Il y a sept ans, j'ai ouvert un blog que j'avais appelé "Débatunisie". Mon rêve de jeune tunisien d'alors était de reconstituer virtuellement et à mon échelle un semblant de débat public. La Tunisie de cette lointaine époque était muette. Zaba trônait en chef absolu. La police, la censure et la propagande composaient le triumvirat de son pouvoir. Puis se déclencha une révolution en 2010. Toutes les conditions furent réunies pour enfin réhabiliter ce débat public. Même si la liberté d'expression est acquise (sauf pour critiquer Allah et son secrétaire) et qu'une forme de pluralisme politique a émergé de ce magma, des vieux réflexes empoisonnent la scène publique. De quelque bord qu'ils soient, les médias, les intellectuels et les politiques sont les premiers responsables de ce blocage. Mais j'avoue des fois, que la médiocrité et le populisme moutonnier du bord tartouriste m'horrifient beaucoup moins que la machine médiatico-intello-bourgeoise mise en place par le Bajboujisme. La "Bajboujosphère" semble s'être mobilisée spontanément pour tirer unilatéralement contre la tartourie et flatter l'égo de son chef sans le moindre sens critique. Personne n'a encore compris en quoi cet octogénaire nommé Béji Caïd Essebsi était LA solution. On sait juste que ce monsieur incarne selon eux une vague idée d'un progressisme à la tunisienne...

 

debatconfisque

Bajbouj pas touche !

Parmi ces nombreux soutiens aveugles je cite au hasard Héla Béji, une éminente universitaire spécialiste en décolonisation. Cette dernière vient de se surpasser en prenant sa plus belle plume pour défendre Bajbouj contre les moqueries de Ruquier (voir ici). Ce pauvre Ruquier dans sa dernière émission hautement culturelle de France 2 ("ONPC") a attiré les foudres de la Bajboujie tunisoise en raillant l'âge avancé du candidat Essebsi. Heureusement que notre vaillante universitaire était là pour rétablir l'honneur de Béji et de tous les Tunisiens qui ont voté pour lui. Pour elle ce "grand homme" qu'elle compare à un Stéphane Hessel, est d'une "éloquence et d'un humour" que les pauvres Français sont incapables de saisir. A lui seul, le "spiritiuel Béji" (elle fait sûrement allusion à son "barra rahez") "crèverait le plafond de l’audimat" et je vous jure, elle n'est point ironique. "Mais", ajoute-t-elle avec dédain, "vous ignorez tout de sa langue, ce n’est pas votre faute". Notre spécialiste en décolonisation supporte mal la critique contre son candidat fétiche surtout quand cela émane d'un Français. A croire que cela réveille en elle un profond complexe de décolonisée...

Bref, qu'une universitaire perde son temps à répondre à l'animateur d'une insignifiante émission de divertissement d'un pays étranger, démontre bien que notre élite est définitivement à côté de la plaque. ( Inutile d'évoquer le cas Olfa Youssef & Co...)

Les médias caniches 

Mes amis, il se fait tard, et je n'ai pas le courage de terminer ce paragraphe sur les médias. Contentez-vous de bien regarder les caniches du dessin ci-dessus, et de lire au hasard n'importe quel article de Businessnews, TunisieFocus, Kapitalis... et autres torchons numériques et vous comprendrez pourquoi le débat demeure confisqué.

Conclusion

Avant de rejoindre ma sebkha nocturne, je trouve bien minable le refus de Bajbouj de débattre avec Marzouki à la télévision. Parmi tous ses soutiens, ni Héla Béji ni tous les autres bajboujeux n'ont relevé ce mépris flagrant pour l'idée même du débat. Le refus d'un tel débat, est un refus de démocratie. En cela Bajbouj est un héritier naturel de cette Tunisie autocratique, dominée par ses vieux réflexes, ses vieilles manies et ses vieux cons. Et c'est en cela qu'il est un homme doté du sens de l'Etat diront en choeur les Ben Simpsons !