03 juin 2012

De l'hypocritocratie dans l'affaire Jalel Brick

Zdebat

Pour ce qui est de mon passeport et de ma carte d'identité, pas de soucis, je suis en règle. Quant à mon certificat de foi, il est renouvelable chaque jour selon mes humeurs, mes états d'âmes, mes lectures et mes rencontres. Jeune j'étais certifié 100% Halal, et l'âge a voulu que ma foi devienne aussi fluctuante que la bourse de New York. Peut-être que dans mon lit de mort, ferai-je signer une bonne fois pour toute ce certificat de foi qui me donnera droit à un Visa pour le paradis. Ou alors au contraire, dans une ultime beuverie, défierai-je comme Jalel Brick, Dieu et son prophète, vouant aux gémonies toutes cette puante hypocrisie du dogme religieux qui paralyse nos débats, notre art, et notre liberté d'expression!

Jalel Brick

C'est ce que vient de faire Jalel Brick dans une vidéo rendue publique et qui a déchaîné contre lui la colère de ses milliers de fans. Sa popularité n'a jamais tenu pourtant au contenu de ses propos. Ce personnage théâtral né sur Facebook dans la vague de la révolution, disait d'ailleurs tout et son contraire. Il soutenait Ben Jaafar la veille pour appeler au soutien d'un Essebsi le lendemain. Il trouvait des excuses à Ben Ali, fricote avec Nessma TV et ne cache pas son respect pour l'ex-larbin du mauve Mezri Haddad. Il aime les dictateurs de Assad à Kaddafi et honnit tous les barbus de la terre. 
Ce qui faisait son "fonds de commerce" c'était la forme extérieure de son discours: un discours fluide, rythmé, musical, plaisant à l'oreille, même si vulgaire et violent. C'était un excellent orateur dont le public ne se souciait guère de la pertinence tant que cela faisait marer la galerie. Jusqu'au jour, où dans le même style acide, ce même Jalel Brick s'attaque au sacré, Allah et son prophète, niant l'existence de l'un et accusant l'autre de charlatanisme. C'est ce jour où l'on avait peut-être le plus écouté ce que ce monsieur racontait. Malheur pour lui, et ses excuses n'y feront rien, le mal est consommé! Jalel Brik est excommunié sur la place publique. Les extrémistes lancent des appels au meurtre, les conservateurs applaudissent, et les dits "progressistes" approuvent en admettant qu'il avait franchit la ligne rouge. Bravo!

Soyons sérieux 

Si l'adhésion au dogme religieux (certitude absolue en l'existence de Dieu et de la source divine du coran) est sinequanone à l'islamité, condition sinequanone à la tunisianité (être tunisien = être musulman) alors je crains que l'on ne me retire moi aussi mes papiers et que soit lancée à mon encontre une campagne haineuse...Certes je n'ai pas crié dans une vidéo mon hérésie, Je n'ai pas employé de vocabulaire ordurier contre le sacré, mais alors comment pourrai-je jouir de mon droit de liberté de conscience (liberté de ne pas croire par exemple, stipulée dans l'article 5 de la constitution), si ce n'est pas en l'exprimant publiquement, par le discours, par les idées, ou par l'art?
Comment peut-on d'un côté obliger les agnostiques à confiner leur hérésie dans l'espace privé, alors que la majorité exprime depuis des siècles sa liberté de croire dans l'espace public par ses mosquées, ses appels à la prière, ses ramadans ses Aïds et ses lois contre l'alcool, contre le libertinage, contre l'homosexualité et l'héritage toujours injuste envers les femmes. Peut-être parce que c'est simplement une majorité. Il s'agit peut-être d'une simple application de la règle de l'épicier qui dit que le nombre fait la loi. La dictature de la majorité encore une fois. Que craint-elle sérieusement cette majorité d'une minorité qui exprimerait autre chose? Pense-t-on sérieusement qu'une vidéo d'un Jalel Brik ferait crouler 14 siècles d'Islam? Cette menace est-elle si prégnante pour que le ministre des affaires religieuses se sente obligé de sortir à son tour une vidéo condamnant Jalel Brick?(voir ici)

Hypocritocratie

Nous y revoilà! ce néologisme de mon cru, que j'employais sous Ben Ali, se manifeste autrement mais dans le fond il s'agit à nouveau de la même ligne mauve. Une ligne imaginaire derrière laquelle se tiennent en rangs serrés les conservateurs, mais aussi nos élites progressistes qui condamnent l'offense de J.Brick comme étant une atteinte à ce qu'il y a de plus sacré pour TOUS les tunisiens. Tel cet article complaisant (voir ici).

Voilà comment on accepte de faire des concessions aux esprits conservateurs au nom d'un soi-disant risque de polarisation de la société. Je n'ai vu nulle polarisation, nulle division sur cette question. Je n'ai vu que des condamnations unanimes contre le "psychopathe" Jalel Brick que les extrémistes voudraient zigouiller et les dits progressistes souhaiteraient voir interné. Quant au public averti, il n'avait que faire d'un Jalel Brick et de ses élucubrations toutes aussi égales les une que les autres.

Conclusion

La vraie polarisation est ailleurs mes amis. Elle n'a jamais été entre les soi-disant laïques et conservateurs. Elle se situe simplement entre ceux qui ont tout et ceux qui n'ont rien. La sphère politique restitue nullement ce clivage. La polarisation politique se situe entre les néo-mauves (Essebsi & and Co) et les islamistes de la Nahdha. Les uns comme les autres ne discuteront jamais la question cruciale de la redistribution des richesses pour ne jamais se mettre à dos la bourgeoisie. De la même manière ils ne discuteront jamais la question du dogme religieux pour ne jamais se mettre à dos la classe populaire. Un Jalel Brick dérange les uns comme les autres, ils viennent de se mettre d'accord pour le larguer...
-Entre temps, nous ne ferons pas avancer les urgences sociales, et nous maintenons ce statu quo mou sur les questions de la liberté: liberté de conscience et donc liberté tout court.
-En focalisant l'attention sur ces faux débats, nous oublions aussi que notre ami Ramzi Bettaieb persiste dans sa grève de la faim suite à la confiscation de sa caméra au tribunal militaire du Kef. Son action met le doigt sur un sujet crucial, celui des collusions dangereuses entre la police, les militaires et l'ancien système Ben Aliste dont vient d'hériter Ennahdha. Système que personne n'ose questionner sérieusement au nom du même statu quo.
-Je ne parle même pas du scandale du bassin minier, du dossier des blessés de la révolution et tous ces sujets qui fâchent et qui font d'un Jalel Brick, du salafiste-ci du salafiste-là, les meilleurs sujets de diversion, des sucettes qu'on offre aux enfants, pour qu'ils regardent ailleurs...

En disant cela je nie nullement l'existence du salafisme, comme je ne nie pas la portée symbolique de ce qui est devenue l'affaire Jalel Brick. Je déplore seulement que l'élite progressiste ait réussi par ces sujets, à placer le clivage là où il n'avait pas lieu d'être... main dans la main avec les conservateurs de tout poil...
Sur ces pensées torturées, je vous souhaite un agréable dimanche!

