De la caricature blasphématoire (2)
Pour avoir été récemment décoré caricaturiste officiel du mauve (d'après ce journal libanais ou ici) je tiens à remercier tous les emmerdeurs et les perturbateurs dont la pub m'a permis d'accéder à cette périlleuse fonction. Néanmoins, je voudrai préciser qu'il est très facile d'être caricaturiste officiel du régime quand il n'en n'existe aucun dans le pays (je m'excuse pour les quelques dessinateurs de la presse officielle qui feraient mieux de partir en retraite). Ah! je serai injuste si je ne mentionne pas le blogueur 3ayèch mel Marsa qui avait réalisé de belles caricatures mais qui malheureusement a disparu de la circulation. Ainsi donc, et pour que la compétition soit plus équitable et que je ne récolte pas seul les médailles ou les représailles, J'invite les tunisiens révoltés contre le système, à s'armer de leur crayons et participer avec moi à la lutte picturale contre le mauve!
Petit rappel: Dans le monde arabe et en Tunisie, L'iconoclasme islamique qui nous interdit de représenter ou de discuter l'autorité de Dieu et de son prophète (rappelez vous de l'histoire des caricatures blasphématoires) s'est glissé dans l'espace politique pour nous interdire de caricaturer ou de critiquer nos monarques. Paradoxalement nous entretenons un quasi culte des idoles au travers des statues et des photographies géantes de nos présidents. C'est dire que nous avons combinés dans la figure de nos leaders à la fois les attributs de la divinité islamique et pré-islamique.
Contre ces superstitions idiotes qui demeurent enfouies en nous et qui nous asservissent malgré nous, prenons une feuille et commençons tous par dessiner Ben Ali (faute de pouvoir dessiner Dieu dont nous ignorons les traits de visage) Plus on sera nombreux à le faire et plus on le(s) démystifiera. On osera ainsi directement lui demander des comptes plutôt que d'attendre ses faveurs ou ses miracles...
Leçon de dessin
Pour vous inciter à participer à cette initiative artistico-politique, je vous livre gratuitement un cours de dessin pour que vous canalisiez ludiquement votre révolte contre le régime. Pour ceux qui n'ont pas de blog, je me ferai un plaisir de publier leurs caricatures blasphématoires sur DEBATunisie ou ses succursales facebookiennes.
Les supports: Feuilles blanches. Faite comme-moi, piquez au boulot une des rames qui trainent près de la photocopieuse. Vous pourrez vous faire une réserve et en plus c'est gratuit! Vous pouvez aussi vous entrainer sur les nappes des cafés ou des restos ou sur le papier de votre sandwich du midi. Évitez les t-shirts blancs, vous vous ferez attraper par les flics sur l'avenue.
Les outils: Je suppose que vous êtes déjà équipés d'un ordi, d'un scanner et d'un Photoshop. Si ce n'est pas le cas, faites comme-moi, demandez au RCD un financement, vous leur dites que vous participez à une campagne d'affichage pro Ben Ali. Pour le reste, il suffit de se munir d'un crayon pour esquisser, d'un feutre noir ou stylo bille pour affirmer le trait et enfin d'une gomme pour effacer la trace du crayon. Un fois le dessin terminé vous le passez sous informatique et vous le diffusez sur un blog en veillant sur votre anonymat sans quoi les flics vous retirent votre liberté, votre ordi, scanner et Photoshop (ce serait un véritable gâchis!)
Maintenant que vous avez assuré cette étape, entrainez-vous sur le portrait du président en respectant les modèles ci dessous:


Bien sûr, il ne s'agit là que d'un exercice d'école maternelle mais qui aura le mérite de fixer des règles simples de dessin. Répétez cette exercice chaque soir avant de dormir jusqu'à ce que vous parveniez à esquisser les yeux fermés le visage de sa majesté. Une fois ce réflexe acquis vous pouvez commencer à faire travailler votre imagination. Pour cela il faut vous chercher des sources d'inspiration:
- Pour l'actualité nourrissez-vous de la propagande. Le site de la Tap, La Presse, Canal 7 sont tellement hilarants qu'il peuvent vous suffire. Évitez les sites et les journaux d'opposition. Ils risquent de vous déprimer et de vous couper toute envie de créer.
- Pour les idées originales, servez-vous de tout le patrimoine graphique et artistique des caricaturistes du monde entier. Il ne s'agit pas de faire du plagiat, mais d'apprendre en observant ce qui fait recette. En ce qui me concerne je suis très attentif à la page du caricaturiste algérien Ali Dilem. Je feuillette les albums de Naji al-Ali ou encore de l'excellent Bob Siné dont une collection de dessins sur le thème du "chat" m'inspire la série ci-dessous:

ou encore:

