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DEBATunisie

11 juin 2026

Chokri Belaïd, doublement assassiné (2)...

L'actualité brulante du moment a occulté la conférence de presse organisée par le comité de défense des deux martyrs et qui s'est tenue le 9 juin dernier (voir ici). L'objet de cette réunion concerne le verdict du dossier dit de « l’appareil secret d’Ennahdha » dont les accusés, figures de premier plan du mouvement islamiste, ont écopés de peines d’une sévérité exceptionnelle. Rached Ghannouchi par exemple, a rajouté à son compteur 30 années supplémentaires de prison (voir ici).

 

Sans surprise, le comité, s'est félicité du sérieux de l'enquête et va jusqu'à critiquer la Justice de n'avoir pas été jusqu'au bout. Les membres du comité, dont l'avocat Abdenaceur Aouini, exigent l'extradition de certains accusés, réfugiés en Europe et qui sont, selon ses dires, protégés par les occidentaux.

 

Rappel des faits

 

Si je reviens sur cette actualité secondaire, c'est pour évoquer l'une des plus grosses arnaques qui a saccagé la gauche tunisienne depuis la révolution. Il s'agit là de mon opinion personnelle, et je reconnais n'avoir jamais eu entre les mains les pièces du dossier. Mais je me base sur les observations de journalistes tunisiens parmi les plus sérieux, qui alertaient sur le manque de rigueur de l'enquête menée par le comité, ainsi que sur son parti pris anti-islamiste qui faussait toute objectivité et semblait constituer son unique boussole, au détriment de la vérité.

 

Nous étions très nombreux à les soutenir. Quand Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi ont été assassinés en 2013, nous avons cru, avec eux, que les islamistes étaient derrière leur élimination, surtout en ce qui concerne Chokri Belaïd, membre du Watad (gauche panarabe). Celui-ci remplissait toutes les conditions pour être la cible idéale : orateur exceptionnel, infatigable détracteur de l'islam politique.

 

Il est vrai qu'à l'époque, les islamistes étaient au pouvoir, et l'on pouvait craindre que la justice soit sous leur influence. D'ailleurs, le retard pris par l'enquête donnait de l'eau au moulin du comité, qui accusait alors le procureur Béchir Akremi de faire obstruction (voir ici).

 

Oui, nous les soutenions aveuglément. Ces  derniers parlaient de « chambre noire » et d'« appareil secret » pour désigner la machine occulte d'Ennahdha derrière les assassinats. Ils nous tenaient en haleine et promettaient de révéler le complot. Puis, à chacune de leurs conférences de presse, le public se rendait compte, petit à petit, de l'arnaque. Mais l'on mettait cela sur le compte de leur amateurisme, car il fallait bien les soutenir : ce sont les camarades de Chokri, tout de même !


Et puis le groupe djihadiste Ansar Al-Charia avait fini par revendiquer les assassinats, mais rien à faire, pour le comité il fallait prouver que Ghannouchi était le commanditaire.

 

Personne n'osait vraiment mettre en doute leur théorie, ni rappeler que les islamistes n'avaient aucun intérêt politique à assassiner leurs adversaires alors qu'ils avaient largement remporté les élections et que la gauche ne représentait aucune menace sérieuse contre leur hégémonie.

 

Personne n'osait non plus rappeler qu'en cette même année 2013, les forces contre-révolutionnaires avaient renversé les islamistes en Égypte et que la Tunisie se trouvait dans le collimateur de puissances régionales hostiles aux révolutions. Il était très complotiste de le rappeler à l'époque, mais avec le recul, on peut aujourd'hui inscrire les assassinats politiques dans une logique de déstabilisation d'une Tunisie rebelle et incontrôlable. D'ailleurs rappelez-vous, que "le plan" avait marché à moitié, puisque suite aux assassinats politique, les Islamistes ont du nommer un gouvernement de technocrates dirigé par l'illustre inconnu Mahdi Jomâa (voir ici). 

 

Et puis, personne dans le camp « progressiste » n'osait tout simplement accorder le moindre crédit aux islamistes sans se faire traiter d'idiot utile de l'islamisme, voire de crypto-islamiste. Quant aux plus chlékeux de ces progressistes, à l'ère de la Sainte Chléka, douter fait de vous un allié du terrorisme.

 

Enfin, on peut se demander aujourd'hui et ce après 15 ans de la révolution, que reste-t-il de gauchiste ou de progressiste chez tous ces gens pour qui leur seul projet politique consiste à exterminer les islamistes.