Posté par __z__ à 14:37 - - Commentaires [39] - Permalien [#]
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Commentaires sur De l'hypocritocratie dans l'affaire Jalel Brick

    Soyons sérieux :)

    Salut Z!

    malla chérrir fél tasswira .. J'aime ta tete mon cher Z..
    t vraiment sexy dans la photo ) . Hahaha


    Ecoute l'artiste.. Je voulais te dire une chose, j'ai bcp aimé l'analyse que tu as faite dans le paragraphe "Soyons sérieux"..
    C'est une analyse pertinente, intelligente, qui suit une logique et qui peut ainsi inviter certaines personnes à réfléchir..
    Si par tes dessins, tu vises "les intellectuels", les laiques, etc.. Tu sais générallement, ces gens-là sont tolérants.. Donc tu peux t'exprimer
    comme tu veux, ils peuvent discuter avec toi, ils sont avec la liberté d'expression, et peuvent discuter de tout, y a pas cette notion du sacré..
    On peut discuter de tout..

    Mais pour les conservateurs.. à mon avis.. Tu peux pas faire passer un message ou ouvrir un débat avec eux , en te moquant de leur "sacré"..
    comme on le voit dans certaines caricatures, pas forcément les tiennes , mais dans certaines caricatures considérées comme blasphématoires..

    Par contre, cette analyse que tu as faite dans le paragraphe Soyons sérieux, elle apporte une analyse assez logique, pertinente et on voit un raisonnement..
    Si jamais tu ajoutais à tes caricatures "blasphématoires" une petite touche
    magique pour leur apporter ce raisonnement.. Je pense que tu pourrais alors
    toucher plus de gens et les faire réfléchir..

    Ciao

    Posté par sérieuse, 03 juin 2012 à 15:48 | | Répondre
  • @ jalel fient de rentrer dans l'histoire de la lutte pour les libertés

    et oui Jalel, je ne suis jamais arrivé à écouter aucune de ces vidéos et je ne partage pas ses idées politiques.

    Pourtant, je le reconnais en héros de la révolusion avec ce qu'il vient de oser. Il en est de même pour Slim Bagga, avec qui je partage pas grand chose non plus, mais lui aussi je lui reconnais le titre de héros du changement dans ce pays.

    Entre eux et ce soit disant belhassan, moi mon choix se fait sans aucune réserve. Entre l'Homme qui invite les gens à prendre leurs responsabilités dans la vie en donnant l'exemple et celui qui se place aux dessus de moutons, mon choix est vite fait.

    Qui sont-ils ces glodes pour juger des qui peut garder la nationalité et de qui peut vivre. Qu'ils aillent au diable, eux et leurs dictatures de pensées.

    et vive les libertés.

    Posté par tun-68, 03 juin 2012 à 16:07 | | Répondre
  • je ne sais pas comment tu fais cher z tu a l'art,et depuis l'ere 7 novembre, de toujours mettre des dessins et des mots sur ce que je pense. continue et surtout ne change rien!!!

    Posté par ismail, 03 juin 2012 à 16:15 | | Répondre
  • Ce brick.. Une nouvelle brique pour faire des esprits rationnels

    Oui, je suis tout à fait d'accord avec toi Tun-68..
    Moi aussi , suis pas fan de ce Brick .. Il est amusant de temps en temps, c tout.. comme le décrit Z ..
    Bon, moi j'aime pas trop sa vulgarité.. question de gout... Quand y a trop d'insultes et tout.. pour moi c une sorte de pollution.. j'aime pas.

    Par contre, par curiosité je suis allée voir sa dernière vidéo.. et Franchement,
    je pense comme toi, qu'il va entrer dans l'histoire de la lutte pour les libertés,
    parce qu'il a dit franchement et publiquement ce qu'il pense , et ce qu'il a dit il va être entendu par un grand public.. et ce qu'il a dit fait vraiment réfléchir parce que
    il a parlé de choses très logiques aussi .. et comment considérer comme sacré
    un homme qui n'a fait que collectionner les femmes.. épouser de petites filles, etc..
    des choses vraiment incroyables et illogiques, et on considère cette personne comme sacrée..

    Bcp de gens , des tunisiens pensent la meme chose, mais n'osent pas le dire publiquement,
    parce que les conservateurs se donnent le droit de déclarer publiquement leurs croyances
    religieuses, qu'ils sont musulmans, etc.. et interdisent aux autres de parler publiquement
    de leur incroyance.. C égoïste , bête et tout à fait injuste!
    Mais si jamais tous ces gens-là décident d'évoquer ensemble ce problème, je crois qu'on
    pourra briser le silence concernant ce sujet.

    Posté par Tounsiyya 7arra, 03 juin 2012 à 16:58 | | Répondre
  • Youssou N'dour

    @Ismail : Pourquoi veux-tu ke Z ne change Rien..

    Youssou N'dour a dit dans sa chanson : Changerrrrrrr )))

    Posté par sérieuse, 03 juin 2012 à 17:01 | | Répondre
  • et pourtant elle est ronde !!

    article qui dénude tout le monde de tous bords, comme si le peuple tunisien s´est installé dans le divan du psy, et combien en a t-il besoin!!!on vous apprend "elhechma", "essotra", on asphyxie tes neurrones, par les interdits, ton libre arbitre est malmené, au pire on te refuserait ton identité si tu ne corresponds pas au modèle arabo-musulman figé...

    Posté par che, 03 juin 2012 à 17:14 | | Répondre
  • Z tu t'enfonces !

    Tu t'enfonces là, ce que Jalel Brick a fait (et faisait) n'était pas de la liberté d'expression, c'était des insultes sans véritables critiques de Mohamed ou de l'islam.Il peut être poursuivi en justice en France.

    Posté par Tu fumes quoi Z?, 03 juin 2012 à 17:27 | | Répondre
  • Chapeau

    Belle et fine analyse. Chapeau.

    Posté par Nizar, 03 juin 2012 à 18:20 | | Répondre
  • صلعم

    "و ماذا قال محمد صلعة ؟ " ههه

    Posté par 5wenji mortad, 03 juin 2012 à 22:20 | | Répondre
  • Défi

    sérieusement, je n'approuve pas totalement la manière dont il a attaqué l'islam. Mais il a dit des choses vraies que je défie n'importe qui de les nier. Mohammed a bien couché avec la jeune Aicha, fille de Boubaker, alors qu'elle n'avait que 9 ans.7 Mohamed a bien utilisé le coran pour faire marier son fils adoptif Zaid à Zaineb, puis pour justifier son marriage lui même avec la femme de son fils. (voir ici http://yhoo.it/NwIvQK ) etc.

    J'ai détesté JB pas le jour où il a appelé à voter pour MBJ, mais le jour ou il s'est allié à BCE et racontré son aventure avec Mezri Haddad, comme le dit -z-.

    j'espère que mon commentaire ne sera pas banni . merci

    Posté par صلعم, 03 juin 2012 à 22:43 | | Répondre
  • Sick'n tired...

    ...of this "ligne rouge" qu'on nous sort à tort et à travers...

    Thanks -Z-, keep it up!

