant, ils s'accordent avec lui pour dénoncer "l'extrémisme laïc" à chaque fois qu'une polémique "laïcarde" vient polluer le débat public. Ce complexe s'est manifesté pour la première fois dans l'affaire Nadia el Fani quand elle a sorti son film "ni Allah ni maitre" en Juin 2011. Ensuite lors de la diffusion de Persépolis sur Nessma en Octobre 2011 (voir ici). Le même phénomène s'est reproduit avec encore plus de force à la suite de l'exposition du printemps des arts en Juin 2012 (voir ici). A chaque fois les bien-pensants du tartourisme refoulé disent défendre la liberté d'expression MAIS considèrent que sur certains sujets il ne faudrait pas donner de l'eau au moulin des extrémistes salafistes et autres barbus.

A force d'attirer les extrémistes barbus, les artistes et autres libres-penseurs deviennent à leur tour des extrémistes. C'est ainsi que s'opère dans le tête du complexé tartourien, un syllogisme entre l'extrémisme symbolique des uns et l'extrémisme sanguinaire des autres. Pire encore. Quand on est atteint du complexe du Tartour, on a accepté que le conservatisme obscure est intrinsèque à notre identité tunisienne, on ne le voit donc plus car il est naturel. Par contre, l'artiste, le caricaturiste, le rappeur, le philosophe, la femen prend toute la place et on ne voit plus que lui sur scène quand éclate une polémique. Il sera accusé de vouloir faire diversion, ou de chercher le buzz à chacune de ses sorties. On rappellera que les nichons d'Amina ne résoudront pas le problème du chômage ou que les chansons des rappeurs ne feront rien contre la justice sociale. Mais la rengaine qui revient constamment dans la bouche d'un complexé du Tartour quand il n'a plus d'argument: "Mich oua9tou!", Ce n'est pas le moment, ce n'est pas le bon timing, c'est encore tôt, le tunisien n'est pas encore prêt, il n'est pas mûr...
Bref un fatalisme mêlé à une haine de soi que manifeste le complexé du Tartour...

Et Entre temps...

Entre temps le zaballahisme prend du terrain doucement mais sûrement. Et comme a dit récemment un éminent twitteur tunisien, le grand cheikh Riadh El Hammi:
"Ils [les zaballahsites, ndlr] osent évoquer leur amour des pratiques les plus obscures, et, malgré les indignations d'une partie de la population, ils emmènent les consciences à la dérive et façonnent la société tunisienne de demain. Lentement, un scandale à la fois, un choc à la fois, l'érosion suit son cours.
Il serait temps de tirer de l'autre côté et d'arrêter de jouer les adultes qui ménagent la susceptibilité du peuple enfant. Jusqu'à quand allez-vous affirmer des principes en demi-teinte ? Vous ne pourrez jamais contrôler tous les esprits et vous serez partis depuis longtemps avant que tous les esprits ne soient prêts. Eux n'attendent pas en tout cas.
Faites vos jeux, rien ne va plus !"

Vous voulez encore un dessin? 

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24 mars 2013

Les poulets sont des chiens

Le rappeur tunisien "Weld el 15" vient d'être condamné à 2 ans de prison ferme (voir ici). Sa chanson anti-flic, où il appelle à égorger les poulets n'a pas trop plu à nos poulets. Ils ont bien raison. Tellement raison que la Justice s'est vite exécutée pour coller au rappeur, ses musiciens, ses techniciens et même ses copains des peines aussi sévères qu'absurdes. Encore une fois, le système manifeste sa toute puissance contre "la violence symbolique" des artistes mais ne mouftera point quand il s'agit de la violence bien réelle de ses propres agents, des zaballahistes, des salafistes, des djihadistes, des LPRistes et tutti quanti...

Ah pardon! ce n'est pas vrai. Le rappeur Psyco-M réputé pour sa violence verbale et ses appels au meurtre contre "les laïcs" est toléré par le ministère et le tribunal zaballahique. Psyco-M est en effet un grand artiste qui se bat contre la liberté d'expression des mécréants et des traitres de la nation. Sa Lutte ne datte pas de la révolution. Sous Zaba déjà il était aimé de la dictature car qu'il était le moins contestataire de ses copains rappeurs. Quand "El général" faisait de la taule, lui, Psyco-M se faisait invité par le RCD pour slamer sur l'Islam (Rappelez-vous c'était début 2011)...
En tant qu'"artiviste", je suis pour la liberté d'expression même des collabos de la race de Psyco-M. Mais mon coeur bat d'abord pour les artistes qui luttent contre le pouvoir et l'ordre dominant. En guise de soutien à "Weld el 15" je lui dédie l'affiche de la chanson "Boulyssia Kleb", le titre qui lui a valu les foudres du régime...

