Psyco-Chléka-trie
Un Tunisien, après avoir passé deux ans en prison pour des publications Facebook hostiles au régime, vient d'être condamné à la peine capitale pour « outrage au président de la République », « atteinte visant à modifier la forme de l’État » et « diffusion de fausses nouvelles visant un fonctionnaire public ». ( voir ici )
Il ne s'agit pas seulement de la décision d'un juge ou d'une erreur judiciaire, mais de tout un système applaudi et salué par de nombreux Tunisiens qui appuient et justifient la terreur de la "sainte Chléka", devenue un véritable prophète dont la critique relève du blasphème.
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Dites-moi, chers amis, où en êtes-vous ?
Je suis un être humain, et ce qui définit mon humanité, c'est le partage d'une forme d'éthique universelle qui postule certaines règles de base applicables à mon prochain, quelles que soient ses différences : sexe, âge, nationalité, croyance, couleur de peau, sensibilités politiques... Pour résumer : nous refusons à autrui ce que nous refusons pour nous-mêmes, puisque l'Autre n'est qu'une autre manifestation de Soi. Est-ce bien cela qui me fait dire que je suis Humain ?
Si, par exemple, nous nous insurgeons contre Israël, ce n'est pas seulement au nom de la défense de notre tribu ou de notre culture, mais au nom de cette éthique universelle. Notre indignation face au sionisme vient d’abord du fait qu’il déshumanise son prochain, et justifie ainsi l’expropriation, la déportation, puis l’extermination au nom de la supériorité d’un groupe d’êtres humains sur un autre. C’est la déshumanisation des Palestiniens qui nous révolte, au même titre que nous révolte la déshumanisation des Juifs sous les nazis, ou celle des Ouïghours par le régime de Pékin.
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Ce dessin illustre combien la déshumanisation des Palestiniens — et de ceux qui tentent de leur venir en aide (en l’occurrence la flottille) — finit par déshumaniser Israël lui-même, assimilé à un monstre qui dévore tout sur son passage. Le défi auquel cette horreur nous confronte, c’est de persister à ne jamais déshumaniser notre propre déshumanisateur, même lorsque nous constatons sa monstruosité.
Mais revenons au cas de Zabaïed et de ses chlékas
Attention : en employant l'expression injurieuse de chlékas, je ne déshumanise en aucun cas les partisans et défenseurs de la dictature de la sainte Chléka. Pas du tout. Je les insulte et les méprise à dessein, au nom de leur humanité qu'ils ont volontairement jetée aux WC, et ce pour des motivations obscures que, sincèrement, je peine à expliquer.
Mes amis, en Tunisie, on observe un phénomène social qu'il est urgent de qualifier et de comprendre avant que nous ne soyons tous dévorés par cette monstruosité : nous avons affaire à des Tunisiens qui déshumanisent d’autres Tunisiens, en s'appuyant sur la vision délirante d’un merdeux en chef — laid, bête, incapable d’aligner deux mots — et qui menace de faire couler le sang de ceux qui ne partagent pas sa vision de la Tunisie.
Vous en conviendrez, chers amis : nous sommes arrivés à un point où il n'est plus possible d'expliquer ce phénomène que par la psychiatrie. Mais cela ne suffit toujours pas.
Car si certains phénomènes sociaux relèvent de la psychiatrie, ils succèdent, pour la plupart, à des traumatismes tels que les génocides, les guerres, les pandémies ou les catastrophes naturelles. Or, rien de tout cela n’a eu lieu en Tunisie. Ce que les chlékistes appellent "la décennie noire" n’explique ni ne justifie en rien ce délire collectif. Il est même indécent de comparer les dix années post-révolution à la véritable décennie noire qu’ont connue nos voisins algériens.
Mais alors, que s'est-il passé ? Ou bien qu’est-ce que j’ignore encore de l’Humanité pour expliquer une telle déshumanisation ?
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