    Posté par Arnouba, 04 juin 2012 à 10:45 | | Répondre
  • L'opium des peuples !

    D'abord je félicite l'auteur pour son sens du discernement : il s'agit d'une opération de diversion qui a recours au mécanisme infaillible du "aller voir ailleurs si le gouvernement y est !". Les problèmes de fond de la Tunisie (et plus généralement du monde arabe et musulman) sont toujours zappés au profit des débats stériles sur le sacré ... (Stériles n'est-ce pas, car toutes ces histoires de croyances n'ont rien de rationnel et ne peuvent donc être abordées par une discussion argumentée et constructive). D'ailleurs ce n'est pas la première fois que Jalel Brick s'embarque dans ce genre de sur-enchères. Et j'ai des soupçons sur son désintérêt (et même sur sa bonne foi) en soulevant ce genre de polémiques à des timings bien précis ... Au meilleur des cas c'est un ignorant complexe qui par sa bêtise réalimente le débat stérile et au pire c'est un ignorant éclairé qui sait se faire rétribuer pour ses actions.

    Sur la question de fond (le sacré) je reste perplexe en voyant les musulmans se faire stigmatiser (à une ou deux exceptions près) par le monde évolué pour leur sous-développement sans aucune réaction. Pourtant ces mêmes musulmans montent tout de suite au créneau quand on s'attaque à Mohamed (S3WS) au Coran ou à Allah. Sachant que selon la croyance la plus fondée chez ces derniers le premier est le premier humaniste que la terre ait porté, que le deuxième reste une prouesse linguistique et rhétorique inégalée jusqu'à aujourd'hui et que le dernier (et loin d'être le moindre) reste le plus intouchable de tous (de par sa propre définition).

    A mon humble avis et en tant que musulman je pense que je n'ai rien à prouver quant à la bonté du prophète, l'omniscience et l'omnipotence du créateur ou quant à sainteté du Coran. Ce qui me préoccupe le plus aujourd'hui c'est ma condition de musulman et comment la faire évoluer dans le bon-sens. En résumé, Allah, son prophète et son livre saint n'ont pas besoin de "ma protection" et mon premier souci devrait être ma propre protection (comprendre bonne évolution) en tant que représentant de ce dogme. Bien sûr tout cela passe par un vrai travail sur soi-même, mais que faire si "blablatérer" et se teindre de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel s'avère être plus facile que la besogne du dur labeur ?

    Posté par un-pistolero, 04 juin 2012 à 14:37 | | Répondre
  • @ pistolero

    Le pistolero tire plus vite que son ombre et, vlan! en plein dans le mille!
    J'aimerais ne rencontrer que des croyants comme toi et la vie serait plus simple.
    Hasta luego, amigo!

    Posté par Bob, 04 juin 2012 à 16:21 | | Répondre
  • @bien à vous

    On va finir par tous dire la même chose, ça ne va plus être très drôle. Pour garder l’intérêt du débat, je dirais que je ne suis pas convaincu de la nécessité du discrédit rapide de Jalel Brick, (rémunéré ou idiot) ça me fait trop penser à la rhétorique des intégristes, sa personnalité décalée est ce qu’elle est et s’il n’était pas décalé il n’aurait jamais abordée la problématique par la face la plus casse Guelle. Et vu que nos intellectuelles sont aussi rares et aussi courageuses que nos dictateurs, on peut à mon avis se réjouir que certains essayent le chemin le plus court.
    @ un pistolero : "que le deuxième reste une prouesse linguistique et rhétorique inégalée jusqu'à aujourd'hui" ça demande un débat entre experts, et je veux bien venir écouter...

    Posté par tun-68, 04 juin 2012 à 17:03 | | Répondre
  • bonsoir...as tu reçu mes messages?

    Posté par kissaonline, 04 juin 2012 à 23:42 | | Répondre
  • Haraket el Ijtihad el Joumhouri

    Mouvement contre mouvement. Haraket thid Haraket.

    Je t'invite mon très cher Z à rejoindre:

    Haraket El Ijtihad El Joumhouri.

    Le mot "mouvement" est facultatif. Et au final, j'ai préféré le mot "républicain" à "national".
    Car trop de personnes lient avec ignorence nation et religion. Hors, la république est seule capable de s'en défaire. La république demeure le meilleur cadre légal des institutions visant à régir un territoire et sa population.
    Ce J. Brick est assez vulgaire dans son expression. Il a le tort d'employer un langage outrancier et alcoolisé sans retenue, alors que je lui accorde le mérite de revendiquer liberté de conscience, d'expression et de pointer du doigt ce frein à la modernité et au progrès (à savoir: le recours au religieux comme source de législation et justification de la pensée…).
    Bourguiba avait compris qu’il fallait défaire le pays de ce carcan, de ce conservatisme. Il avait compris qu’il fallait « remodeler » le social. Animé d’une idéologie prgressiste, c’est lui, malgrés tout, qui nous a offert les plus belles avancées (comparés à nos voisins). Il aura eu ses tords aussi.
    Ben Ali n’avait pas d’idéologie. C’était pour résumer un « ringard » qui a épandé, sans s’en rendre vraiment compte, le terreau fertile à l’idéolgie véhiculée par Ennahda.
    Acte 3 : Et nous voici face à la mise en place, la tentative d’enracinement de cette idéologie, opposée à celle de Bourguiba.
    Si rien ne change…. (j’espère que tu es encore bien jeune Z et téméraire), on en sortira dans 20 ans.
    Un lien vers le manifeste du 1er Juin, sous l’égide de 70 signataires :
    http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120604.OBS7438/tunisie-le-manifeste-des-70.html
    Je t’avoue que je souscris pleinement à son contenu.
    C’est un ensemble qu’il faut évaluer, bien au delà de ce qui pourrait être interpreté comme des stratégies de dispersion. Des dérapages qui n’ont rien d’anodins se conjuguent aux differents signes d’incompétence et de volonté d’asseoir un pouvoir hégémonique.
    Là où le religieux pèse lourd, c’est la merde ! Regardez la Grèce et leur eglise orthodoxe merdique et chère ! Regardez le moyen orient ! L’inde ! l’Iran ! Certains pays d’Amérique du sud !...
    Il est venu le temps de désacraliser le « Sacré » si l’on souhaite avancer et se libérer !
    Religion et république ne vont pas de pair ! Autant avoir un Roi ! Autant retourner en arrière ! Ce sera la migration ou le « suicide » pour ceux à qui cela ne plait pas !

    Yahya el Ijtihad El Joumhouri !

    PS : tu me diras, « mais en quoi consiste ce mouvement » ?
    Il s’agira de définir, rédiger les principes d’une république exemplaire et nourrie par l’idée du progrès humain. Il s’agit de redéfinir les grands ministères que l’on qualifie de régalien :
    - Education Nationale.
    - Logement, Urbanisme et aménagement du territoire.
    - Economie et Industrie
    - Justice.
    - Culture

    L’intérieur, les affaires étrangères, les transports, la défense etc… devront accompagner et appuyer les lignes de force impulsés par ces 5 nouveaux grands ministères. Nous devons réinventer le politique.
    Pas de ministère de la femme. Il faut s’éviter ces distinctions (qu’elles qu’en soient les motivations).
    Extraire le religieux de la république. Seule la république est apte à légiférer. La république reconnaît toutes les religions. Mais elle ne les finance pas. Aucun financement étranger ne pourrait être toléré.

