Les révolutionnaires du 13 Janvier
Comme il flotte un air de fin de règne, il est de bon ton d’anticiper le traitement spécial qui sera réservé aux chlékistes et autres Ta77anas lorsque tombera la Sainte Chléka.
Mais j’ai envie de vous parler d’une autre catégorie de personnes, qui ne sont pas des chlékistes et qui sont pourtant hostiles à la dictature. Ce sont des camarades, des gens qui partagent nos idéaux, mais qui, pour des raisons personnelles ou psychologiques (souvent l’ego), sabotent la dissidence et sapent toute possibilité d’unir nos forces contre l’ennemi commun.
Ceux auxquels je fais allusion — vous pourrez en dresser la liste autour de vous — ce sont ces intellos, universitaires ou artistes reconnus dans leur domaine, que vous ne verrez jamais sur le terrain de la lutte. Ils sont totalement absents, mais surgissent soudain à minuit moins cinq, une fois bien assurés que le dictateur a effectivement pris la fuite.
Le problème de ces révolutionnaires du 13 janvier n’est pas tant leur inaction durant la lutte. Ils ont raison d’avoir peur. Le souci avec eux, c’est l’énergie considérable qu’ils déploient pour salir l’image de leurs homologues qui, eux, sont sur le terrain. Puis leur formidable culot à récolter les fruits de la Révolution en imposant leur narratif partout où on leur tendra un micro.
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J’en profite pour ouvrir ici une parenthèse personnelle et témoigner de mon expérience. Je ne prétends à aucune forme de courage dans mon activisme, puisque j’ai choisi l’anonymat précisément pour affronter la bête sans trop me mouiller. Certes, j’en paie aujourd’hui le prix, mais je garde le cap (du moins j’essaie).
Quelle ne fut pas ma surprise de voir des collègues, voire des amis, affirmer que je serais un crypto-islamiste, un abiriste ou un boursier de Soros. Ce sont des gens qui me connaissent, mais qui choisissent sciemment de salir mon image par des mensonges. Certains prétendent même que je serais un crypto-chlékiste parce qu’en 2019 je n’avais pas suffisamment alerté contre le danger Saïed, préférant m’attaquer à Karoui (ce qui, factuellement, est vrai).
Alors, pourquoi parler de ces gens ?
Pourquoi écrire sur un phénomène propre à une catégorie bien spécifique, et qui ne mérite peut-être aucune attention au regard de l’enjeu politique en Tunisie ? Je ne sais pas.
Mais tout de même : cette attitude perverse observée au sein de cette élite explique en partie l’échec de la Révolution de 2011 — et nous permet déjà d’anticiper l’échec à venir. Elle révèle que ce sont le plus souvent les petits calculs corporatistes, individualistes, bref les intérêts particuliers, qui priment sur l’intérêt général.
Ce que j’ai observé à ma petite échelle demeure anecdotique, mais décrit peut-être une situation plus générale : celle d’un pays où la dictature, depuis Bourguiba, n’a jamais eu besoin uniquement des Ta77anas et des chlékistes pour prospérer.
Quel sort leur réserver quand le lion sera mort ?
On ne peut rien contre cette espèce d'animaux...
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* Le dessin est une reprise de la couverture que j’ai réalisée pour l’ouvrage posthume de Gilbert Naccache, Des Renards et des Hommes, paru en 2022 aux éditions Chama.
Pour soutenir la caricature en temps de dictature, faites un don ici :
Boukornine vous le rendra !
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