POLICECHIENS

* Les flics sont des chiens

Avertissement!
L'auteur de l'illustration ci-dessus encourt jusqu'à deux ans de prison ferme
La reproduction de l'oeuvre est passible d'un an de prison ferme
Le partage sur FB est passible de 6 mois de prison avec sursis
Un "j'aime" est passible d'une amende de 500 Dinars.

21 mars 2013

Fête du 20 Mars(zouki)

Heureusement que Marzouki a sauvé la face de la 57ème fête de l'indépendance. Boudée par Zaballah, ce 20 Mars 2013 a été un échec total. Aucun drapeau, aucune fanfare, aucun défilé officiel. Pour nos islamistes négationnistes, il n'y a rien à célébrer. Trop païenne, trop bourguibiste à leur goût cette satanée fête de l'indépendance! Mais Marzouki, comme je disais, a fait ce qu'il a pu pour marquer le coup. Il a salué le drapeau à Carthage et a organisé une petite sauterie dans le palais avec des officiels. Il a fait une belle allocution comme il n'y a que lui pour en faire. Il a également ordonné pour ce jour de fête, la libération de 366 détenus. Les mauvaises langues crient au scandale et craignent que ces ex-prisonniers ne viennent resserrer les rangs des LPR. Mais rassurez-vous, Marzouki dans son discours, a appelé à la dissolution des ligues et à leur reconversion en associations caritatives (voir ici). Ouf!

20MARS2013

Comme si la Tunisie ne manquait pas d'insécurité pour que Marzouki par ce geste ne vienne encore aggraver la situation. Faut le comprendre, Marzouki a peu de prérogatives. A part donner des réceptions et faire des discours, il ne lui reste que le pouvoir de gracier les prisonniers. Ce qui par ailleurs lui permet d'exercer son ex-profession de droit de l'hommiste et se sentir en paix avec sa conscience de militant. Mais il ne faut pas exagérer. Il n'ira pas plus loin que ce que Zaballah lui aura fixé. Ainsi, des 366 détenus graciés, Marzouki laissera derrière les barreaux Jabeur Majri* condamné pour blasphème il y a tout juste un an (pour rappel lire cet ancien post)...
Donc oui, Zaballah a bien raison. Il n'y a aucune indépendance à célébrer dans un pays sous occupation zaballahique. Et Marzouki confirme son rôle de piètre collabo. Joyeux 20 Mars quand même à tous les amis. 

* Voir le lien du comité de soutien de Jabeur Majri

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15 mars 2013

Un Flamant à Caracas

J'aimerai par ce post particulier, sortir un peu du train déchainé de l'actualité tunisienne. Le décès de Chavez, il y a dix jours, a éveillé d'interminables querelles sur le bilan du président vénézuélien que certains jugent de catastrophique et que d'autres saluent. Pour beaucoup Chavez est un dictateur quand d'autres voient en lui un leader charismatique. Si j'aborde ce sujet ce soir, quitte à dévoiler une partie de ma vie de blogueur anonyme, c'est parce que j'ai vécu une année dans la cité folle de Caracas, et que cette expérience a été décisive dans mon parcours de cyberactiviste. C'était en 2002 quand Zaba régnait en maitre absolu sur la Tunisie. A l'époque j'ai vu dans les débats houleux qui divisaient les vénézuéliens, un prélude de ce qui nous attendait en Tunisie. Dans ce qui suit, je livre un témoignage brut, subjectif, sans chiffres, sans théories fumeuses et sans aucune prétention...juste l'histoire d'un flamant de la Sebkha à Caracas...

CHAVEZ 

Retour sur une migration de flamant

C'était en août 2002. J'étais un flamant rose vierge politiquement et je débarquais dans un pays en quasi-guerre civile. Le président Chavez avait survécu à un coup d'état militaire et reprenait les rênes du pouvoir en chien blessé, agressif mais riche du soutien des classes populaires majoritaires par le nombre. Contre lui, "El commandante" avait affaire à une classe moyenne fragile et apeurée et une minorité puissante de "Ben Simpsons" américanisés assumément complices du coup d'état militaire (Coup d'État de Carmona d'Avril 2002). C'était parmi ces Ben Simpsons que j'ai passé mes 6 premiers mois à Caracas. 