    Il faut former la jeunesse aux métiers d’avenir (nouvelles technologies, artisanat, energies nouvelles, informatique, architecture…)
    Il faut financer la création de bibliothèques municipales, de quartier.

    Réduction de la dépendance énergétique : Investissement nationaux dans la prospection, exploration, forage et raffinement du pétrole + grand programme dans l’energie solaire (photovoltaique à concentration) + industrie nationale dans le domaine des LED + Grand programme avec normes en matière d’isolation des constructions (faut lutter contre cette climatisation energivore et néfaste). Pas de nucléaire (aucune civilisation n’y survivra).

    Une justice libre et indépendante. Aucune interférence avec le pouvoir.
    Pluralité des médias et absence de censure + aucune censure de l’internet. Aucune !

    Réequilibrage du territoire en s’appuyant sur la construction d’autoroutes desservant 5 principales villes du centre (afin de desserivir de nouvelles unités industrielles implantées).

    Programme de conception / coopération, construction / montage et mise sur le marché national avant exportantion d’un véhicule motorisé peu energivore et peu coûteux. (ouverture aux partenariats avec d’autres pays).

    Meilleur contrôle sanitaire que ce soit dans les industries ou dans l’agroalimentaire afin de réduire le taux de cancers et autres maladies trop fréquentes dans ce pays.



    La base de tout demeurant au sens large l’EDUCATION , l’INFORMATION & la JUSTICE!

    Parmis les forces progressistes, dans chaque domaine, les acteurs locaux peuvent être force de proposition. Ensuite, il s’agit de discuter des orientations et des coûts. Je ne suis pas spécialiste en finance et banque, alors, je ne pourrais aborder ce sujet dans le détail. Il faudra consulter ceux dont les compétences les ont distingués.
    Pour mener tout chantier, nous avons besoin d’intelligence éclairée !!!

    Il faut former des pôles de discussions : par exemple : medecine / infrastructures routières / justice / education / formation / industrie / urbanisme…..
    Puis certains poles devront confronter leur suggestions / propositions à d’autres.
    Exemples : Urbanisme + industrie / Ecologie + industrie / Medecine + education / Culture + education….. l’economie étant en relation avec presque tous les poles.

    Des reflexions qui peuvent être entamées de manière isolée dans un premier temps, puis que l’on confronte à leur interaction dans un second temps.. In finé, il faut trouver des équilibres financiers (auxquels on n’échappe pas). Mais surtout tendre vers le progrès social et humain (selon une conception universaliste) !

    Pour construire la demeure Tunisie Moderne (et pas moderniste), il nous faudra définir un cahier des charges !

    Posté par villedetunis, 05 juin 2012 à 01:38 | | Répondre
  • @Athena

    Il faudrait demander à mogène & co, le renouvellement leur personnel de communication, ils doivent tous avoir plus de 75 ans, ils radotent depuis 1993.

    Posté par tun-68, 05 juin 2012 à 08:28 | | Répondre
  • grosses pointures...

    BOb, un-pistolero, ville de tunis,

    z ce blog est vraiment le blog des grosses pointures

    j'ai plaisir à lire les commentaires, mais les votre plus particulièrement

    Posté par tun-68, 05 juin 2012 à 08:35 | | Répondre
  • @tun-68, c'est bien là le problème, c'est le blog de la minorité libérale, disqualifiée par les néo-mauves et les islamistes, qui - quoique nous aurions espéré le contraire, arrivent nettement à bien catégoriser les courants majeurs de notre société tunisienne. Pour nous autre, quand -comme le Fantôme qui "quitte sa jungle du Bengale pour voyager comme le ferait un homme ordinaire", nous quittons la Sebkha, nous pourrons nous retrouver chez Mohamed Bennani, pour un couscous et un verre de vin, et chanter une petite lamentation sur la Tunisie qui aurait pu être. D'ici là, "ami rempli mon verre, ami rempli, mon, verre..."

    Posté par Arnouba, 05 juin 2012 à 10:32 | | Répondre
  • @Bob & @Tun68

    @Bob: Qu'est-ce que je partage ton souhait : que les croyants se concentrent plus sur des valeurs constructives et universellement admises telles que le travail, le respect de soi, d'autrui et de l'environnement, la tolérance etc. En effet le symbolique est peut-être nécessaire pour insuffler la bonne volonté et aiguiser l'inspiration mais il ne suffit pas à lui tout seul à mener des actions concrètes à bout ... Et merci pour le compliment

    @Tun68 concernant un éventuel débat de spécialises au sujet du credo musulman: "que le deuxième (le Coran) reste une prouesse linguistique et rhétorique inégalée jusqu'à aujourd'hui", j'avoue que j'aimerai aussi entendre un avis éclairé, objectif et surtout actualisé là-dessus Cependant et tout en avouant ne pas être un spécialiste je confirme qu'à la lumière de mon humble expérience personnelle avec la lecture en langue arabe, ce texte reste à mes yeux une prouesse dans la forme et dans le fond.
    Et merci pour le compliment

    Posté par un-pistolero, 05 juin 2012 à 14:32 | | Répondre
  • assez d'hypocrisie

    on n'a fait que tourner autour du pot, sans jamais oser pointer du doigt le vrai problème
    merci à ramzi alias winston smith qui a osé posé le doigt, là où il faut! y remédier serait notre panacée, et on n'entendra plus parler du rwaya9 bered sebsio-chebbo-salafiste

    pour ceux et celles qui voudraient y participer :

    rassemblement ce jeudi à paris https://www.facebook.com/events/399819346736750/
    et vendredi à tunis https://www.facebook.com/events/303882259706142/303908989703469/?notif_t=plan_mall_activity

    Posté par Athena Pallas, 05 juin 2012 à 15:25 | | Répondre
  • qui a osé posERle doigt

    Posté par Athena Pallas, 05 juin 2012 à 15:28 | | Répondre
  • @ à propos de Jalel

    Bon, je maintiens que ce qu'il a fait est bon pour la lutte contre la libertè...

    toutefois, je reviens sur la possiblité qu'il soit soit idiot soit "a vendu son ame au diable", je viens de faire un test d'intégrité (blague qui n'a de sens que pour ceux qui connaissent les tests d'intgrité sur les filtres absolu)

    A la peur, la peur utilisée scientifiquent pour le contrôle des masses fait ces effets sur les plus faibles.

    En commence par terroriser les minorités, puis les originaux, ensuite ceux qui ont des biens à perdre, puis on en arrive à se mettre dans la poche les étrangers et une fois le rapport de force suffisant on matte la rebélion.

    Et plus nos intégristes feront de conneries et font du surplace, plus les adeptes de la stratégie de la peur iront vite.

    Peut-être que si jalel a déjà vendu son ame au diable et accepté l'idée qu'il vaut mieux un dicteur que la peste intégriste.

