DEBATunisie

27 novembre 2022

Excellente nouvelle pour les naufragés de Zarzis !

Les méchants comploteurs qui veulent du mal au pays, et qui depuis leurs salons feutrés conspirent avec des officines étrangères contre notre gentil président, viennent d'être démasqués grâce à des "bloggeurs" anonymes qui œuvrent main dans la main avec notre police républicaine et notre Justice ô combien indépendante. En effet, une liste de 25 personnalités (1) issues du monde politique et médiatique vient d'être dévoilée. Ces méchants seront poursuivis et punis par la loi ! 

Réunion au sommet à Carthage 

Très préoccupé par le dossier des naufragés de Zarzis (2), et soucieux de rassurer les familles, notre président a réuni hier, Samedi 26 Novembre, sa cheffe de gouvernement Nejla Bouden et sa ministre de la justice Leila Jaffel afin d'accélérer l'enquête et dévoiler enfin la vérité sur ce drame (voir ici)...
ZARZIS

(1Parmi les 25 Personnalités listées, figure Nadia Akacha l'ancienne cheffe de cabinet du président. Mais ce qui a le plus retenu l'attention, c'est la présence du nom de la chroniqueuse Maya Ksouri. Celle-ci avait pourtant soutenu la constitution de Zabaïed et a pris des positions favorables au président (voir ici). Comme pour Lotfi Abdelli, qui a aussi soutenu le président et qui s'est retrouvé à son tour pointé du doigt par le régime au point de devoir quitter le pays (voir ici), il semble que contrairement à Zaba, Zabaïed montre moins de gratitude envers ses laudateurs et ses "lèchlékas"... 

(2Partis de la ville de Zarzis, 18 migrants tunisiens cherchant à rejoindre les côtes italiennes à bord d'une embarcation clandestine ont disparu dans la nuit du 20 au 21 septembre 2022. Quatorze corps seulement ont été repêchés en mer, tandis que 4 migrants sont toujours portés disparus. Les familles accusent l'Etat de négligence et manifestent leur colère depuis Octobre (voir ici)
Rappelons que les migrations clandestines se sont intensifiées depuis 2022 en raison de la crise économique et...de la gestion calamiteuse de la situation par notre gentil président et son gouvernement. 

22 novembre 2022

Sommet de la cacophonie

Je m'excuse auprès de ceux qui vivent dans l'attente de mes dessins et pour qui, une caricature de Z sert de calmant dans un monde de plus en plus tourmenté. Cela fait presqu'un mois que je n'ai rien produit alors que l'actualité tunisienne et internationale s'emballe. J'attends que la CNSS reconnaisse mon statut d'anxiolytique national afin de me faire subventionner par l'Etat et me consacrer entièrement à mon travail citoyen de caricature et de protection de la nature. 

Coupe immonde du Qatar

Je n'ai pas encore de nouveaux dessins à vous proposer sur le sujet. Mais j'y travaille. Pour avoir suivi et caricaturé depuis la révolution l'ingérence de ce petit pays dans nos affaires intérieures (soutien des islamistes notamment), et pour avoir dénoncé le cancer "capitallahiste" qui contamine ces monarchies du golfe, je ne peux que soutenir le boycott de cette Coupe du Monde, de la même manière que j'ai toujours appelé au boycott de tout business avec les wahha-p'tites-bites, pèlerinage de la Mecque compris.

Je profite de cette parenthèse pour publier un vieux dessin datant de 2013 qui évoque la corruption à échelle mondiale que menait depuis longtemps cet émirat...

QUEUTARD

 (dessin extrait de ce post du 17 Avril 2013)

Sommet de la francophonie à Djerba

Rappelons que l'initiative d'un sommet de la francophonie remonte à 2018, quand le président français avait décidé de confier à la "jeune démocratie" tunisienne l'organisation de l'évènement pour 2020. A cause du COVID, le sommet a été reporté pour 2021, année du coup d'état. L'argument de jeune démocratie ne tenait plus sous le règne de Zabaïed, et des voix commençaient à s'élever, notamment celle du Canada, menaçant de boycotter le sommet. Mais la crise du COVID se poursuivant en 2021, a pu justifier le report du sommet pour 2022. Cet énième report a joué en faveur de la Tunisie qui, malgré toutes ces tergiversations, a pu enfin organiser en grande pompe dans l'île de Djerba, le 18ième sommet de la Francophonie (voir ici). 

Du 18 au 20 Novembre a donc ouvert ses portes cet événement dans lequel on a vu défiler une grande délégation de présidents et hauts responsables africains, en plus de la présence notoire de Macron et Trudeau, sans oublier notre zinzin de Carthage qui a inauguré le bal avec un indigeste discours en français. Si ses formulations alambiquées ont endormi la moitié de la salle, il a plongé l'autre moitié dans une profonde perplexité (voir ici). Je regrette de n'avoir pas préparé une brochure illustrée pour aider les invités à appréhender le phénomène Kaïs Saïed.   

De manière générale, on peut se demander sérieusement, quel sens donner à l'organisation d'un sommet de la francophonie en Afrique, à une époque où le français, pour toute une génération, n'évoque plus que les barrières policières et les nombreuses vexations et humiliations que fait subir la France à tous ces jeunes du sud qui veulent rejoindre ses terres et ce au prix de leurs vies.

Etant moi-même francophone et francophile, produit du système éducatif bourguibien, je constate après 15ans de blogging, la défection et désaffection progressive du jeune public qui ne maitrise plus la langue de Molière, qui ne lui trouve plus aucun attrait et qui lui préfère l'anglais. Les médias francophones en Tunisie signalent le même phénomène et notent également la stigmatisation dont ils font l'objet et ce par un certain public conservateur, qui voit dans l'usage du français une nostalgie de l'époque coloniale.     

Cependant, et pour ne pas conclure sur une note négative, retenons que nous avons évité de justesse un concert de Céline Dion qui a failli faire partie de la délégation canadienne. 

HamdouBoukornine !

Le clou du spectacle

Dans tout ce bordel mondial, qu'il s'agisse des graves conséquences du changement climatique, de la coupe du monde au Qatar, de la guerre en Ukraine, ou encore du sommet de la francophonie, ce qui a le plus retenu mon attention de flamant rose c'est ce scandale passé presqu'inaperçu (*), et dont je vais tenter ici de vous faire le résumé :

Il s'agit du centre culturel fondé à Djerba par le grand homme de théâtre Fadhel Jaziri. Inauguré une semaine avant le sommet de la francophonie, ce complexe architectural de 7000 m², comprend une salle de théâtre en plein air, une galerie d'exposition, une salle de danse et des studios d'enregistrement (voir ici). Financé par des fonds privés et situé dans un terrain appartenant à l'artiste lui-même, l'établissement jouît d'une vue imprenable sur la mer et bénéficie d'un environnement naturel typique de l'île de Djerba. Jusque là, tout va bien. Pourquoi donc critiquer une aussi belle initiative dans un pays qui manque cruellement d'équipements culturels et dans lequel l'Etat est aux abonnés absents ? 

