Avant d'entrer dans le vif du sujet, je souhaite rappeler à mes chers lecteurs que depuis que je subis les restrictions de Facebook et Twitter, mon blog est pénalisé à son tour par ricochet. Ce qui me pousse de plus en plus à faire des incursions dans différents médias d'information, tels que Nawaat, Le Courrier International et très récemment le site d'information Mondafrique.

Ce présent post compile les trois derniers articles parus sur Mondafrique, que je réadapte ici. Par contre, le paragraphe et le dessin suivants sont inédits. 

Le vif du sujet   

Kais Saïed, Alias Zabaïed, vient d'ordonner la révocation de 57 magistrats sans même leur accorder le droit de recours. Non content d'avoir dissous le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), le président renforce son offensive contre une Justice "incapable de se nettoyer par elle-même" selon ses dires.

Certes personne ne nie, et ce depuis Zaba, que cette Institution est malade et qu'elle nécessite un traitement de choc. Depuis trop longtemps notre Justice a été instrumentalisée par le Pouvoir, par la Police et par l'argent. Après la Révolution sa situation a même empiré. Elle est à juste titre accusée d'être la source de l'échec de ces dix dernières années. Son semblant de clémence envers les terroristes et les corrompus a ancré dans l'inconscient collectif tunisien, une profonde détestation de l'institution dans son ensemble. Zabaïed profitant de cette aversion générale a décidé depuis son coup d'état de mettre la main sur la Justice, bafouant sans le moindre scrupule le principe de séparation des pouvoirs et le principe de présomption d'innocence (des 57 magistrats).

Je disais donc que depuis Zaba, le vice de notre Justice tunisienne, c'est justement d'avoir été instrumentalisée par le Pouvoir et la Police. Ce sont ces deux "monstres" qui entament sa première corruption (la deuxième corruption, celle de l'argent, découle mécaniquement de la première). Et c'est exactement ce que vient de reproduire Zabaïed avec la Police: instrumentaliser la Justice. Je dis bien Zabaïed AVEC la Police.

Car vous remarquerez, surtout depuis le coup d'état, que la complicité entre le président et le ministère de l'intérieur n'a jamais été aussi flagrante. Vous remarquerez aussi, cette obsession psychotique que manifeste notre président pour le nettoyage et la purification qu'il compte mener sur tout le territoire tunisien SAUF ! comme par hasard, sur la forteresse du ministère de l'intérieur...

La preuve de ce que j'énonce vient du fait que Zabaïed justifie ses révocations sur la base de rapports du dit ministère. On note que parmi les motifs évoqués, l'atteinte aux bonnes mœurs figure parmi les chefs d'accusation, exactement comme sous Zaba. Ainsi, un des juges a été limogé en raison de sa participation à des orgies (ce n'est pas une blague !). La magistrate Khira Ben Khlifa aurait été ciblée à cause d'un dossier dans lequel elle aurait résisté aux pressions exercées par l'épouse même du président (Leila Ben Ali est de retour !!). Mais le prétexte de sa révocation mentionne une sombre histoire de "sexe avant mariage" ("zina"). La police l'aurait même incitée à faire un test de virginité (Ecoutez son témoignage sur Mosaïque FM à partir de la minute 5:00). La caricature ci-dessous, n'est donc pas une caricature...    

GANTS

Nous sommes en droit de penser que le couple Carthage/ministère de l'intérieur, s'est reconsolidé comme au Mauve-vieux temps. Allons même plus loin : Zabaïed, qui d'après ses plus proches collaborateurs serait vulnérable psychologiquement (on se rappelle du témoignage de Nadia Akacha, elle aussi mise sur écoute) pourrait être cette marionnette dont la Police espérait l'avènement depuis la fuite du père Zaba...

Certains signes ne trompent pas: le dispositif sécuritaire autour du ministère de l'intérieur est un excellent indicateur. Depuis le 25 Juillet, ce dispositif prolifère comme une tumeur qui ne cesse de croître au détriment de la grande Avenue. Quelle honte, quel scandale, quelle offense à l'esprit de la Révolution que de voir la police coloniser ainsi ce lieu symbolique. 

Autre signe : La présence d'Ahmed Friaa dans le comité de "réflexion" autour de la nouvelle Constitution. Pour ceux qui ont oublié, ce monsieur fut nommé ministre de l'intérieur sous Zaba en pleine révolution. Son court passage à la tête du ministère de l'intérieur aurait coûté la vie à 60 personnes. Friaa est le symbole même de la répression. Alors voir ce sinistre personnage participer à l'écriture de la Constitution, je ne sais pas pour vous, mais pour moi, cela n'inspire rien de bon...et confirme le "mariage Orfi" entre la Police et Carthage.