    à suivre...

    et pour répondre à Arnouba, la lutte n'est pas terminée, il n'y a qu'une seule sortie honorable à cette bataille qui s'annonce entre les partisants de la peur et les partisant de l'intégrisme :

    - soit les tunisiens se rendent compte que les intégristes sont nuls et se disent qu'il vaut mieux un ordre à la bouteflica que le bordel et bay bay la librety.
    - soit les tunisiens plongent dans la mystiques et passent par une période de douce dictature verte qui se terminera le jour du réveil de ceux qui n'auront plus rien.
    - soit les intégristes se rendent compte de l'impasse et misent sur l'état républicain seul barrière à la dictature qui dispose de référence dans ce bas monde.

    Et rien n'est encore perdu, pour l'instant en dehors des truants, tous le monde à plutôt intérêt à laisser une chance à la troisième voie.

    tous est une histoire de maturité, soit on l'est en ça passe et d'autres suivront, soit on ne l'est pas et ça cassera pour nous et pour le monde arabe pour des dixaines d'années.

    Posté par tun-68, 05 juin 2012 à 16:45 | | Répondre
  • @ j'ai mal à la tête

    J’ai tellement la tête ailleurs, qu’elle me fait mal lorsque je me relis.

    En dehors de ça, à mon prochain passage, ça me ferait très plaisir d’organiser une soirée débat en Reality show.

    Posté par tun-68, 05 juin 2012 à 18:07 | | Répondre
  • Préambule

    http://www.businessnews.com.tn/Tunisie-%E2%80%93-La-version-d%C3%A9finitive-du-pr%C3%A9ambule-de-la-Constitution-achev%C3%A9e,520,31487,1

    "la Constitution se basera « sur les principes de l’Islam empreints d’ouverture, [bla bla bla]"

    "En outre, l’union maghrébine est considérée dans ce préambule comme « un premier pas pour la réalisation prochaine de l’union arabe »"

    " avec un attachement particulier au mouvement de libération de la Palestine,"

    Bellahi, qu'on s'occupe de redresser le pays, la nation Tunisienne, pas islamique, pas arabe, mais celle qui a 3000 ans d'histoire, avant de s'occuper d'autre chose...

    Posté par Arnouba, 05 juin 2012 à 20:38 | | Répondre
  • Mouhataraat

    Une pensée torturée peut en devenir tortueuse, Cher Z! Au final, quelle proposition? Que l'on provoque les islamo-conservateurs par des expressions choquantes dans l'espace public? ou plutôt qu'on les ménage, soit pour ne pas tomber dans leurs diversions, soit pour ne pas tomber entre leurs griffes?
    Mais revenons aux sources. D'ou viennent les islamo-conservateurs? pourquoi existent-ils? les diversions dont nous parlons sont-elles des.....diversions? Y'a-t-il espoir qu'une marge appréciable de libertés individuelles et publiques puisse exister dans le cadre sociologique qui est le notre? Sinon, peut-on "remodeler" ce cadre pour imposer cette marge?

    A mon sens, il ne faut pas se leurrer: l'islamo-conservatisme trouve une terre fertile dans le tissu sociologique tunisien. D'ailleurs, Bourguiba, qui était plus tacticien qu'idéologue, ne s'y est pas trompé en faisant le choix d'une évolution dans le cadre de la réligion, plutôt que d'une rupture kémaliste comme en Turquie, ou d'un enterrement en grande pompe de la réligion, comme en Albanie ou en Asie centrale soviétique. Cette alchimie, que d'aucuns ont élevé au rang de synthese du génie tunisien, a permis au tunisien une certaine marge de liberté dans son espace privé, aussi restreint soit-il (plus par le fait de la société que par le fait de l'Etat). Elle a surtout permis au pays d'accéder a une forme de modernité portée par l'école publique, l'administration publique et l'urbanisation. Or cette alchimie a vécu et nous sommes de retour a la case départ.

    Pourquoi l'alliage a-t-il cédé? A cela plusieurs explications exogenes et endogenes. On a évoqué la situation au moyen-orient, la faillite de l'éducation nationale (que j'impute personnellement a Mzali), ou encore le choix pernicieux de ZABA de jouer sur la corde réligieuse pour mieux réprimer ses adversaires politiques intégristes. Tout cela a certes joué un rôle, mais il me semble que, fondamentalement, l'alliage a finit par céder tout simplement parce qu'il était un.....alliage et qu'il était porté par l'Etat.

    C'est par ce qu'il s'agissait d'un alliage que ZABA pouvait en modifier la composition a sa guise, selon ses besoins du jour. Et c'est parce qu'elle pourra jouer sur la composition de l'alliage a sa guise, qu'Ennahdha n'est pas prête a enterrer le modele et nous tient en haleine dans la posture de "démocratie et libertés dans le respect des constantes du pays". Ce qui revient en vérité a dire que la démocratie et les libertés, elles, ne font pas parties de ces "constantes".

    C'est parce qu'il était porté par l'Etat, les moyens répressifs de l'Etat et les prébendes de l'Etat, que l'alliage a tenu un temps. Et c'est quand ceux-ci on fait défaut qu'il a cédé. Ennahdha ne fait aujourd'hui que reprendre l'Etat, les moyens répressifs de l'Etat et les prébendes de l'Etat, pour imposer une composition qu'elle peine elle-même a définir, mais que tout porte a croire qu'elle sera aussi fluctuante que celle de ZABA. Une composition qui s'efforcera de garder autant de "démocratie et de libertés" qu'est nécessaire pour pouvoir se servir du burnous de la légitimité démocratique, mais pas assez pour mettre en danger les "constantes", ne serait-ce que par une pollution visuelle dans l'espace public.

    Aurions-nous pu nous attendre a autre chose? Ma réponse est non. Pour la simple raison que s'agissant du modele socio-culturel, du modele économique, et du rôle de l'Etat dans l'un comme dans l'autre, je peine a identifier un décalage substantiel entre le systeme RCD et le systeme Ennahda. Comme en témoigne la facilité que beaucoup trouvent a passer de l'un a l'autre, et a faire le chemin inverse s'il le faut. Comme en témoigne cette schizophrénie qui, aussi bien sous ZABA que sous Ghannouchi, nous fait insulter l'occident le matin et nous rejouir de sa générosité le soir*. Comme en témoigne la reconnaissance de Ghannouchi a Ben Ali, a ses débuts, et a Sakhr El Materi par la suite, pour avoir rendu sa place a l'islam en Tunisie (radd al-i3tibaar lil-islaam fi Tounes). C'est de ça donc qu'il s'agissait: un croyant doit pouvoir évoluer dans un espace public purifié -par l'Etat-de tout les comportements que sa foi ne supporte pas. Et c'est de ça qu'il s'agit aujourd'hui. Ennahdha, et les intégristes en général, ne sont pas dans l'espace politique parce qu'ils auraient une certaine conception de la sécurité routiere, de l'assurance chomage, le nucléaire ou le déssalement de l'eau de la mer, mais bien pour purifier l'espace public de ce qu'ils voient comme de la pollution. Ce que nous voyons comme diversions, serait donc, de leur perspective, leur coeur de métier. Est-ce l'expression d'un sentiment de supériorité, ou plutôt la mesure de la faiblesse de leur foi? Seul Dieu le sait, mais ce qui est certain c'est que nous avons la l'expression d'une conception particuliere du rôle de l'Etat, a laquelle nous reviendrons. Ce qui est sûr aussi c'est qu'ils ne risquent pas grand chose en prenant une telle posture: les lectures de la religion contiennent assez de subterfuges pour ne pas renoncer totalement aux délices de ce monde. Surtout pour les mâles.