Anguille sous roche

Le terrain qui appartient à Fadhel Jaziri était classé zone agricole, donc non constructible. Mais à la suite de la révolution de 2011, l'artiste a su profiter de ses réseaux dans les plus hautes sphères du pouvoir, pour obtenir une dérogation signée de la main de l'éphémère président de l'époque, le fantomatique Foued M'bazaa. Rien de répréhensible en apparence, puisque la vocation sociale et culturelle du projet peut justifier exceptionnellement le déclassement du terrain (encore que...). A la différence de tous les bouseux qui avaient aussi profité du bordel révolutionnaire pour construire sur les terres agricoles sans autorisation, lui au moins, en bon Ben Simpson, bénéficiait d'un décret signé par son copain président (voir ici).

Mais voilà, il se trouve que le terrain fait partie d'un large périmètre de plus de 2000 hectares, classé en 2007 dans la liste des sites Ramsar. Il s'agit d'un traité international (initié en 1971 dans la ville iranienne de Ramsar) qui recense à l'échelle mondiale les zones humides à protéger, notamment celles qui constituent un habitat pour les "oiseaux d'eau", tels que mes amis les flamants roses !

Cette convention engage les pays signataires, à orienter leur politique d'aménagement du territoire en vue de préserver ces zones. Les activités humaines pouvant perturber ces écosystèmes vulnérables sont donc proscrites. 

La dérogation dont a bénéficié Jaziri contredisait de fait les termes de la convention. Et Jaziri le savait. 

DJERBA

Faillite morale 

Comme le lac Ichkeul ou encore le Chott El Jerid, ces sites s'inscrivent dans l'histoire longue du vivant et constituent des trésors de la nature. Dans un contexte cataclysmique où l'espèce humaine est responsable de la disparition de 70% de la faune, les nobles intentions d'un Fadhel Jaziri ne changent en rien sa participation au saccage du patrimoine naturel.  

Certes, son projet de centre culturel ne s'apparente pas à de la corruption comme ce fut le cas sous Ben Ali, à l'époque des prédations immobilières de la famille Trabelsi, ou des mégaprojets émiratis sur les berges du lac. Mais si l'on regarde de près, c'est peut-être encore plus grave :

Ce centre culturel est le syndrome de la faillite intellectuelle et morale de nos élites. Il indique leur degré d'indifférence et de méconnaissance de la question écologique. Qu'attendre donc du reste de la population si même nos poètes font preuve d'un tel mépris ? Car dans cette histoire, il ne s'agit pas seulement de Jaziri. Ils étaient tous là. Un avion de Tunis a même été affrété spécialement pour l'inauguration. Les gens de la culture, intellectuels, journalistes et politiques sont tous venus pour applaudir cette aberration. Les rares défenseurs de la nature qui ont osé protester contre le projet se sont faits traiter de tous les noms d'oiseau...

C'est dire leur considération pour les flamants.

Conclusion

Avec tout ce que j'écris sur mes vieux collègues artistes, je sens que je ne me ferai plus de copains dans ce petit milieu qui aime cultiver l'entre-soi. 

Si j'étais Jaziri, et que j'avais un immense terrain dans une zone protégée, j'aurais peut-être aussi fait un centre culturel, mais d'un autre type. J'aurais ponctuellement bougé la terre et créé des talus, pour aménager un espace d'observation des oiseaux d'eau. J'aurais fait appel à des menuisiers locaux, pour fabriquer des structures légères et abriter du soleil ou de la pluie, les enfants, les écoliers, les poètes, peintres et artistes venus contempler en silence l'un des derniers spectacles d'une nature préservée. Je n'aurais pas attendu le sommet de la francophonie, ni compté sur le soutien des capitalistes ou de l'Etat. Je me serais d'abord rapproché des ornithologues, des experts locaux et des spécialistes internationaux de Ramsar afin de bénéficier de leurs conseils, de leurs expériences et savoirs.

Et j'inaugurerais ainsi mon premier temple boukorniste. Consolidant ma base, j'irais à la reconquête de toutes les sebkhas du bled, de l'Afrique du nord jusqu'à la Mecque...
_____________________

(*) C'est à la suite de l'interview du journaliste et activiste Aymen Rezgui sur la Radio Misk, que j'ai commencé à mener ma petite enquête sur le problématique centre culturel de Djerba. Je vous mets ici le lien de cette interview :
https://www.facebook.com/miskdigital/videos/507220994650445  

18 octobre 2022

La bonne nouvelle

Les tunisiens sont à bout de nerfs. Ils manquent de farine, de sucre, de lait, d'eau minérale, de beurre, de carburant...même si le monde entier est confronté en ce moment à une pénurie de matières premières, chez nous, c'est la pénurie de matière grise à la tête de l'état qui rend la situation intenable...

Toutes les conditions semblent donc réunies pour faire exploser la baraque...Sauf qu'à l'époque de Bouazizi, il y avait encore l'essence pour s'immoler. Aujourd'hui, sous le règne de Zabaïed, il ne reste plus que le briquet...

IMPUISSANCE_BLOG

Elections Législatives

Zabaïed a la tête ailleurs. Les caprices de dame Tunisie passent au second plan car démarre pour notre président, la course aux législatives. Est ouvert le dépôt des candidatures depuis hier (Lundi 17 Octobre). Pour Zabaïed c'est le grand jour, car commence enfin la mise en place de sa nouvelle doctrine politique dite "la construction par la base". Avec ce système révolutionnaire, il en sera fini des partis et le parlement sera enfin lavé de toute corruption.