 Zabaïed coupe les ponts avec Venise

(Article paru le 01 Juin sur Mondafrique)

VENISE

Tout en poursuivant sa politique de démolition des maigres acquis démocratiques de la Révolution, Zabaïed semble mener en parallèle une politique d’isolement de la Tunisie. Après s’être mis à dos les Etats Unis -ces derniers parlent du décevant virage du Pouvoir tunisien-, notre impulsif président vient de déclarer “persona non grata”, la très gentille “commission de Venise”. 

C’était ce lundi 30 Mai : la Tunisie assiste depuis la page Facebook de la présidence, à un Saïed qui hurle à l’ingérence et qui somme la commission de prendre ses cliques et ses claques et de “s’occuper de ses gondoles” (ce sont ses propres mots).

Zabaïed n’a tout simplement pas digéré l’avis négatif de la dite commission sur la faisabilité du référendum du 25 Juillet prochain. Référendum qui rappelons-le, est destiné à valider la nouvelle Constitution… laquelle Constitution, n’a toujours pas été présentée aux tunisiens.

La Commission de Venise

Cette fameuse Commission qui dépend du Conseil de l'Europe, a été fondée en 1990 après la chute du mur de Berlin. Il s’agit d’un organe purement consultatif, qui aide, assiste et conseille les gouvernements en matière de Droit constitutionnel.

Mais Saïed se prend pour le grand architecte de l’univers. Notre président ne supporte pas tout ce qui pourrait mettre en doute son dessein messianique. Il veut aller vite, et personne ne pourra entraver ce 25 Juillet, la réalisation de son Grand Œuvre : SA Constitution! C’est sa créature, son bébé à lui. Alors gare aux gondoles qui osent l’en empêcher !

l’Hubris de Tunis

Ce modeste prof de droit, parti de rien, devenu président, n’avait déjà que faire de l’avis de ses collègues tunisiens. Après avoir pris sa revanche sociale sur ses anciens collègues bourgeois de la fac de Droit (on pense notamment à Yadh ben Achour), Zabaïed entend défier ses confrères à l'international. 

La Tunisie s’habitue à assister en direct, via la page facebook de la présidence, à un homme rongé par ses complexes qui met en spectacle sa victoire et qui tient à humilier publiquement ses rivaux, ses opposants traités de traîtres, de vendus ou de nostalgiques du protectorat (aux membres de la commission de Venise, il ironise sur leur Nostalgie de l’époque de Jules Ferry).

Certains évoquent sérieusement l’atteinte psychologique du président. Chacun y va de son diagnostic de psy du dimanche. Entre ceux qui identifient en lui le complexe du messie, la schizophrénie, la bipolarité ou Asperger, les débats sur la santé mentale de Zabaïed vont bon train depuis le 25 Juillet dernier. 

Quant à la Tunisie, elle semble de plus en plus atteinte du syndrome du radeau de la méduse…


 La "chlékisation" de la république Tunisienne

(Article paru le 25 Mai sur Mondafrique)

CHLEKISATION

Le concept de “chlékisation” n'existe qu'en Tunisie, ce petit pays de l'Afrique du nord qui avait brièvement attiré l'attention de la planète lors de sa révolution de 2011. Ce concept donc, est tiré du mot “Chléka”, qui veut dire en arabe tunisien, claquettes ou tongs, et qui par métonymie désigne la personne porteuse de ces chaussures légères. C'est plus qu'un concept, c'est carrément une philosophie de vie. Car le "chlékeux" concentre sa pensée et sa matière grise dans ce bout de plastique qui recouvre ses pieds et qu'il traîne dans les rues en sortant chercher du pain. Un chlékeux, n’a pas de tête mais il est têtu. Il n’a jamais vu le ciel mais croit dur comme fer à Dieu. Les chlékeux se reconnaissent entre eux et détestent les chaussures mais fantasment sur les talons aiguilles. Quand ils sortent en ville, ils n’aiment pas trop qu’on les reconnaisse. Ils se chaussent alors de leurs plus belles godasses et passent inaperçus. 

C’est le cas de Kaïs Saïed, notre actuel président de la Tunisie. Personne n'avait remarqué qu'il portait de fausses chaussures, bien cirées de surcroît. Pourtant depuis 2011, il passait à la télé et à la radio, et avait déjà tout annoncé de son projet "chlékatologique". Mais personne ne prêtait vraiment attention à ses paroles, puis ses mocassins de prof de droit, donnaient à son verbe un verni trompeur qui a induit en erreur une foule de gens qui ont voté pour lui en 2019.  