A la sortie de l'aéroport, un ami vénézuélien m'attendait en voiture. Après une autoroute qui serpente une montagne, puis un sombre tunnel, s'est offert subitement à mes yeux le spectacle de la chose. "Zab!" fut le premier mot qui me sortit spontanément des lèvres à la vue de la chose. Ce n'est pas une ville cette chose. C'est une bataille délirante entre des tours, des barres et de cases en briques rouges qui se disputent un étroit territoire entre d'énormes collines et une sorte de Boukornine tropical à 10 cornes. Je venais de me rendre compte que j'allais passer une année de ma vie dans cette chose. Je me suis senti trahi. Personne ne m'avait prévenu. Il n'y avait pas googleearth à l'époque pour anticiper. J'étais un flamant rose innocent. J'étais originaire du royaume mauve, le pays de la joie éternelle, où Bourkornine n'a que deux cornes et où l'Africa trône en paix avec le RCD sur la Sebkha de Tunis. Alvaro, l'ami vénézuélien au volant m'expliquait que la ville dans laquelle j'allais passer une année, était des plus dangereuses de l’Amérique Latine et que le contexte politique explosif n'arrangeait rien à la situation.
Je vous passe les détails de mon récit de voyage. Je veux seulement témoigner ici de la première impression apocalyptique qu'inspire Caracas. Impression certes fugitive et ponctuelle, mais pour les yeux vierges du flamant que j'étais, elle était suffisante pour expliquer le chaos du contexte politique local et l'émergence d'un Chavez. Pour moi, il y avait déjà dans ce paysage urbain tourmenté toutes les clefs d'analyse susceptibles d'expliquer, voire de justifier l'accident historique nommé Hugo Chavez.

Caracas(4,8 millions d'habitants) 

Un extrait d'un article pris au hasard dit ceci: "Sous la révolution bolivarienne du président Hugo Chavez, la capitale du Venezuela s'est hissée au rang des villes les plus violentes du monde. Plongée au cœur des bidonvilles où la mort rôde, parmi les bandes de jeunes livrés à eux-mêmes..." (L'express, 2010). Sont nombreux ces témoignages qui mettent en relation l'avènement de Chavez, les bidonvilles, et la violence qui en découle. Or déjà, en 2002, mon ami Alvaro et tous les vénézuéliens que je croisais n'avaient de cesse de répéter à l'étranger que j'étais, combien leur ville était menaçante. Elle figurait depuis les années 90 dans le palmarès des cités les plus dangereuses du monde. Alors, oui! Chavez après 14 ans de règne n'a pas amélioré la situation sécuritaire de son pays. Mais ces bidonvilles, n'avaient pas attendu Chavez pour apparaître. Caracas depuis un demi-siècle était devenue grâce aux promesses du pétrole, un mirage qui avait attiré des millions de paysans désœuvrés et d'immigrés Colombiens qui se sont entassées dans les collines environnantes. A la prise du pouvoir de Chavez, 3 habitants sur 5 logeaient dans un "barrio de ranchos" (quartier populaire non planifié). Cette population "marginale" vivait de l'économie informelle et une partie de sa jeunesse se perdait dans le cercle vicieux de la drogue du crime et de la prostitution.

Face à cette misère dégoulinant des collines, se situe au creux de la vallée une ville aux allures modernes, avec des tours vitrées, des immeubles cossus et des villas protégées où habite et travaille une population plutôt aisée. Un contraste saisissant oppose l'urbanisme de la partie basse "bensimpsonnienne" et les collines des quartiers populaires tapissées à ne pas en finir de maisons en brique rouge qui rappellent assez les périphéries de nos villes tunisiennes. Ce sont deux villes, ou plutôt deux mondes qui se jouxtent mais qui ne se mélangent guère. La singularité du relief faisait que ces deux mondes étaient constamment visibles l'un de l'autre. Ils se regardent sur toute l'agglomération, comme si Tunis centre, El Menzah et El Manar étaient cernés d'un gigantesque Mellessine périphérique. Cette topographie était particulièrement anxiogène pour les Ben Simpsons locaux. Mais depuis des décennies, ils ont appris à ne plus voir cette monstruosité. Ils se sont barricadés derrières des barrières, des fils barbelés, des fortifications.  Des cités enclavées ont vu le jour avec des rues et des services de sécurité privatisés ...Des stratégies d'évitement de toutes sortes servent à chasser visuellement et mentalement la proximité de la misère environnante. C'est ainsi que la bourgeoisie vénézuélienne a appris à vivre durant des années. La négation de la réalité sociale a même été une politique partagée par les différents partis au pouvoir tous libéraux et peu soucieux du partage des richesses. Pourtant les richesses, il y en avait. Le Venezuela est même plus riche en pétrole que l’Arabie wahhabite. C'est dire la totale irresponsabilité des politiques et des classes dominantes.
FETEDELAFEMME2

