S'est tenue à Tunis le 16 Mai l'ouverture du procès de l'assassinat du dirigeant politique Salah Ben Youssef. Cet ancien compagnon de route de Bourguiba devenu son rival, a été abattu en 1961 en Allemagne. Même si Bourguiba lui-même assuma plus tard avoir zigouillé son ancien camarade, la famille du défunt demande aujourd'hui à faire reconnaître par la Justice tunisienne l'assassinat de Ben Youssef comme crime d'État (voir ici).
Alors certes, dans la déconfiture générale dans laquelle nous pataugeons en ce moment, on peut se poser la question de l'utilité d'un tel procès. Mais à écouter toutes ces voix qui s'élèvent contre les profanateurs de l'idole Bourguiba, ces pleureurs et ces pleureuses,  l'on ne peut que se réjouir d'un procès qui participe à la déconstruction de nos mythes nationaux. Bien sûr que toute nation a besoin de mythes fondateurs, et Bourguiba a naturellement sa place dans le récit national. Mais l'Histoire et la Justice n'ont que faire des symboles sacrés. Elles doivent être au-dessus de ces considérations métaphysiques.           

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Il faudrait d'ailleurs faire le même travail (et le même dessin ) pour le prophète Mohamed dont les idolâtres aujourd'hui se comportent exactement comme les bourguibistes. Les uns comme les autres refusent l'examen de l'Histoire, et veulent que la Justice, loi des hommes, se soumette à celle de leurs Dieux. Remercions au moins la Révolution de nous avoir permis d'entamer ce processus lent, douloureux, mais nécessaire.