cyberdebat2

La cyberdissidence, à l'échelle de la planète, représente la revanche anonyme sur internet du citoyen opprimé contre son gouvernement oppresseur.
Constitutive d’une communauté, non consciente d'elle même, ou alors stigmatisée par le pouvoir, elle est porteuse d’espoir pour toute une génération en quête d’émancipation et de restauration de son droit à la participation au débat public.
On ne peut donc pas y intégrer les défenseurs de thèses racistes. Ces derniers ne revendiquent pas de droits spoliés mais fantasment et diabolisent des groupes mystifiés tels que juifs ou musulmans.
On peut tout aussi facilement exclure les conspirationnistes qui se cachent derrière leurs prétendues révélations et qui ne vivent que par la manipulation et le filtrage de l’information.

Purgée de ses parasites, je ciblerai mon texte sur la cyberdissidence militante en tunisie constituée de ceux et celles dont l'unique motivation reste l'émancipation du pays.
Je ne citerai pas d'exemple de sites pour éviter des conflits inutiles ou des désaccords avec mes "collègues". J'ai aussi l'objectif par cet essai de théoriser sur la question et de ne pas me perdre dans des classements inutiles dans une conjoncture aussi fluctuante.

Communauté?

Les cyberdissidents, même s’ils visent le même port, ne prennent pas le même chemin.
Ils se croisent , se ratent ou se heurtent le plus souvent. Certains ont commencé la course depuis longtemps et se font dépassés par des nouveaux arrivants tout frais.
Aucune règle loyale n’a été établie pour mutualiser les efforts des uns et des autres. Au contraire il semblerait même que certains mettent des bâtons sur les roues des autres et lancent des campagnes injurieuses contre leurs coéquipiers.
Cette désunion, de manière générale ne tient pas tant à des facteurs idéologiques qu’à des conflits contingents entre personnes.
C’est pour cela qu’en l’état actuel l’usage du terme « communauté » semble bien généreux au vue de cette déconfiture. Si l’on se tient au sens philosophique du mot, ce n’est pas tant le partage d’idées ou d’intérêts qui crée la communauté, mais plutôt l' engagement  réciproque de ses affiliés.
Ainsi, si l’on voudrait créer une véritable communauté cyberdissidente qui se présentera comme un contre-pouvoir efficace, il ne suffira pas de partager des convergences d’idées, mais d’abord de s’engager les uns les autres sur une charte qui veille sur le respect mutuel, sur l’énonciation de la ligne éditoriale de chacun et enfin sur la légitimité de certains sur d’autres pour guider les internautes et hiérarchiser l’information.
Cette idée lancée déjà bien longtemps se heurte à la sempiternelle question de la construction de la légitimité. Quel forum, quel site, quel blog serait plus légitime que l’autre ?
Son influence, sa pertinence, son ancienneté, ou sa représentabilité ?

Loi de la jungle

L'état de nature prévaut dans la jungle Internet. La liberté naturelle et la loi du plus fort qui en découle s'imposent pour le meilleur ou pour le pire. En laissant les choses se faire par elles-même, en d’autres termes céder à la sélection darwinienne, émergeront certes les plus solides. Or le résultat de cette sélection ne justifie aucune légitimité politique. Le monopole de certains sites n'est pas toujours inhérent à leur sagesse ou leur pertinence, mais souvent à leur réseau ou leur influence.
Il ne s'agit pas de boycotter un quelconque site, mais seulement d'avertir contre l’illusion que suscite la popularité et l’ombre que le succès  peut porter sur le travail acharné de militants et de journalistes engagés.

Cependant, Combien même, l’on arrive à créer une communauté organisée et juste sur le net, en serait-elle pour autant représentative de la diversité du peuple tunisien ? pourra-t-elle vraiment être relayés, diffusés par-dessous le manteau ?

Représentativité :

La représentativité, parlons-en.
La parole cyberdissidente  demeure confinée dans une réalité tunisienne limitée répondant à des frustrations émanant d’une catégorie sociale particulière:
Des raisons aussi objectives que la possibilité d’une connexion régulière ou le pouvoir de s’exprimer politiquement (N’oublions pas que l’esprit critique, même médiocre, reste encore un luxe) font qu’il n’y pas de doute quant à l’appartenance de ce « club » à la bourgeoisie locale ou émigrée.

Car s’il est vrai qu’une partie du problème tunisien est politique, comme ne cessent de nous le rappeler les cyberdissidents en dénonçant la dictature, ce n’est peut être pas sous cet aspect qu’il se manifestera chez les populations « exploitées » des petits travailleurs.
Ces derniers, à mon avis,   ne voient pas encore, dans le peu de discours dissidents qui leur parviennent, une once d’une quelconque reconnaissance de leur condition.

Censure

Outre son manque de représentabilité (dont elle est responsable), la cyberdissidence se trouve par la censure privée de ce qui reste de son public direct.
Certains sites censurés ont du faire avec et voir dans ce malheur un signe de reconnaissance et de notoriété.
De plus en plus coupés de leurs bases, les auteurs de ces sites se retrouvent entre eux dans une arène où il n’y plus de spectateurs.
Ils se perdront dans des cris inaudibles contre le régime sinon contre leurs propres voisins de scène.

Anonymat

Un dernier point achèvera le peu d’espoir qui reste : la traque aux cyberdissidents par l’Etat et l'anonymat obligé qui en résulte:
La cyberdissidence en tant que produit de la confiscation et de l’interdiction du débat, n’est crédible que si elle restitue par le biais de l’Internet ce dialogue que réclame la société civile.
Peut-on espérer de ce club de dissidents marginalisés par la censure, désorganisé et anonymes de surcroît, un semblant de dialogue et d’échange ?
Mon exploration attentive depuis quelques jours de cette « sphère », m’a révélé que malgré les bonnes volontés de certains, c’est l’anonymat qui sape tout espoir d’une véritable interaction constructive. Cette pratique courante de dissimulation n’est pas seulement une occultation de sa carte d’identité, mais un silence sur l’âge, l’origine sociale, régionale, la filiation professionnelle, confessionnelle...( crainte de la traque oblige)
Dès lors, les préalables à un dialogue saint se trouvent de fait confisqués.
Il n’est donc pas faux de penser, que cette cyberdissidence anonyme ne restaure aucun dialogue, elle ne se nourrit d’aucun échange et qu’elle n’est, au final, qu’une vocifération collective sourde et inutile de quelques frustrés en mal de reconnaissance.

Cette dernière note pessimiste est à mettre sur le compte de ma propre frustration, de mon impuissance et de celle de tous les autres qui croient dur comme moi,  que le verbe sauvera le pays…