Hugo Chavez

Il ne faut pas voir en lui un homme politique. Chavez est un accident de l'histoire. Mais un accident annoncé. Un peu comme le messie. Il est cet improbable arabe israélien qui réussit à remporter les suffrages et se mettre à la tête des juifs. Hugo était basané. Son faciès rappelait plus l'esclave indigène que le "latifundista" espagnol. Il incarnait donc physiquement la classe populaire qui était marquée ethniquement. Car, et il s'agit-là d'une triste réalité du Venezuela, le clivage social du pays est d'abord un clivage ethnique. L'ordre colonial de l'époque des conquistadors s'est perpétué insidieusement dans le paysage social contemporain. Naturellement, Chavez a exploité ce filon jusqu'à l'indigestion (un peu comme nos islamistes usent de la religion). Son talent a été d'avoir su reformuler sa victoire politique en revanche historique des peuples opprimés contre les minorités possédantes. Il a universalisé cette rhétorique à l'ensemble du continent voir de la planète devenant ainsi le prophète des damnés de la terre et l'ennemi juré du capitalisme mondialisé. La sympathie internationale qu'il a su récolter est donc liée à son plan de com. La réalité de sa politique est une autre histoire.  

Les LPR* Venezuéliens

J'habitais dans un quartier chic. Je partageais un appartement dans ce qu'on appelle un "condominio". Il s'agit d'une résidence privée avec un service de gardiennage, agents de sécurité caméras et chiens de garde. Quand Chavez menaçait de faire descendre ses partisans dans la rue, mes voisins les Ben Simpsons enclenchaient un plan l'urgence. Des réunions de voisins étaient organisées la veille des manifs pour anticiper le pire. Ils n'avaient plus confiance en leurs gardiens (basanés) soupçonnés d'être des chavistes potentiels, ou pire: membres des "circolos bolivarionos", l'équivalent des LPR tunisiennes.
Il y avait de l'électricité dans l'air. Chavez terrorisé par le coup d'Etat dont il fut victime et la campagne hostile lancée contre lui par l'opposition Sebsiste et Ben Simpsonnienne, créa les "circolos bolivarianos" voulus comme des relais sociaux dans les quartiers populaires. Ces mystérieuses cellules qui pullulaient alimentaient les peurs et les fantasmes les plus fous. 

Le hasard a voulu que je me trouve un beau jour dans un Circolo Bolivariono. C'est par l'Université d'urbanisme dans laquelle j'étais inscrit que j'ai pu entrer en contact avec plusieurs associations. Je m'intéressais à la problématique des bidonsvilles et c'est par ce biais qu'un Circolo Bolivariano œuvrant dans les barrios m'avait généreusement accueilli. Cette rencontre marqua pour moi une rupture politique décisive dans ma vie de flamant rose et un divorce symbolique avec tous les Ben Simpsons de la terre. Ce n'était pas par exotisme ou par amour du pauvre que j'ai trouvé de la sympathie pour ces associations politisées. Je ne saurai expliquer les facteurs psychologiques qui ont fait de moi un sympathisant, voir un activiste chaviste malgré moi. Peut-être m'avaient ils corrompu en m'offrant l'occasion de donner durant 5 mois des cours de dessins à une classe d'enfant. Ce contact régulier avec la communauté des barrios m'avait permis de réaliser mes enquêtes et finaliser mon mémoire d'urbanisme sur "l'habitat spontané dans les quartiers populaires de Caracas". Durant ce séjour, je n'ai vu ni cache d'arme ni guérilla chaviste comme le laissait entendre la Ben Simpsonnie.  

Certes de l'argent coulait à flot pour les associations locales. Une sorte de 2626 destiné à la réhabilitation du cadre urbain et distribué selon le degré d'allégeance au parti. Oui, ça pratiquait du clientélisme à la Ben Ali et ce serait malhonnête de ne pas l'avouer. Mais symboliquement, cette population avait repris ses droits sur la cité grâce à ces programmes sociaux mais grâce surtout à la reconnaissance par l'Etat de leur citadinité et ce par l'attribution de titres de propriété aux habitants des barrios. C'était ça la victoire de Chavez!