Mais notre prophète de Carthage sait qu'il faudra faire preuve de pédagogie pour convaincre les électeurs. Il compte sur ses apôtres pour organiser des "campagnes explicatives" sur tout le territoire. Des caravanes d'ânes partent à l'assaut du pays pour rallier les foules à la nouvelle religion. Nul besoin d'essence ni de carburant. Les apôtres ont pour seule énergie l'enseignement du président. Cet enseignement qu'il leur a transmis, s'inspire de son voyage initiatique à travers les cafés du bled. En 2019, alors simple candidat, Kaïs Saïed a su annoncer la bonne nouvelle et gagner triomphalement les élections présidentielles grâce au saint capucin...  
CENE_BLOG

(dessin inspiré de la cène de Juan de Juanes)
(...et d'une conversation sur messenger avec un ami sebkhistre qui se reconnaîtra)

27 septembre 2022

Échec mondial

Est bien lointaine cette année de 2011 où nous avions réussi à attirer l'attention mondiale par notre révolution. Rappelez-vous de cette époque épique dans laquelle nous avions inspiré la planète entière en chassant le vilain Ben Ali. Certes, des ingérences étrangères ont vite fini par dévier le processus révolutionnaire, au point qu'aujourd'hui des fachos et des réactionnaires, ont repris le Pouvoir. Mais les premiers responsables de cet échec, ce ne sont ni les occidentaux, ni les pays du golfe, mais d'abord nos propres concitoyens, à commencer par les Zaballah, les Kakarouis jusqu'à l'actuel idiot du village promu prophète de Carthage. Nous sommes les PREMIERS responsables de notre malheur. 

Iran

Si je fais cette introduction, c'est en réaction à certains de mes amis qui ne sont plus capables n'analyser les mouvements sociaux dans le monde qu'à travers le prisme du complot occidental. Certes l'Iran est un pays qui pèse tellement dans la région, qu'israéliens, américains, saoudiens, russes et chinois doivent regarder de plus près ce qui s'y joue en ce moment. Oui ! il doit bien y avoir des ingérences, des manipulations visant à déstabiliser (ou à renforcer) le régime en place.

Mais !

La révolte des iraniens en ce moment fait suite au meurtre présumé de Mahsa Amini. Elle portait mal son voile, ou une mèche était trop visible, peu importe...Une histoire de cheveux a causé la perte de cette jeune femme par l'intransigeante police des mœurs qui veille au poil. Mahsa est devenue l'icône d'un mouvement qui prend de plus en plus de l'ampleur depuis le 16 Septembre (date de son décès). Non, ce n'est pas la main d'Israël qui a fracturé le crâne de Mahsa, ni la CIA qui agite les foules.

Les iraniens qui se prennent les balles en ce moment sont mus par la haine d'un régime en faillite, qui a fait d'un bout de chiffon sur la tête des femmes, le pilier de son Pouvoir et ce depuis 40 ans ! 

Si le "Satan occidental" récupère l'actuelle révolte à son profit, ça ne reste pas moins la responsabilité d'un système politique absurde qui a fait de la soumission de la femme une porte ouverte à l'ingérence de l'"empire".

Alors si nous continuons à être trop prudents, à trop craindre la manipulation occidentale, nous n'allons jamais nous libérer collectivement de cet autre "empire" qui s'ingère depuis des siècles dans nos affaires publiques et privées : l'Allahisme et tout ce qui en découle : Ayatollah et Wahha-ptit-bites par-ci, Zaballah et Zabaïed par-là, bref tout ce business politique construit sur la superstition, la bigoterie, l'ignorance et le mépris des femmes et des minorités.    

Au moment où je vous écris, un bilan officiel fait état d'une quarantaine de morts. Je vous laisse imaginer le nombre réel des victimes de l'oppression des Ayatollahs. Le Pouvoir en place assume la violence et appelle les forces de l'ordre à maintenir "fermement" la pression contre "ceux qui portent atteinte à la sécurité" (la sécurité d'Allah ?) (Voir ici).    

Si vraiment toute la grandeur d'Allah et de ses défenseurs sur terre, ne tient qu'à un bout de chiffon alors vive l'ingérence, vive l'Amérique et Vive Elon Musk et son projet de Starlink permettant aux iraniens d'accéder à internet (les connexions de smartphones seraient coupées afin de bloquer la propagation de vidéos)...

IRAN_blog

Assemblée générale de Nations "unis" 

L'Assemblée générale de l'Onu qui vient de se tenir à New York, révèle les terribles tensions qui secouent le monde en ce moment. Nos querelles tunisiennes et par extension arabo-musulmanes, semblent bien dérisoires comparées à ce qui se joue ailleurs. Un jeu qui décidera de notre avenir collectif sur la planète, mais dans lequel nous sommes acculés à y jouer le rôle de spectateurs...

ECHEC_MONDIAL_HD_blog

 ( ce dessin a été commenté sur France24 ici )

PS: Je profite de cet article pour vous mettre le lien du très instructif blog de la réalisatrice iranienne, Sepideh Farsi, (qui est aussi mon amie) et qui suit de près ce qui se passe dans son pays:  https://blogs.mediapart.fr/moineau-persan/blog/240922/do-something-iran

17 septembre 2022

MEA CULPA

Le 15 Septembre 2019, "Kakaroui" (Nabil Karoui) et "Kakaïs" (Kaïs Saïed) sont passés au second tour des élections présidentielles. Les sondages d'opinion (Sigma Conseil) avaient déjà pressenti la percée improbable de l'outsider Saïed.

J'ai fait partie de ceux qui, par détestation du Kakarouisme, avaient indirectement participé à l'émergence de Kakaïs. Comme l'indiquaient ces deux dessins d'époque (voir ici et ici), je n'ai flairé la m*de que d'un seul côté. J'ai surtout parié sur la connerie des Ben Simpsons pour me dire que Saïed devait être le bon...et j'ai même voté pour lui au second tour !

Alors oui ! j'aurais dû fermer ma gueule depuis, prendre ma retraite de caricaturiste et me contenter de faire de l'aquarelle et de la peinture à l'huile jusqu'à la fin de ma vie.

J'étais idiot et je le reconnais. Non pas que j'aurais dû voter Kakaroui. Non surtout pas ! j'aurais juste dû m'abstenir ou voter blanc. Mais pour cela il fallait avoir l'odorat assez développé pour comprendre qu'il était déjà trop tard. Car l'émergence de ces deux personnages au second tour signait déjà la fin de la partie, l'échec et mat.

KAROUISAIED_blog

(Cliquez ici pour agrandir)

PS1: A l'époque, les rares qui nous alertaient du danger que constituait Saïed (tel que Taoufik Ben Brik et certains Ben Simspons) étaient des kakarouistes confirmés. Il était donc impossible de prêter la moindre attention à leurs avertissements.

PS2: Comme je l'ai déjà dit dans d'autres occasions, l'idiotie n'est pas une fatalité ni une tare. Nul n'est à l'abri de l'erreur, et chacun peut rectifier le tir en ayant l'humilité de reconnaitre sa bêtise, et de s'excuser auprès de ceux qu'il a induit en erreur.