...Vous pouvez continuer la série en vous aidant des figures de la leçon 1. Je suis à cours d'idée.
Sur ce je vous souhaite, amis apprentis caricaturistes blasphématoires, une bonne soirée, et au prochain cours...
Commentaires sur De la caricature blasphématoire (2)
- Quel talentEnorme ya _Z_ franchement bravo, non seulement tu sais faire, mais aussi tu sais faire faire, je suis épaté
Par contre dommage que j'aie deux mains gauches et même mon écriture est illisible, je ne parlerais même pas pas de mes dessins :/ Sinon je vais le faire en privé, juste pour les poussées d'adrénaline
Merci - Le vrai ben aliA mon avis, ben ali correspond a tous les portaits sauf a ben alix du fait qu'il n'a jamais eu un bon coeur, Henri XIII aurait fait l'affaire...
Merci pour ce cadeau, en fait tous mes amis qui ont vu tes dessins, ont vite demander une feuille et un crayon pour essayer tes caricarures et on a passe un bon moment. On a aussi beaucoup parle de cette dictature qui nous fait tant de mal et ses effets nefastes que la prochaine generation va subir. - Haw 7a9ek !J'ai découvert ton blog ya pas longtemps et je tiens à tirer mon chapeau pour tout ce que tu fais.
J'ai deux questions si tu permets :
1- Est-ce qu'il existe des lois en Tunisie qui condamnent les caricatures illustrant le président et les ministres ?
2- Quelles mesures tu prends pour sécuriser ton blog afin que personne ne découvre ton identité ? - @ La7merJe réponds à tes questions:
1- Je n'ai pas consulté d'avocat pour vérifier la légalité de mes caricatures. Je considère que mon travail relève de la liberté d'expression tant que je ne diffame pas, que je n'appelle pas à la violence ou à la haine raciale. Cependant, je savais dès le début que j'étais dans l'illégalité dans la loi "mauve". Mais comme les mauves sont, selon moi, dans l'illégalité universelle(censure sans ordre de justice, procès iniques contre des journalistes, mascarades électorales...) alors je me sens d'autant plus convaincu de la légalité, voire de la nécessité de mon travail.
Et puis L'illégalité dans un système illégal, c'est forcément légal.
2- Je ne prends pas des mesures drastiques comme je devrai le faire. Peut être que je suis déjà fiché... - mercimerci d'avoir répondu .. j'ai posé la question à deux autres caricaturistes tunisiens (qui publient dans la presse nationale) tous deux parlaient de "lignes rouges" ou encore de "auto-censure" et personne ne m'a parlé de lois .. tout le monde sais que l'on a vraiment besoin de caricaturer la vie politique chez nous et pourtant personne le fait publiquement.
C'est à la fois "pas illégal" mais aussi "pas franchement légal" .. c'est cette amalgame qui me rend personnellement malade .. ce brouillard à la con qui rend nos lois trop élastiques trop ouvertes à toute sorte d'arbitrage malintentionné .. tout cet environnement pourri ne m'aide pas trop à prendre la décision pour franchir l'impasse que tu as pris le risque de la dépasser.
Je ne cache pas mon envie de caricaturer nos politiques et encore plus le Bey Ali .. mais je me sent comme accablé par le fait que cela représente surement le point du non-retour.
Merci de m'avoir permis cette "confession" sur ton blog ^^
Encore bravo et bon courage - @La7merMerci de ton passage et de tes encouragements. A mon tour de te féliciter pour ton blog que je connaissais déjà. Je te prends le "Bey" Ali, ça me rajoute un nouveau dans la liste non exhaustive de tous les Ben possibles.
Ton crayon rouge dessine la limite au delà de laquelle chaque pas devient périlleux. Égoïstement, je te suggèrerai de franchir cette ligne pour que je ne reste pas le seul graphiste à errer dans ces zones menaçantes. Il est vrai qu'une fois franchie, tu ne pourras plus revenir en arrière et il faudra que tu assumes seul les énormes risques que tu encours...
Certes, il m'arrive de ne pas en dormir la nuit, mais cette crainte est compensée par l'espoir (ou l'illusion) de participer à l'émancipation du pays.



















Merci beaucoup pour le travail et bonne continuation.
Je pense que chaque tunisien est tenu de participer un peu soit il a casser le mur du silence.
J espere?