Les mêmes chaussettes

Quand il a été élu et qu’il s’installa au palais, il a gardé ses mêmes souliers sans changer de chaussettes et ce jusqu'au 25 Juillet 2021, jour fatidique où il a foutu un coup de pied dans la fourmilière islamiste. Profitant de la débâcle générale et d'un soutien populaire massif, Saïed ne s’est pas gêné. Depuis, il a commencé à dévoiler ses petits orteils et à mettre en place son nouvel ordre chlékatologique, exactement comme il l'avait annoncé il y a bien longtemps. 

Je vous disais que personne n'écoutait vraiment ses discours à l'époque, mais je me trompais, car les chlékeux et les chlékeuses qui savent se reconnaître entre eux, eux, ils avaient déjà tout compris. Ils n'attendaient que ce jour où la Chléka allait enfin prendre le Pouvoir.

C'est alors que débute la démolition des maigres acquis de la révolution. Constitution, Parlement, Justice, élections, tout y passe. L'opposition qui regroupe islamistes et autres redoublants de la révolution traînent depuis leurs babouches et peinent à mobiliser les foules qui semblent de plus en plus conquises par le pouvoir hypnotique de la Chléka.

Le lèche-chlékage, un sport très répandu

Saïed a désormais les coudées franches pour carrément réécrire la Constitution et poser ainsi le jalons d'une nouvelle République sur mesure.

Il fabrique une "commission consultative pour une nouvelle République" et nomme à sa tête deux belles paires de chaussures, le bâtonnier Brahim Bouderbala et le doyen de la fac de Droit, Sadok Belaïd. Cela n’étonna pas grand monde, puisque ces deux-là avaient déjà eu l’occasion de montrer leur zèle à cirer les pompes du président (“lèche-chlékage”)
Ils rejoignent ainsi la petite cohorte de chlékeux et de chlékeuses qui entourent le président.
Ils n’auront pas de mal à se mettre d’accord puisque Saïed a viré de la vitrine les basquettes, les babouches et les mocassins accusés d’avoir trahi la nation.
Saïed s’est même débrouillé pour faire fuir sa secrétaire talon aiguille, Nadia Akacha.  
Bref, pour les chlékas, la Tunisie en ce moment c’est le pied !


 La dictature douce de Zabaïed

(Article paru le 18 Mai sur Mondafrique)

opposition

Kaïs Saïed, le président tunisien, surnommé « Zabaïed » (1), qui par un coup de force en juillet 2021, s’est attribué tous les pouvoirs ou presque, est le premier dictateur arabe à avoir compris qu’il ne fallait surtout pas mettre en prison son opposition.

Il ne reproduira donc par l’erreur de Zaba, alias feu le président Ben Ali (7 novembre 1987-14 janvier 2011), qui à force de martyriser ses médiocres opposants, en a fait des héros. Rappelons qu’après la révolution, ce sont ces mêmes « héros » qui de Zaballah, surnom du chef islamiste Ghannouchi (2), à Marzouki, Président de la République en 2011, en passant par Chebbi et compagnie, ont corrompu et fait dérailler la plus prometteuse révolution du monde arabe, celle de la Révolution du 14 Janvier 2011.

Donc, comme je disais, Saïed a laissé libres de circuler et de manifester dans le bled, la plupart de ces figures marquantes qui furent au pouvoir durant 10 ans, et qui sont retombées le 25 Juillet 2021 dans l’opposition (date du coup d’État). Certes il en a malmené quelques-uns, puis il a laissé pour d’autres la Justice faire le boulot.

Mais de manière générale, Kaïs Saïed a bien vu que la Tunisie exécrait tellement cette classe politique qu’il n’avait vraiment rien à craindre de son existence.

Tristes choix

Ce dimanche 15 Mai, ils étaient tous là, sur l’avenue, même ceux du sud, Chebbi et le fils maudit, pour dénoncer le Putsch de Zabaïed. La police les a laissés exprimer leur rejet du coup d’état sans qu’il n’y ait eu le moindre débordement. Ils étaient plusieurs centaines, plus nombreux que la manif des pro-Saïed, la semaine d’avant.

Ce triste paysage politique donne l’image d’une Tunisie acculée à choisir entre un dictateur autiste et une racaille islamo-affairiste. Mais la réalité est toute autre, car d’après les « taxistes » de Tunis, conducteurs d’oracles au compteur (pour ceux qui connaissent), la catastrophe économique à venir risque de tout balayer...Saïed compris.

(1) ZABAIED est la contraction de ZABA ( acronyme de Zine El Abidine Ben Ali, l’ancien dictateur, et de SAIED, l’actuel président tunisien accusé d’autoritarisme.

(2) ZABALLAH est la contraction de ZABA et ALLAH , en référence à Rached Ghannouchi, chef des islamistes tunisiens, accusé par ses détracteurs de vouloir imposer une théocratie en Tunisie.