C'est pourquoi je trouve malhonnêtes les repentis qui ont soutenu Saïed et qui après avoir saisi l'arnaque, font comme si de rien n'était. Ils ne parlent plus politique ou alors ils ont fui le pays (tel que Lotfi Abdelli). Le cas de Leyla Toubel et tellement d'autres artistes et intellectuels est assez éloquent. Ils nous ont tous bassinés avec le "oui" pour la constitution, ils nous ont même traités d'islamistes ou d'abiristes... les voilà aujourd'hui rasant les murs, vacant à leurs occupations, éludant la question politique, ni vus ni connus...

Cependant, l'idiotie persistante de ceux qui continuent à soutenir Saied, rentre dans la catégorie de la bêtise inhérente à la conscience de foule, de la meute, du troupeau. Le type de conscience qui écrase la pensée libre de l'individu au profit d'une conscience de groupe...

Pour ceux-là, le retour à la lucidité et au bon sens demande d'abord au préalable, une émancipation de la conscience de groupe, du clan, de la tribu, de la nation, de la oumma...bref un chantier qui commence à l'école primaire et que la Tunisie a définitivement raté...

Sur ce bonne rentrée quand même !

16 septembre 2022

Zabaïed est mon ennemi

J'avoue vouer une détestation particulière pour le conservatisme qui dans les situations de crise (comme celle que nous vivons) vire fatalement au nationalisme, au racisme et à l'allahisme.

Kaïs SAIED qui nous a déjà pondu une synthèse de ces 3 maladies dans sa constitution, persiste et signe (sous les applaudissements des fachos idiots qui le soutiennent), une loi électorale qui exclut la candidature des binationaux.

Une loi discriminatoire, qui hiérarchise les tunisiens, et qui considère la double-appartenance comme une souillure (au même titre qu'un casier judiciaire non "vierge") impropre à la participation à la chose publique.

N'ayant rien à proposer, assumant pleinement l'absence de tout programme politique, Zabaïed use une nouvelle fois des bas instincts de la foule pour remplir le vide de sa politique.

La foule étant cet amas d'imbéciles, racistes, bigots, ignorants, haineux qui constitue l'électorat, le carburant, le cœur battant du Zabaïedisme. Vous allez voir bientôt, quand la pénurie, la misère et la faillite seront généralisées, combien le religieux va lui être utile...

Alors, vous les binationaux, athées, homos, artistes traitres de l'islam et de la nation, vous serez les bouc-émissaires idéaux. Vous serez la diversion, le sujet qui monopolisera les débats et qui masquera l'incompétence du gouvernement, sa corruption et sa faillite...

HAMMAM2_blog

(cette caricature est une adaptation d'un vieux dessin datant de 2018)

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13 septembre 2022

Le Forrest Gump tunisien

Zabaïed est un homme honnête, un peu limité. Le pouvoir lui est certes monté à la tête, mais il tient à ses principes. Quand il était étudiant, il a dû lire quelques romans policiers, quelques poèmes en arabe ancien, mais il s'est surtout gavé de manuels de Droit constitutionnel. II n’a jamais voyagé hormis les quelques colonies de vacances à Ain Draham.

 Bourré de complexes et maltraité par ses camarades, il a dû marcher droit sans jamais se retourner. Il a appris le Coran par cœur et a vécu un seul amour resté platonique (Il se serait d'ailleurs marié avec la sœur de l'élue de son cœur...d'après mon taxiste).

 Ses seuls vrais camarades sont les gens simples et modestes qu'il peut impressionner dans les cafés du centre ville. Ce n'est que parmi eux qu'il se sent moins loser. D'ailleurs il s'est promis de les venger contre les injustices du système. 

 Le miracle a eu lieu et il s'est trouvé projeté président. Mais ce n'était pas suffisant, il lui fallait faire tomber tout le système et réécrire une nouvelle Constitution pour venger les honnêtes gens et débarrasser une bonne fois pour toute le pays de tous ses méchants. Et c'est ce qu'il a fait ! …enfin presque.

L’épreuve du Pouvoir 

Mais sous son règne, “les méchants” sont encore plus nombreux, et les gens sont de plus en plus pauvres. Une pénurie fait sérieusement planer la menace d’une famine. Blé, farine, œufs, sucre, tout manque et les prix explosent. 

Ne pouvant plus payer ses fournisseurs, la Tunisie se retrouve incapable d’assurer ses réserves. Une situation inédite, pas seulement liée au contexte international. Kaïs Saïed a certes hérité d'une conjoncture délicate, mais sous son régime ça va de mal en pis. Selon les analystes, la raison de cet échec demeure l’incompétence totale de Saïed et de son équipe.

Mais pour Forrest Gump, c’est toujours la faute aux méchants spéculateurs qui “affament le peuple”(selon ses mots). Il convoque sa première ministre (le 9 septembre) l’innocente et douce Nejla Bouden et lui affirme sa détermination à poursuivre sa guerre contre les méchants ! Ses fans sur Facebook sont rassurés.

ZABAIED_PRESS_FAMINE_blog

Police partout, Justice nulle part  

Kaïs Saïed ne veut pas être un dictateur. Gardons en tête que c’est un romantique, un doux rêveur qui a juste été projeté au Pouvoir par la volonté d’Allah. Et pourtant, c’est sous son règne que la Justice a disparu et que la Police reprend du poil de la bête. On ne compte plus les abus, intimidations et bavures des forces de l’ordre (Un agent a tiré à bout portant sur un individu en plein cœur de Tunis, c’était le 7 Septembre).

Même la liberté d’expression, seule véritable acquis de la Révolution de 2011, est sérieusement menacée. Le journaliste et vaillant activiste Ghassen Ben Khelifa en sait quelque chose. Il vient tout juste d’être libéré suite à une détention arbitraire de 5 jours où il a été maltraité et privé de son avocat (voir ici). 

Le Poutine des arabes

Mais il faut reconnaître aussi, qu’à part quelques perturbateurs tels que Ghassen, Zabaïed n’a pas trop de soucis à se faire car les esprits critiques se font aussi rares que le blé et la farine.

Il jouit encore d’une relative popularité et profite malgré lui de la flagornerie d’un nombre incroyable de journalistes et d'intellectuels nostalgiques de la dictature. Le journal El Anouar dans son édition du 19 Août n’a pas hésité à comparer notre Forest Gump national à Poutine… 

Poutine_BLOG

05 septembre 2022

La police fait son show

De vives tensions secouent le ministère de l'intérieur. Une lutte de clans semble diviser les rangs de la police à tel point que de violentes altercations ont eu lieu entre les "syndicats de police" et les "forces de l'ordre". Les premiers auraient posé leurs tentes pour des sit-in de protestation et les seconds auraient mis fin à ce mouvement dans la joie -la lacrymo, la matraque- et la bonne humeur.