    Mais tout d'abord, la question qui s'impose: l'alliage était-il inévitable? Et son corollaire: un autre choix plus tranché aurait-il été mieux indiqué?

    Évidemment, d'autres choix étaient possibles. Peut être que, contrairement aux empereurs et chefs de tribus anciens, Bourguiba ne pouvait se convertir a autre chose et entrainer son peuple avec. Mais, comme Ataturk, il aurait pu confiner la religion a l'exercise étanche du culte dans l'étanchéité de l'espace privé. Comme Enver Xodja, il aurait pu détruire les lieux de culte, et comme Staline, il aurait pu faire déplacer les populations, renvoyer les plus récalcitrants en crimée et importer une poigné d'allemands pour améliorer la race. Mais nous oublions que le créneau réligieux a été utilisé par le mouvement national pour marquer la défiance envers le colonisateur, et qu'il s'imposait donc avec force au lendemain de l'indépendance. Que le schisme yousséfiste l'imposait encore davantage. Et que surtout, la sociologie culturelle du Tunisien était (et reste) brassée par le fait réligieux, dans une sorte de support mutuel. Plus important, les autres choix évoqués, relevent tout aussi bien de la modélisation sociale par l'Etat, et restent donc tributaires du sort de celui-ci. En restant dans la configuration de modélisation par l'Etat, un autre choix aurait pu être fait, celui opéré par le Maroc. Aux lendemains de l'indépendance, les structures sociales et culturelles de la Tunisie et du Maroc étaient assez proches. En Tunisie, Bourguiba a essayé de faire table rase de ces structures traditionalistes pour imposer son propre pouvoir, alors que la monarchie marocaine a fait le choix inverse: s'appuyer sur les structures traditionalistes pour assoir la monarchie. A voir la situation des deux pays aujourd'hui, je me demande si la fierté teintée de supériorité longtemps affichée par les tunisiens est entierement justifiée.

    Les choses étant ce qu'elles sont, peut-on espérer l'installation dans la durée d'une marge appréciable de libertés individuelles dans un pays comme le notre? Commençons par dire qu'avec la révolution, la Tunisie en a eu une chance en or qu'elle a malheureusement raté. Sinon, il me semble que oui, la Tunisie, reste encore le seul pays arabe, aprés le Liban mais pour des raisons différentes, qui pourrait prétendre a une telle mutation. A une condition: que nous repensons la conception de l'Etat. Non pas pour en faire un Etat fort et acteur de sécularisation, comme en rêvent certains tunisiens, mais plutôt pour en faire un Etat aussi moins acteur que possible. Je m'explique.

    La problématique vient, nous l'avons vu, de trois aspects qui se cumulent et se renforcent mutuellement. D'abord, une lecture litérale de la religion qui en fait inévitablement une constante indiscutable et supérieure a toutes les autres. Ensuite, une sociologie machiste, faux-cul et foncierement conservatrice qui nourrit et se nourrit du fait réligieux. Ainsi, quand la religion consacre, comme nous le rappelle Z, l'inégalité dans l'héritage, c'est cette sociologie machiste qui rétablit l'égalité en octroyant a la femme la quasi-totalité des tâches ménageres. Enfin, un Etat pensé des le départ, et dans la tradition française, comme un architecte social. Ceci n'est pas propre a la Tunisie et peut être observé a des degrés divers dans l'évolution des démocraties occidentales. Un-Pistolero, me semble-t-il, a évoqué l'exemple de la m******e église grecque, et il a bien raison. Cette église, comme la plupart des institutions cultuelles de par le monde, se verrait bien en maitre incontesté de l'ordre moral dans la société. Si elle ne l'est que relativement peu en Grece (et encore beaucoup moins dans d'autres pays), c'est que la conception de l'Etat y a changé faisant en sorte que la sainte troika ne tient plus totalement debout. C'est pour cela que malgré le poids de l'église en Grece, un croyant non-ostentatoire ou un non-croyant ostentatoire y jouissent de mille fois plus de liberté qu'en Tunisie. L'enseignement qu'il faut en tirer est que le maillon faible dans cette troika est l'Etat, ou plutôt la conception du rôle de l'Etat. C'est sur ce maillon qu'il faut se concentrer, aussi et surtout parce que la concentration sur le maillon réligieux ou sur le remodelage social nous mene, paradoxalement, dans une dérive liberticide.

    En conclusion, il me semble que les provocations et les attaques frontales au sacré sont inutiles et, même, contre-productives. Elles ne feront de leurs acteurs que les 0.001% qu'ils sont déja. Est-ce a dire qu'il faut s'abstenir totalement de discuter du rôle de la religion et des mouvements intégristes dans l'espace public? Non, et ça serait même l'occasion de les mettre devant les contradictions qui leurs sont propres. Mais il n'est point besoin d'insulter la religion pour y parvenir. A mon sens, le combat devrait se concentrer sur la gestion de l'économie et du social par les intégristes et, surtout, pour l'instauration d'un Etat repensé. Il nous faut impérativement en finir avec cette conception d'un Etat architecte social, employeur, éducateur, pourvoyeur de btaten l'hiver et de moutons lors des fêtes réligieuses, quand il n'est pas marrieur, tahhar et réviseur pour le bac comme on l'a vu avec Ennahdha. Il nous faut impérativement réduire l'Etat a une simple administration chargée de gérer les ressources publiques que nous aurons mis ensemble a des tâches précises que nous lui aurons demandé de mettre en oeuvre. En faire, en quelque sorte, un gérant statutaire non-associé dans une société en nom collectif. La réalisation d'un Etat citoyen et la pérennisation des libertés ne viennent qu'a ce prix.



    ---
    *cf le secrétaire d'Etat aux AE de la Troika se réjouissant du prix de la liberté attribué a la Tunisie par l'Atlantic Council, une émanation de .....l'OTAN, et Babnet, comme Echourouk sous Ben Ali, qui lui consacre une Une surdimentionnée

    Posté par Libre enfin, 05 juin 2012 à 23:21 | | Répondre
  • Jalel Brick,

    Hello,

    C'est grâce a ce blog que j'ai appris l'existence même de jalel brik, nouveau martyr de de la dictature idéologique des islamistes selon cet article. En cherchant un peu ce qu'il raconte je suis tombé sur cette enregistrement:
    http://www.youtube.com/watch?v=uA60aa5Ai8I&feature=endscreen&NR=1

    Seize minutes de délires décousus et sans intérêt. Je pense que son cas relève plus de la psychiatrie que de la politique.