Conclusion

Je n'ai pas tout vu. Je n'ai pas tout lu. Mais je ne me rappelle pas avoir senti un climat de dictature, de chasse aux journalistes, ou de torture comme ne cessaient de le répéter les Ben Simpsons. Il n'y avait que des Nessma, des Tounyssia et des Hiwar qui cassaient du sucre à longueur de journée sur le dos de leur ennemi juré, Chavez. L'ambiance générale ressemblait étrangement à la Tunisie de 2013. A une différence de taille. Ghannouchi n'est pas Chavez. Il n'y avait pas eu durant les 14 ans de Chavez le moindre assassinat politique. Les LPR n'organisent pas des cours de dessins pour enfant. Puis, le minable usage de la religion et tout son lot de cafards wahhabites prêchant la prière de la tombe dans nos quartiers populaires, ne ressemble pas vraiment aux carnavals et aux fiestas quotidiennes promus par un Chavez dansant, chantant et appelant au bonheur...
Mais amis, je dois beaucoup à ce drôle de personnage et à ce pays dont les sebkhas sont très accueillantes.
Je ferme nostalgique cette grande parenthèse.

*Ligue de Protection de la Révolution, Tunisie

** Je profite d'un commentaire laissé sur mon blog pour faire mention du dessin de Chapatte qui a été réalisé avant le mien, que j'ai découvert après coup et qui fait de ma caricature "un plagiat involontaire".

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06 mars 2013

Chávez rejoint Belaïd

Celui-là qui combattait le FMI et la Banque mondiale comme instrument de l'impérialisme et de l'exploitation des pauvres, part en ce 5 Mars 2013 rejoindre le royaume d'Allah. Il ira avec son camarade Chokri Belaïd déloger du paradis les émirs et les rois du pétrole. Ceci dans l'hypothèse où il serait réçu dans la Paradis car je ne suis pas sûr qu'Allah soit vraiment de gauche (si tant est que l'hypothèse de l'existence d'Allah soit confirmée). En attendant, les partisans d'Allah ici-bas en Tunisie, s'accomodent très bien avec le FMI, la banque mondiale et le "capitalismo salvaje" (pour reprendre l'expression de Chávez).
Si bien que Zaballah chantre du libéralisme économique, après avoir contracté un prêt de 500 millions de dollars auprès de la Banque mondiale vient de demander un prêt de 1,78 milliard de dollars au FMI et ce afin de maintenir dame Tunisie sous perfusion faute de vraie thérapie (voir ici)

FUMISTERIE2

On ne sait vraiment pas ce que Zaballah compte faire avec cet argent puisqu'il n'a jamais établi le moindre projet de développement. Par contre on sait déjà qu'avec cet énième endettement, l’Etat devra réduire les salaires de la fonction publique, les subventions aux plus démunis et les retraites. Mais ce n'est pas grave, les pauvres boiront et mangeront de l'Allah afin de supporter leur misérable vie sur terre en attendant l'au-delà. Justement, un nouveau ministère des affaires religieuses vient d'être inauguré à cet effet. Sûr que le marbre du nouveau siège a été financé par l'argent du FMI...(voir ici)

24 février 2013

Les Ben Simpsons se mettent à l'Internationale

Reconnaissons que dans le merdier révolutionnaire dans lequel le peuple tunisien a su se mettre, il n'y a pas que du mauvais. Certes on a du barbu, du salaf, du LPR à tous les bouts de rues. Certes les armes circulent, l'insécurité se généralise, et aucune des revendications de la révolution n'a vu le jour. Mais reconnaissons au moins, que nos débats se sont enrichis, que nos jeunes parlent politique et que le foot n'a plus le monopole sur les cafés. Reconnaissons aussi que dans l'assassinat de Chokri Belaïd il y a eu une énorme vague de solidarité, d'indignation et un regain de sympathie inestimable pour les idéaux de gauche. Même que la Bensimpsonnie après les chants soufis, vient d'enrichir son répertoire musical!

internationale

Bref, les Ben Simpsons...

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21 février 2013

Qui a tué Chokri Belaïd?

Depuis deux semaines déjà, pas un seul jour n'est passé, sans que chaque tunisien ne se pose la question le matin en se réveillant:
Qui a tué Chokri Belaïd?

question3

le chef du gouvernement Hamadi Jebali n'ayant pas d'éléments à fournir, vient de présenter sa démission. Les tunisiens sont restés sans réponse. Néanmoins, depuis le départ du premier ministre, ils reformulent autrement la question:

question4

A cette dernière question les réponses sont paradoxalement beaucoup plus nombreuses et incertaines. M. Ghannouchi et le président Moncef Marzouki discutent encore du candidat à la présidence du gouvernement. Tout ce que l'on sait, c'est que l'élu en question sera un nahdhaoui de haut niveau. Au vu des nombreuses compétences que compte Ennahdha, il devient donc très difficile de répondre à la question: 

question1

Sauf que tout ce manège nous éloigne de la sempiternelle question, à savoir: 

question2

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