D'abord bonne rentrée à toutes et à tous. Excusez cette entrée en matière quelque peu musclée. L'été n'a pas été de tout repos. En plus de la canicule, la Tunisie a officialisé son retour à la Dictature en faisant valider par seulement 20% de la population, une constitution hyper présidentielle rédigée par Kaïs Saïed, pour Kaïs Saïed. Mais une dictature en Tunisie, n'a pas tant besoin de l'aval du peuple. C'est le OK de la Police qui compte. Et il semblerait que le personnage de Zabaïed ne fasse pas l'unanimité auprès des flics.

Du moins c'est ce que laisse penser les agitations du moment. Et puis une autre affaire donne du crédit à cette hypothèse:

l'affaire Abdelli

C'était en plein mois d'août. La police avait saboté le spectacle de l'humoriste Lotfi Abdelli à Sfax. Ce comédien très populaire, qui faisait sa tournée d'été, jouant à guichet fermé, a failli se faire tabasser par les forces de l'ordre durant son show pour un mot de trop sur le président mais surtout... sur la police. L'humoriste est pourtant un fervent soutien de Zabaïed. Il avait même appelé à voter en faveur de la constitution.

Le président a pris la défense d'Abdelli en appelant -timidement- à dissoudre les syndicats de police. Cette prise de position positive en faveur de l'artiste -qu'on ne pouvait que saluer-, n'a pas été suivie de faits, puisque ces syndicats ont défié Saïed et ont menacé de plus belle l'humoriste, qui a dû interrompre sa tournée et fuir la Tunisie pour se réfugier en France.

Cet incident a donné l'impression que le dernier mot revenait donc à la Police. Mais on en sait pas plus, et malgré mes efforts de pêche à l'information, je me heurte à un mur où la rumeur et la désinformation sont légion. Cette opacité nous rappelle l'époque de Ben Ali, où journalistes, activistes et blogueurs, deviennent des astrologues de sous-sol, obligés d'interpréter les signes contradictoires que renvoi la toile...

division_blog

Déclaration du ministère de l'intérieur

Afin de couper court aux rumeurs, le ministère de l'intérieur a tenu une conférence de presse ce 2 Septembre pour rassurer la population. La porte-parole a assuré que la situation était sous contrôle. Les journalistes étaient là simplement pour prendre note de la parole officielle. Aucune question n'était permise. La culture du monologue et du "circulez il n'y a rien à voir" redevient la norme, comme au bon vieux temps. Cette conférence, dans la forme et le protocole, nous rappelle celle tenue le 24 Juin 2022, où la même porte-parole évoque un coup d'État contre le président déjoué de justesse. Un coup d'Etat dont personne n'avait entendu parler.
 A croire que le ministère de l'intérieur se joue de l'opinion, créant la rumeur par ici, faisant taire d'autres par-là. Une manière peut-être d'administrer nos peurs, mais aussi celle du président. Car qui a le monopole de la peur en Tunisie, a le Pouvoir...

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29 août 2022

ACTE 3

Je remercie ceux qui ont souhaité à mon blog un joyeux 15ième anniversaire. J'en profite pour mettre le lien de deux articles clés :
- Le premier texte qui inaugure mon blog, publié le 28 Août 2007 et qui s'intitule Acte 1 : Lire ici  
- Un deuxième texte publié le lendemain de la révolution, le 15 Janvier 2011, qui s'intitule Acte 2 : Lire ici

Je crois qu'il est temps de publier un Acte 3 par lequel j'ouvrirai le 3ième chapitre de DEBATunisie. Sachant que chaque Acte correspond à une séquence historique (Acte 1=Zaba, Acte 2=Zaballah), je ne crois pas me tromper en considérant que nous sommes entrés depuis le 26 Juillet 2022 dans une troisième séquence que j'appellerai : Zabaïed.

Axiomes

Je vais dès à présent fixer les bases, les concepts et les symboles dont je ferai usage durant ce troisième acte, afin de pouvoir déployer mes articles et mes dessins dans une cohérence d'ensemble. Il s'agit de fixer un "système théorique" un peu comme un mathématicien qui définit ses axiomes. Ceci me permettra, mais je ne me fais pas d'illusions, de calmer mes détracteurs en les renvoyant à la source de mon raisonnement.

1- Le système politique dans lequel évolue la Tunisie de Kaïs Saïed est une dictature. Ceci est le premier axiome qui n'est pas à démontrer. De la même manière que la rondeur de la Terre n'est plus à démontrer, nous considérons sur le blog DEBATunisie qu'il s'agit là d'une donnée et non d'une hypothèse. La dénomination ZABAïed (contraction entre ZABA, acronyme de Zine el Abidine Ben Ali et de Saïed) sera de fait employée systématiquement pour désigner notre actuel dictateur.

  
2- Zabaïed est idiot. Il s'agit là aussi d'une donnée et non d'une hypothèse, et encore moins d'un jugement (du moins dans mon système). Cette donnée est conséquente à une observation méticuleuse du sujet. L'idiotie dont il est question, ne concerne pas seulement les capacités cognitives du personnage. Elles sont de fait limitées. Mais cette limitation n'est pas ce qui fait son idiotie. Car nous sommes tous, à des degrés différents, limités face à la complexité objective du monde. Ce qui fait de Zabaïed un idiot, c'est l'ignorance de son idiotie naturelle, voire son auto-persuasion d'être plus malin que les autres. Ceci est une donnée sur laquelle se baseront mes analyses et mes dessins, et qui me permet d'énoncer le troisième axiome :

3- Zabaïed se prend pour un prophète. Non pas qu'un prophète est idiot. Mais un idiot qui par un hasard historique se trouve élu président (2019), qui par un heureux concours de circonstances réussit un coup d'état magistral (2021) et qui arrive à faire passer comme une lettre à la poste sa Constitution (2022), ne peut croire qu'à son destin prophétique. On tiendra compte de cette donnée (le prophétisme) pour analyser les faits.

--> Ces axiomes nous permettent d'enrichir le portrait de Zabaïed de quelques symboles et accessoires :
(1) La ventouse en guise de couronne ou d'auréole, afin de rappeler d'où notre président puise son intelligence. La ventouse étant aussi un accessoire sanitaire compatible avec la mission d'assainissement que prétend accomplir Zabaïed dans sa lutte contre la corruption.
(2) Il use également du "papier cul" qu'il déroule comme un manuscrit afin de rédiger avec sa plume rose (on y reviendra) le texte sacré (constitution) destiné à purifier le pays. Zabaïed est un "agent de surface" en plus d'être prophète.
(3) "La Chléka" (claquettes en dialecte tunisien) pour rappeler son côté pèlerin de cafés (Saïed a fait la tournée des cafés du bled dans le cadre de sa campagne électorale). Je vous invite à lire ce texte "fondateur" pour mieux comprendre le principe de la Chléka dans la culture tunisienne et la portée philosophique de ces chaussures légères.
(4) L'âne ou la mule, bête de selle de Zabaïed, très caractéristique des prophètes (Jésus, Mohamed) ou des révolutionnaires tel Abou Yazid appelé l'homme à l'âne (Saheb el Himar). Il y a, bien entendu, une ressemblance dans la psychologie de Zabaïed et sa monture.
(5) La plume rose qu'utilise Zabaïed, est celle d'un flamant rose de la Sebkha. Cette plume devait m'être destinée pour rédiger ma nouvelle religion (voir le Boukornisme). Zabaïed me l'a volée pour sa Constitution. 

