A chaque exploit spatial, à chaque sonde, fusée ou robot envoyé dans le ciel ou posé sur Mars, je plonge dans une crise existentielle. Pourquoi le hasard m'a fait donc naître dans des contrées où l'on est encore à discuter du sexe des anges et de la taille de la chleka du prophète?
Je me rassure en me disant, que les gens de ces pays du nord, sont des individualistes capitalistes sionistes, qui ont colonisé nos pays, qui ont soutenu nos régimes corrompus et que leurs joujoux technologiques, ils les doivent en partie à nos richesses spoliées et à notre main-d'oeuvre exploitée. Alors je vois donc, dans ma lutte picturale contre le capitallahisme et la dénonciation de la corruption un sens à ma vie. Puis je ferme les yeux, la conscience tranquille et je m'endors.

Le matin

Je me réveille brusquement. Je fais le bilan de mon action sur terre et me rends compte que finalement toutes mes énergies créatrices (la caricature) ont été captées par une lutte prétendument éthique, celle du dominé contre son dominant. Une lutte qui me rend même incapable de me réjouir et de m'approprier en tant qu'être humain, les exploits de Musk, de Curiosity ou de la NASA. Une lutte d'arrière-garde, lointaine des grands défis de l'Humanité. Tout ça à cause de cette foutue grille de lecture qui ne voit dans le progrès technologique qu'une provocation supplémentaire contre notre condition de dominés.

Comment me suis-je fait donc injecter ce poison du "dominé" ?

Je détecte dans l'idéologie religieuse conjuguée aux derniers échecs cuisants de l'histoire arabo-musulmane, la source même de cet empoisonnement. Permettez-moi ce raccourci. J'ai le droit de faire ma propre psycaricature. Oui, je prétends que cette mixture, (Islam +l'humiliation de la défaite) plantée dans ma tête d'enfant depuis l'école primaire, est le moteur de mon obsession inconsciente pour le clan, pour la oumma et ce au détriment de ce qui constitue en moi l'individu. La Palestine incarne à cet effet la dernière strate "psy-géologique" de ces défaites arabes catalysant à la fois le fort sentiment d'appatenance, au même temps que l'effacement de l'individualité. De cette dépossession (de l'individualité), les êtres humains nés sous nos cieux peuvent facilement se perdre dans des luttes abstraites et aliénantes, allant jusqu'à se faire exploser en Syrie ou à faire de la cause Palestinenne leur lutte prioriaire. 
Et quand bien même émergerait l'individu, il se perd lui-même dans des luttes internes de libération de son individualité. Regardez combien nos artistes, nos écrivains, nos cinéastes, nos philopsophes perdent leur temps d'abord à lutter pour leur liberté de s'exprimer avant même de commencer à s'exprimer. Et quand ils s'expriment c'est encore pour parler de leur difficulté de s'exprimer en tant qu'individus. Une tautologie dans laquelle l'intellectuel arabe est condamné à parler de sa condition d'intellectuel arabe.  
Certes, ces luttes aussi tautologiques soient-elles, sont un préalable nécessaire à la libération totale de l'individu. Mais nous y perdons nos plumes et nous nous égarons à chaque fois un peu plus de la lune, de Mars et des étoiles. Remarquez d'ailleurs, que ce texte est lui-même une parfaite illustration de ma condition tautologique.

Pour conquérir Mars, marchons d'abord sur la Mecque !

Ceci n'est qu'une énième caricature tautologique qui n'a pour simple effet que de me libérer symboliquement de mon énorme frustration de me sentir plus proche de la sphère d'influence du pipi d'un Ben Salman que des joujous technologiques d'un Elon Musk...

FalconHeavy

Tiens ! à propos du prince héritier saoudien, le jeune et beau Ben Salman Al Saoud : la presse occidentale vient de révéler qu'il est propriétaire d'une des plus chères demeures au monde: une sorte de château Louis XIV de 275 millions d'euros (voir ici). Cette somme colossale compte pour du pipi comparée à tout ce que cette monarchie dépense en propagande moutonnière allahiste et en armement. Au nom de la fraternité religieuse, et de leur statut sacré de gardien du temple, la foule giratoire continue à renflouer les caisses de la boîte noire et à fermer les yeux sur le massacre que ces wahhabites font subir depuis 3 ans au Yémen...
Comment le dire simplement ? ....Allah n'existe pas. Musk est grand !

Et la révolution tunisienne dans tout ça ?

Le renversement du régime de Ben Ali, avait pourtant ouvert la voie à des revendications politiques et sociales. Mais il était aussi question de revendications philosophiques inscrites dans le temps long. Oui, l'émergeance de l'individu était devenue un projet plausible dans la nouvelle Tunisie, et nous l'avons observé par le dynamisme des artistes et le renouveau du cinéma. Sur tout le reste, nous nous sommes coltinés les pesanteurs et conservatismes du passé. Comme si une fatalité nous condamnait à ne jamais sortir du carcan moutonnier. Même "l'occident" qui avait promis d'aider la nouvelle Tunisie, nous abandonne à notre sort et nous écrase par le poids de la dette. Voulant punir notre élite corrompue et incompétente, c'est tout le pays qui paie la facture.Tiens ! en ce moment même nous apprenons que l'Europe vient de blacklister la Tunisie (voir ici)   

blackliste
(recyclage d'un dessin paru sur le blog )

Sinon, vous pouvez aussi vous convertir au Boukornisme. Ça ne nous mènera pas sur Mars, mais ça nous fera de belles Celtiades sous le clair de lune...
لا بوكرنين الاّ بوكرنين، ولا سبخة الاّ السّبخة

 * Le 6 Février 2018, Elon Musk, entrepreneur de génie et patron de Tesla, envoie en orbite une voiture électrique de sa fabrication, grâce à la fusée la plus puissante au monde, Falcon Heavy,  fabriquée par la société SpaceX, du même Elon Musk.