    A+
    Thysdrus

    Posté par Thysdrus, 07 juin 2012 à 12:10 | | Répondre
  • L' Opium du peuple

    Tout à fait d'accord avec Libre Enfin. Thysdrus a aussi probablement raison, Jalel Brick est délirant. Mais dans les pays civilisés on ne menace pas de mort et on ne retire pas leur nationalité aux personnes légères : on les laisse parler en leur lançant " cause toujours"...

    Posté par amilcar, 07 juin 2012 à 17:59 | | Répondre
  • Pas mieux...

    Vu le 3 juin:
    Le groupuscule islamiste radical''Sharia4Belgium'' serait derrière les événements qu’a connus la commune bruxelloise de Molenbeek, à la suite de l’interpellation d’une jeune femme en niqab. Les échauffourées ont été provoquées par des manifestants qui dénonçaient ce qu’ils considèrent comme des abus policiers lors de cette interpellation.
    Sharia4Belgium s’est dit «fier» de la rébellion de la jeune femme au commissariat où cette dernière a cassé le nez à une policière.''

    Un autre Brick, un autre fou-furieux, c'est la surenchère

    http://www.rtl.be/info/belgique/societe/882626/qui-se-cache-derriere-sharia4belgium-

    Posté par Bob, 07 juin 2012 à 19:18 | | Répondre
  • @ Libre enfin

    tu es devenu anar?

    Posté par Athena Pallas, 07 juin 2012 à 19:55 | | Répondre
  • @Athéna

    Anar?? C'est selon!! Disons que comme nous n'avons pas la chance d'être guidés par une déesse, il est bien plus prudent de réduire l'Etat a sa plus simple expression

    Plus sérieusement, je ne suis pas un adepte du remodelage social par l'Etat, et pas seulement parce que l'exercise n'est pas viable a long terme. D'ailleurs, Ennahdha ne manquera pas de le faire, et dans 20 ou 30 ans, quelqu'un d'autre l'éjectera et nous "remodellera" a son tour.

    A mon sens, le meilleur garant des libertés c'est l'individualisation, et leur meilleur ennemi est le collectivisme social. Le cheminement vers l'individualisation est naturel dans les pays qui se sont construits historiquement sur la notion de droits individuels acquis en contrepartie de la contribution aux charges publiques par l'impôt, comme dans le cadre des révolutions française, américaine et autres. Il l'est beaucoup moins dans les pays qui n'ont pas eu ce cheminement historique. Pour eux, il me semble que cette évolution passe par une réduction drastique du rôle de l'Etat, et une responsabilisation conséquente de l'individu. J'avais mentionné le Liban comme le seul autre pays arabe capable de réussir une mutation démocratique (si on lui fout la paix!). L'une des raisons est bien entendu le communautarisme. Mais une autre raison, non moins importante, est le rôle traditionnellement réduit de l'Etat (je te vois venir: lequel rôle réduit ne mene pas forcément a la guerre civile).

    Un Etat purement gestionnaire ne veut pas dire forcément un capitalisme de bazar (c'est d'ailleurs ce que nous aurons avec les intégristes, l'Etat gestionnaire en moins!) et la déliquescence des moeurs. En tant qu'individu, je peut être parfaitement conservateur dans mes choix, mais dans mon metre carré; comme je peux être un DSK-bis, mais pas dans ton metre carré.

    Posté par Libre enfin, 08 juin 2012 à 00:08 | | Répondre
  • @ Libre enfin,
    Bonjour,
    Il y aurait beaucoup à dire sur votre analyse, vraiment beaucoup… Je me contenterais de relever les deux exemples que vous prenez : le Maroc et le Liban. Le Maroc n'a pas été occupé aussi longtemps que la Tunisie et n'a pratiquement pas subi une réelle pénétration coloniale comme en Tunisie qui a touché le moindre douar. Sa structure anthropologique (tissu humain) est différente : majorité berbère, ainsi que sa sociologie politique (Makhzen et Siba) et la nature de sa dynastie de droit divin (descendance présumée du prophète). À cela s'ajoute l'absence de phénomènes marquants en Tunisie : l'invasion hilalienne et la vigueur du tribalisme et du clanisme; la migration des Andalous dans nos cités, la prégnance de l'influence turque sur les structures politiques et culturelles (les Marocains n'ont jamais connu les Turcs)…
    Au Liban, il ne faut pas oublier le facteur chrétien : ce sont les chrétiens libanais qui ont traduits en arabe les grands auteurs européens, introduit la presse et l'imprimerie jusqu'en Egypte. Leur rôle dans la démocratisation, est absolument décisif.
    Amitiés et le bonjour à Z.

    Posté par Hédi, 08 juin 2012 à 16:21 | | Répondre
  • @Hédi

    Merci de votre réplique toujours pertinente, et j'espere lire votre analyse de l'évolution de la Tunisie et votre vision de son devenir. Juste une petite clarification: quand j'écris communautarisme a propos du Liban, je parle aussi des chrétiens. Au dela de l'apport de chacune des communautés, le fait qu'ils font a peu pres poids égal fait qu'une communauté conservatrice ne peut pas imposer sa loi a une autre qui l'est moins, tout au moins en dehors du terriroire qu'elle contrôle. Car entre Jouneih et Tripoli, par exemple, la physionomie urbaine n'est pas du tout la même. Sinon, pour le Maroc, oui le cheminement historique n'est pas identique, mais il me semble que les structures sociales et de pouvoir n'étaient pas si différentes. Oui, nous n'avons pas connu le Makhzen, mais nous avons eu nos spahis et caids. Oui, nous n'avons pas eu un régent descendant du prophete, mais bien les vassaux de caliphes représentants de Dieu sur terre. Et puis, même cette petite anomalie est aujourd'hui résolue, puisque nous avons Rchouda radhia allahou 3anhou

    @All
    J'ai eu le plaisir de visionner le publi-reportage dédié par ElWafi a Toc Toc, et dois me rectifier. Je croyais que Toc Toc avait attérit sur Mars, et découvre qu'il plane entre la ceinture de Kuiper et le nuage d'Oort. Erreur de programmation ou consommation excessive des moquettes du palais? Dieu le sait. Sinon, quelle exception ce Wafi!! je n'ai jamais vu un journaliste capable de poser la même question 6 fois en utilisant a chaque fois 12 synonymes pour chaque mot!! Le meilleur reste la séquence avec la gouvernante dans le "salon rouge" et son insistance sur la signification du rouge, a laquelle la pauvre ne comprenait rien. Oui, le noir aussi a une signification. Seul ETT7IN n'a pas de couleur.

    Et pour finir, Hédi n'avait vraiment pas besoin de me rappeler que les turcs nous ont vassalisé. Je l'ai tout de suite su en regardant l'interview télévisée de ben Jaafar Pacha.

    Putain, nous savions ZABA assez médiocre pour produire des opposants pareils. Mais tellement médiocre au point de les réprimer??!