Symboles

Théories

Vous comprenez donc qu'à partir de ces axiomes, découlent mécaniquement des théories qui dans mon système, font office de vérités "scientifiques", à savoir :

1- Les soutiens de Zabaïed (très nombreux) quelles que soient leurs origines sociales, ou leurs motivations personnelles, sont de fait des "chlékistes". C'est le qualificatif que nous emploierons dans ce blog pour les désigner.   
- Il y a parmi ces soutiens les opportunistes qui partagent certainement mes axiomes, mais pour qui la dictature présente un avantage ou une nécessité. 
- Il y a aussi les idiots. Ils le sont en vertu de mon deuxième axiome : soutenir par conviction Zabaïed (un idiot) est une preuve évidente de sa propre idiotie. 
-Il y a la majorité qui soutient par lassitude et par réaction (contre Zaballah). Cette majorité se résigne à l'idée qu'un idiot dictateur demeure un moindre mal. Cette posture relève de la même lâcheté politique qui, historiquement, a rendu possible dans le monde les pires fascismes. Ils sont ces pantoufles silencieuses qui ont permis le bruit des bottes. Dans notre cas tunisien, se sont des petites chlékas de maison.
        
2- Ne pouvant croire qu'un idiot soit capable de gouverner un pays, j'en conclus par une démonstration par l'absurde, que Zabaïed n'est qu'une marionnette entre les mains de pouvoirs occultes. Notre expérience du champ tunisien, nous permet de supposer (hypothèse) que c'est la collusion entre la police, les militaires et les oligarques (les forces contre-révolutionnaires) qui gouverne réellement la Tunisie.

3- Les opposants à Zabaïed (dont je fais partie) en vertu de l'axiome 1 et 3, ne peuvent exercer leur opposition que dans le cadre d'une lutte commune dans laquelle doivent être inclus tous les dissidents SAUF les anciens partisans de Zaba et de Zaballah. Car, contre une dictature prophétique, nous ne pouvons faire appel aux anciens adorateurs du dictateur Ben Ali ni aux adorateurs du prophète Mohamed.

Conclusion

Ces axiomes et les théories qui en découlent, se présentent comme un système fermé. Mais cela reste un système subjectif, relatif à mon point de vu. Je l'ai choisi pour sa simplicité et sa commodité. Il me permettra en tant que dessinateur d'user de lunettes efficaces pour ôter toutes la complexité d'une situation tunisienne qui demeure malgré tout, passionnante...et ce même si nous tunisiens, n'apportons plus grand chose à l'Humanité (à part la Harissa).

En attendant l'Acte 4, il n'est jamais trop tard pour vous convertir au Boukornisme. A cet effet, je tiens à rassurer mes adeptes sur les perspectives qui s'ouvrent à nous, et ce grâce à Zabaïed, oui oui ! Il nous a ouvert le chemin ! Si lui, le faux prophète est arrivé au Pouvoir grâce à la tournée des cafés, imaginez le potentiel d'un vrai prophète qui ferait la tournée des bars ? Donc tenez bon, il reste encore de l'espoir ! 

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27 août 2022

Zabaïed, fin tacTICADicien

Lors du TICAD, sommet japonais de coopération organisé en Tunisie, Zabaïed a provoqué l'ire du Maroc en invitant Brahim Ghali, le chef du front Polisario, front revendiquant l'indépendance du Sahara Occidental, soutenu par l'Algérie (voir ici)...
Notre président rompt avec une longue tradition bien tunisienne, celle de ne pas se mêler du merdier algéro-marocain. Mais le contexte géopolitique du moment semble changer les règles du jeu...

TICAD

(Ce dessin a été repris dans le numéro 1663 du Courrier International )

Ces dernières agitations politiques, nous obligent à mettre à jour notre carte géographique de la dite "Union du Maghreb Arabe" :

MAGHREB_blog

 

15 août 2022

Les allahistes

Entre « l’allahiste » qui passe à l’acte, ou celui qui se réjouit de l’attaque au poignard de Rushdie sur Facebook, il n’y a pas de différence de nature. Juste une différence de degrés. A lire les milliers de commentaires vengeurs sur les réseaux sociaux tunisiens (voir un échantillon ici), disons-le sans craindre l’exagération, un bon tiers de nos compatriotes se réjouissent au plus profond de leur être, du sang versé pour leur idole « Allah » et sont de fait des allahistes pour qui le meurtre, le sang, la barbarie demeurent une option légitime contre toute atteinte à leur sacré.

Allahisme

Le qualificatif « allahiste », désigne celui où celle qui serait imprégné.e d’allahisme, néologisme que je me suis permis d’utiliser pour nommer ce rapport maladif au divin, dans l’islam contemporain. Aux antipodes des approches mystiques et spirituelles, l’allahisme est cet islam post-moderne, plus proche du paganisme pré-islamique, dans lequel le rapport des fidèles au divin, relève plus du culte des idoles, que de la célébration d’une entité supérieure gouvernant le cosmos. Un culte identitaire, associé à la tribu ou au clan. Un culte pauvre qui refuse la complexité, et qui s’accommode très bien de l’état d’aliénation générale inhérent à nos sociétés contemporaines. 

Expérience

J’ai « profité » de mon anonymat durant ces dernières années pour jouer avec le feu, et servir presque de cobaye afin de mesurer sans prétention scientifique, ce phénomène. Mes dessins blasphématoires me valent des centaines de menaces de mort où l’on m’associe justement à la figure du vendu qui a trahi la tribu. Le grief ne porte pas sur un différend théologique ou métaphysique mais sur une piètre affaire de famille, une honteuse atteinte à l’honneur. Les offusqués les plus blessés par mes dessins, assimilent mon « geste » à un viol commis contre leur mère, c’est pourquoi, ils n’hésitent pas à promettre la liquidation physique en guise de riposte, car œil pour œil, dent pour dent. De fait, j’ai déjà été virtuellement poignardé, égorgé, violé pour un simple dessin portant sur le sacré. 

J’en profite pour rappeler que Facebook a limité la diffusion de mes publications non pas pour me protéger de ces menaces, mais parce que ces milliers d’offusqués ont signalé ma page (voir ici). 

Qui a lu les “versets sataniques” ?

Avant de tenter d’expliquer pourquoi ce que nous en sommes là, je tiens à témoigner du bonheur que j’ai eu à lire et à relire les “Versets sataniques” de Rushdie, ce chef d’œuvre littéraire qui a valu à son auteur la fatwa de Rouhollah Khomeini (et les coups de poignard 30 ans plus tard d’un jeune libanais d’à peine 24 ans). Cette fresque littéraire ne s’intéresse pas qu’au prophète, mais quand elle l’évoque ( “Mahound” étant le nom utilisé par l’auteur pour éviter de désigner directement le prophète), elle lui donne chair, il prend vie et soudain il devient humain, donc imparfait comme son interlocuteur Gibreel mi-homme mi-ange, star à Bollywood ressuscité suite à un crash d’avion. Il n’y a évidemment rien de malveillant envers l’islam, ce n’est d’ailleurs même pas la question.

L’auteur ne fait qu’utiliser la fiction religieuse comme un matériau littéraire pour les besoins de son univers fantasmagorique explosif. A propos des dits versets sataniques, Salman Rushdie n’invente rien à ce sujet. La tradition évoque bien cet épisode de la révélation où le prophète renie quelques versets de la sourate dite de l’étoile (Souret Annajm) au prétexte qu’ils lui auraient été dictés par Satan. 

Nous savons que les auteurs de la fatwa, et tous les allahistes qui crient au scandale n’ont pas lu le roman incriminé, et n’ont jamais rien lu, rappelons-le ! affirmons-le !

Décrochage civilisationnel

Ce qui dans le jargon pédagogique est désigné par décrochage scolaire, nous le constatons pour tous ces gens, mais à cette échelle il est question de décrochage civilisationnel.   

Ce décrochage n’est pas celui du monde arabo-musulman par rapport à l’occident. Car il a lieu aussi à l’intérieur même des pays prétendument développés. En orient on l’appellera "allahisme" (selon mon néologisme), en occident il se manifeste de manière plus complexe sous la bannière (certes fourre-tout) d’extrême droite…

Qui peut croire que ce "décrochage" dans ses diverses manifestations, puisse être combattu par la lutte pour la liberté d’expression ? Quand un édito du journal Le Monde conclut « nous n’avons d’autre choix que la défense intraitable de la liberté de penser et d’écrire. Elle ne doit souffrir aucun accommodement. » (source ici), on ne sait pas si le journaliste s’adresse à lui-même pour se rassurer, ou s’il croit vraiment faire peur aux allahistes.

Je viens de le comprendre à mes dépends : cette histoire d’Allah n’est pas liée à une affaire de liberté de penser ni d’écrire. L’enjeu ne se situe pas sur ce terrain et rien ne sert d’opposer aux allahistes l’argument de la liberté d’expression. Rien de tout ça n’est utile car nous faisons face à un problème civilisationnel, lequel se résume à ce constat: nous avons beau vivre sur la même planète, nous vivons dans des mondes différents, “nous” et “eux”.

Le mur

Cette rupture n’est pas seulement une affaire de clivages socio-économiques, mais il est évident que la pauvreté et la misère participent à hausser le mur.

Mon voisin de quartier, ou mon cousin, issus du même milieu que moi, peuvent, malgré tout ce qui nous rassemble, faire partie de l’autre monde. Un mur civilisationnel nous sépare et nous rend imperméables l’un à l’autre sur la question d’Allah. 

Je me rappelle avoir entendu dans un reportage, la description exacte de ce phénomène, au sein d’une même famille américaine, où la sœur considère qu’entre elle et son frère trumpiste, existe un mur étanche et indépassable rendant tout débat impossible.

Il est arrogant de ma part de considérer, que le trumpiste ou l’allahiste seraient des idiots, des hommes ou des femmes aliénés, qui n’auraient rien lu, rien appris, rien compris des humanités, des sagesses et des arts. Oui très arrogant, et après tout ce texte que j’ai écrit, en arriver à cette conclusion paraît très décevant. Et pourtant pour avoir converser avec mon voisin, mon cousin ou pour avoir échanger sur messenger avec des centaines de personnes qui espèrent ma décapitation, le degré d’ignorance sur l’islam qu’ils prétendent défendre, est abyssal. Leur méconnaissance du Coran et de la tradition est déconcertante. Je ne parle même pas du reste. De la même manière on peut imaginer le degré d'ignorance d’un trumpiste, mais je ne m’aventurerai pas plus sur un sujet que je ne maîtrise pas.

Je déteste faire ce constat qui me place de fait dans la situation du privilégié qui se délecterait presque de sa supériorité intellectuelle. Mais quel autre jugement peut-on sincèrement émettre sur celui qui défend mordicus la platitude de la terre. Le problème est donc réductible à la question du savoir et de sa transmission dans nos sociétés contemporaines dans laquelle l’école décline et internet domine. 

Conclusion

Je pensais me contenter d’un simple statut sur Facebook en réaction à la violence des commentaires que j’ai pu lire contre Rushdie. Je voulais réagir surtout au fait que cette violence ne me surprenait plus, car devenue habituelle, voire banale. Mon texte est plus long que prévu et ne m’a pas permis pour autant de clarifier mes idées. Conclure en disant que c’est l’ignorance et la bêtise qui explique cette violence, est un diagnostic assez léger qui ne préfigure d’aucune thérapie. Ou si peut-être, une thérapie pas très originale. Celle qui consiste à se focaliser sur les architectes de l’ignorance plutôt que sur les ignorants. Détecter, décrypter et attaquer les maîtres-œuvre de la bêtise institutionnalisée, ceux qui transforment les peuples en foules décervelés.     

Pour revenir à notre Tunisie, j’en détecte un en ce moment qui participe de manière flagrante à “cultiver” cette ignorance : Kais SAIED, ou Zabaïed (encore un néologisme de mon cru). Depuis son coup d'État, ce monsieur entreprend méticuleusement la réalisation de ce plan. Il ne fait qu’appliquer la recette de tous les despotes arabes, celle qui consiste à neutraliser les savoirs afin de mieux domestiquer les foules. Il usera de l’allahisme car cette recette a déjà fait ses preuves dans nos contrées et bénéficie en plus, du sponsoring des pétro-monarchies du golfe. 