    Posté par Libre enfin, 09 juin 2012 à 22:59 | | Répondre
  • de pertinenceCher Libre enfin
    Le point clé que je ne voulais pas évoquer, tant il est lourd de conséquences, pensant remettre ça à plus tard —j'ai tort, car il faut toujours battre le fer tant qu'il est chaud—, touche l'État central dans sa forme moderne. Il est directement issu des Lumières et de la révolution française. Votre réflexion ne tourne pas en vain autour de cette question qui est à vrai dire la question centrale des deux siècles passés et c'est elle qui est aujourd'hui la ligne de fracture qui court à travers toutes les cultures et qui divise le monde en deux : le conservatisme (la Tradition), le prométhéisme (la Modernité). Le MAroc, comme d'autres pays de veille tradition, sont restés à l'écart de cet État moderne. C'est la raison pour laquelle il est, jusqu'à ce jour,le pays le moins avancé au Maghreb en matière de santé, d'éducation et de brassage social. La Tunisie de Bourguiba, a bénéficié de cet État-là (en vérité nous tous, notre génération) de la démocratisation de l'enseignement et de la politique de santé (et de planning familial). Tout cela a permis a rendu un formidable brassage social, et inter-régions, qui fait la particularité de la Tunisie moderne et que je considère, toutes ces raisons, comme authentiquement socialiste, dans le sens où personne n'est handicapé par sa classe, sa caste ou son clan, ni par le carcan d'un système figé comme au Maroc ou même certaines démocraties où l'on peut ouvrir sa gueule tant qu'on voudra sans parvenir à changer sa condition. Je m'arrête là. Pour vous persuader de l'importance de l'opposition universelle entre les idéaux portés par la révolution française et ceux de l'ancien régime, je vous conseille vivement de vous plonger dans le livre passionnant de Georges Corm : L'Europe et l'Orient.
    Amicalement
    P.S. : votre remarque sur Ben Jaafar est d'une grande pertinence. Quant à l'analyse sur la Tunisie, j'avoue que je suis comme paralysé par l'expectative.

    Posté par Hédi, 10 juin 2012 à 12:53 | | Répondre
  • @ Libre enfin

    Mon ami, ton analyse est parfaite. Tu as su enrober la pilule pour mieux nous la faire avaler, ou alors, comme dit Athéna, tu as tourné autour du pot, pour mieux détourner notre regard... Tu n'as pas parlé une seule fois de l'islam. Et tu as mis la responsabilité de nos échecs sur des fantômes, sur des politiques et ceux qui font une lecture erronée de la religion. Tu formules des projets d'avenir en occultant une réalité qui est pourtant la base de notre structure sociale et politique, la source de notre histoire. Hédi, a commencé à apporter des arguments contradictoires et il a été bref et très clair. Je continuerai bien dans la même veine mais tu as été prolifique et je ne saurais te suivre sans me perdre ... Je noterais cependant qu'il y a un entre nous une différence d'appréciation importante à propos de la responsabilité des religieux qui ne sont, en fait, que l'expression logique du texte fondateur qui les anime. Il ne faudrait pas confondre l'effet et la cause.
    L'islam a un code juridique, un code révélé, immuable et son application est obligatoire dans tout état musulman (on connaît le slogan ''nul droit, hormis celui de Dieu'') . Même si certains (Bourguiba et autres muftis...) l'ont plus ou moins bricolé pour gagner du temps ou lui faire consentir quelques arrangements provisoires, l'histoire regorge de retournements de situations qui remettent, à un moment ou l'autre, le code religieux à l'ordre du jour (il y a eu la Turquie d'Atatürk construite sur les ruines de l'empire ottoman et la Turquie d'Erdogan fait la danse du ventre à tout va ). Aucun pays n'a échappé au retour du religieux, l'actualité est une reproduction à l'identique du passé (voir, entre autre, la constitution tunisienne, libyenne et égyptienne en préparation !!!), aucun modèle extérieur au monde musulman n'est adéquat, même celui qui est particulièrement réussi.
    La législation musulmane organise la vie de la cité , or elle est incompatible avec le droit universel et encore moins avec les droits de l'homme (il y a bien sûr une Déclaration islamique universelle des droits de l’homme, à lire et à méditer), incompatible avec la laïcité, incompatible avec la notion d’État moderne (l'espoir d'un califat est toujours d'actualité) et incompatible avec l’État de droits (c'est très facile à démontrer à partir de la chariâa, le débat est devenu inutile). Le dialogue entre l'islam et les préceptes terrestres, est impossible. Ces derniers sont en effet, évolutifs et transitoires, alors que les préceptes célestes et le code religieux sont définitivement verrouillés (hier, aujourd'hui et demain !) et ne souffrent aucune évolution (encore une fois le petit bidouillage des 3oulama ne change rien) . Le droit divin reste celui qui doit organiser la vie sur terre et de fait, l'organisation sociale, juridique et politique se trouve enfermée dans une seule voie, celle qui mène vers le divin, rien d'autre. L'activité de la cité musulmane ne tient pas compte de l'individu, de la liberté et du bien être ici-bas. Laïcs, philosophes, révoltés, libertaires, démocrates, artistes, poètes, intellectuels... tous des impies, tous à bannir de la cité !
    Alors, mon Ami, comment aller plus loin quand on sait que dorénavant la théologie et la politique sont indissociables et qu'on est en train de ramer à contre-courant? Je cite Camus : ''l'homme libre est situé en dehors du sacré''. Tant qu'on n'est pas libre, je n'ai que faire du confort matériel, du PIB, de la dette, de l'équilibre de toutes les balances....

    Posté par Bob, 10 juin 2012 à 16:39 | | Répondre
  • Erratum...

    ''La législation musulmane organise la vie de la cité , or elle est incompatible avec le droit universel et encore moins avec les droits de l'homme...''
    Il fallait lire:
    ''La législation musulmane organise la vie de la cité , or elle est incompatible avec le droit universel et encore PLUS avec les droits de l'homme...''

    ''à un moment ou l'autre''
    aurait meilleure gueule si je disais:
    à un moment ou UN autre

    Posté par Bob, 11 juin 2012 à 00:01 | | Répondre
  • J-B innofensif

    ils faut rappeler qu'il y a ennormement de J-B en Tunisie, des gens de tout ages, ralleurs, exaltés,anarchistes recevant des claques et traités de malélevés, cela devrait avoir une explication sociologique rationnelle telle que mauvaise éducation ou leg colonialiste Franco-Italien, mediterranneen à sang chaud, quelle importance.
    Mais la veritable revellation c'est qu'au delà de la portée de ces discours spectaculaires peut etres, innofensifs certainnement, puisqu'on les entendait souvent à TUNIS,c'est cette machine "légitime" qui interrompt instantanément toute les activités nationales chaque fois qu'il y a un évenement ou meme s'il y en a pas comme EL EBDELLIA, pour scindé encore plus un peuple ou ce qu'il en reste comme le dit bien J-B.
    Une maladie nouvelle est née LE CLIVAGE AU NOM DE LA RELIGION.
    -la raison de cette maladie : agenda électoral d'ENNEHDHA.
    -periode d'incubation :tant qu'il y aura des "MEDEBIA" sur la scene national.
    -le remede : vive la république et vive la TNISIE.

    Posté par khaled, 20 juin 2012 à 13:01 | | Répondre
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