Les plus minables dans cette histoire, et ils sont légion, ce sont ceux qui savent, qui comprennent exactement mot pour mot ce que je raconte, mais pour qui l’humanité ne peut et ne doit pas tout savoir, voire qu’il est bon de la garder dans l’ignorance. Ceux-là soutiendront les Saied, les Khomeini, les Trump et tous ces dresseurs et fomenteurs de foules, car le savoir, (comme la richesse et le pouvoir), ne peut être partagé. Il doit rester rare et inaccessible à la masse.

Vous les verrez derrière les dictateurs et les fascistes expliquer avec éloquence que l’ignorance est une tradition, qu’elle est un droit, qu’elle est même révolutionnaire. Ils appelleront à ce qu’elle soit consignée dans la Constitution et que l’État veille à la réalisation de ses objectifs (allusion à l’article 5 de la nouvelle Constitution).

Quelle meilleure illustration de l’ignorance érigée en vertu, que ce cortège que nous avons observé en 2020 suite à l’assassinat de Samuel Paty, dans lequel le président Saïed, figures politiques et autres artistes avaient usé du “mais” fatal, celui qui suit systématiquement la condamnation du crime, MAIS qui rappelle que la figure du prophète demeure une ligne rouge au-delà de laquelle, la barbarie est permise…Peu importe d’ailleurs que ces gens adhèrent ou pas à ce discours, leur posture est d’abord destinée à la foule. C'est juste un signal. Le signal de trop. Le signal dont la réception distingue l'allahiste qui passera à l'acte, des millions d'allahistes qui se contentent d'insulter sur Facebook.     

MARCHE

(Dessin datant d'octobre 2020 suite à l'affaire Samuel Paty) 

09 août 2022

Le retour du régime policier !

La Police s'en est prise à Lotfi Abdelli lors de son spectacle à cause d'une blague sur les flics et la sainte Chléka. C'était hier à Sfax. Aujourd'hui la police livre à la vindicte populaire via les réseaux sociaux, une actrice adultère arrêtée avec son amant.

De la police des arts, à la police des mœurs, avec Zabaïed revient en force le régime policier.
POLICEMOEURS

Certes, même après la Révolution, la Police n'a cessé d'abuser de ses pouvoirs, mais avec Zabaïed et l'avènement de sa dictature, s'ouvre devant la flicaille un boulevard...

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03 août 2022

Quand Disney rencontre Allah

Le prince saoudien Mohamed Ben Selmen, dévoile son mégaprojet du futur baptisé "NEOM". Il s'agit d'une ville couloir, enchâssée entre deux énormes murailles qui "scient" le désert sur 170km (voir ici). Ce projet pharaonique à plus de 500 milliards de dollars, est le fruit de l'imagination débordante d'un prince qui regarde un peu trop Netflix et qui a les moyens de faire plancher les plus grands bureaux d'étude occidentaux, sur ses caprices d'enfant gâté...   

(Cliquez ici pour agrandir)NEOM_blog

Hightech, écologie et loisirs 

On se demande seulement s'il s'agit d'un scénario de film de science fiction, ou s'il est réellement question d'un projet d'urbanisme. En effet, les résidents de cette cité futuriste disposeront de valets robotisés, de taxis drones volants, de plages phosphorescentes et d’une lune artificielle. Même que les femmes seront dévoilées ! bref une véritable révolution technologique que promet ce mégaprojet.

Il n'y aura pas de gueux, de pouilleux, de migrants, de mendiants. Il n'y aura même pas de plombiers, maçons, jardiniers ni de femmes de ménage, puisque les robots se chargeront des basses besognes. Il n'y aura enfin que des gens riches, beaux et sportifs, peut-être même modifiés génétiquement, puisque MBS souhaite faire de sa ville un centre mondial de recherche en biotechnologie !

20 000 personnes seront déplacées  

Pour MBS, monarque au pouvoir absolu, rien ne pourra s'opposer à ses caprices. Ni même ces tribus qui occupent le terrain du projet. Les autorités saoudiennes ont arrêté, harcelé, traqué et tué les actuels occupants pour avoir refusé de vendre leurs terres ancestrales à l'État (source wikipédia). Tout cela n'est qu'un détail. Ce ne sont pas ces bédouins qui feront obstacle à MBS et à terme, quelques 20 000 personnes seront déplacées pour céder la place à NEOM.

Conclusion      

Que dire sinon, qu'il aura fallu attendre MBS pour que Disney rencontre enfin Allah, et que ces deux créateurs unissent leurs talents et annoncent en Arabie l'avènement d'une "néo"-humanité, sans pauvres, sans emmerdeurs, sans opposants, sans journalistes...bref : Bienvenue à Gattacallah !

01 août 2022

L'ingérable Zabaïed face à l'ingérence américaine

C'est presque une loi de la nature, ou une sorte d'impératif catégorique. L'oncle Sam gendarme de la planète, menacé dans son hégémonie par la Chine et la Russie, a bien besoin de conforter ses rangs. Il n'hésitera pas à user de la menace, du chantage au Dollar* ou du prétexte des Droits de l'Homme pour remettre dans le droit chemin, les indécis, les hésitants, les ni oui ni non et tout ce qui risque d'échapper à son contrôle.

Zabaïed, notre président, dictateur de son état, expert en gestion des foules et en ressentiment national, devient de fait pour l'administration américaine, la cible idéale. Le secrétaire d'état Antony Blinken n'hésitera pas à critiquer officiellement l'échec du référendum du 25 Juillet et de s'inquiéter du net recul des libertés en Tunisie et d'appeler au retour d'un paysage politique inclusif (voir ici). Une évidente ingérence dans les affaires tunisiennes qui s'inscrit dans la pression constante que veulent exercer les américains sur la Tunisie depuis que Zabaïed multiplie ses flirts avec une Algérie hostile à Israël et de plus en plus proche de l'axe Sino-Russe (voir ici)...       

USA_INGERENCE

Zabaïed est en train de créer toutes les conditions pour que la Tunisie devienne un terrain d'ingérence international. Pas seulement les américains, mais aussi les algériens, égyptiens, saoudiens... tous veulent leur petite part de ce qui reste de Dame Tunisie.
 
Comme à l'époque de Ben Ali, le dictateur pourra toujours compter sur ceux qui hurlent au scandale contre les "colons" extérieurs et qui se murent dans le silence dès qu'il s'agit de dénoncer notre colon intérieur...Ayant grâce à ce blog traversé un bout de chemin avec Dame Tunisie, je vous renvoie à cet article de 2009, une époque où Zaba aussi dénonçait l'ingérence de l'occident (voir ici) en s'appuyant sur la Libye de Kadhafi... 

* La Tunisie est endettée et risque la banqueroute. Elle s'est rendue dépendante du FMI et donc dépendante de l'oncle SAM, qui peut toujours faire usage de son droit de véto et bloquer le prêt.  

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