 

L'imposture Abdenaceur Aouini

 

 

Ce monsieur incarne cet archétype du gauchiste anti-islamiste primaire. Et pourtant, le grand public l'a découvert lors de l'un des épisodes les plus glorieux de l'histoire de la Tunisie. Qui ne se souvient pas de cet avocat surgissant sur la grande Avenue déserte, la nuit du 14 janvier 2011, pour lancer ce cri devenu historique : « Ben Ali a fui ! Ben Ali a fui ! » (بن علي هرب !) ?

 

Je crois que la Tunisie a attendu ce signal d'Aouini pour croire et acter la fuite du dictateur. Que de larmes d'émotion a dû faire couler cette scène filmée en direct devenue depuis un des moments les plus puissant de la Révolution.

 

Aouini était un camarade de Chokri Belaïd. L'assassinat de ce dernier, en 2013, le fera revenir sur le devant de la scène. Ses hurlements contre Ghannouchi feront trembler l'avenue, et ses accusations contre les islamistes avaient déjà valeur de verdict. Elles semblaient sonner aussi juste que son fameux « بن علي هرب ! ».

 

Ses cris nous ont hypnotisés pendant des années, jusqu'à ce que sa chanson commence à sonner étrangement faux lorsqu'un dictateur putschiste du nom de ZABaïed s'est joint à la chorale. Rappelez-vous l'enthousiasme d'Aouini lorsque Saïed a dissous le CSM (Conseil supérieur de la magistrature) en 2022 et que commença la mise au pas du système judiciaire.

 

Alors que le sens de l'honneur aurait exigé qu'un avocat aussi emblématique sonne l'alerte et redescende sur l'avenue, à minuit, pour crier que Ben Ali était de retour, Aouini a préféré fermer les yeux, soutenant une justice biaisée, chlékisée, violée, simplement parce qu'elle condamnait son ennemi juré.

 

Conclusion

 

Peut-être que Ghannouchi a bien ordonné l'assassinat de Belaïd à travers un appareil secret. Peut-être que non. Mais en raison de l'attitude du comité de défense des deux martyrs et de sa complaisance à l'égard de la dictature, la vérité semble aujourd'hui plus lointaine que jamais.

 

Voilà donc comment Chokri Belaïd a été assassiné deux fois : la première fois par des inconnus, la seconde par ses propres camarades.


PS: ce texte poursuit ce que j'avais rédigé dans un ancien article datant de février 2023.  

8 juin 2026

Mondial 2026

Notre Chlékus Maximus apporte son soutien à notre équipe nationale avant le grand départ pour le Mondial 2026 en Amérique (voir ici).

 

 

Après leur humiliante défaite face à la Belgique (5-0), Zabaïed a bien voulu les inviter en grande pompe au palais afin de leur remonter le moral en leur livrant les secrets de sa légendaire remontada de juillet 2021.

 

Qui mieux que lui, peut enseigner l’art de transformer ses échecs en victoires imaginaires et ses frappes de chlékas en coups de maîtres…

6 juin 2026

Les chlékzombies

Une vidéo d'une horreur insoutenable circule sur Internet : une femme subsaharienne, enceinte, humiliée et agressée sous les yeux de son mari, lequel semble lui-même avoir subi une tentative de viol (voir ici). D'autres vidéos de ce type sont diffusées sur les réseaux sociaux par des Tunisiens fiers de leurs exploits racistes.

 

Le plus horrible dans toute cette histoire, ce sont les commentaires d'internautes qui soutiennent ou banalisent ces violences au nom d'une prétendue résistance légitime face au supposé projet criminel de repeuplement de la Tunisie par des Subsahariens, tel qu'expliqué par Kaïs Saïed dans son communiqué ouvertement raciste adressé aux Tunisiens en février 2023 (voir ici)...

 

Toute société produit ses racistes. Mais lorsque c'est l'État lui-même, en l'occurrence la Sainte Chléka, qui reprend à son compte un discours raciste en diffusant le mensonge du « grand remplacement », alors la violence s'installe et le risque grandit de voir ces idées nauséabondes zombifier l'ensemble du pays.
 

Le grand cirque de Carthage


Rappelons ceci : l'expression du racisme en Tunisie au plus haut sommet de l'État, ainsi que ses conséquences sur le terrain (tel que montré plus haut) relèvent d'une politique régionale assumée et mûrement réfléchie.


La fonction de Kaïs Saïed dans ce cirque est de regrouper en Tunisie les migrants venus de Libye et d'Algérie. Rappelons qu'aucune frontière ne nous relie aux pays subsahariens et que leur acheminement vers notre pays fait partie du deal.


Ce « hub migratoire » est destiné à transformer leur séjour en un enfer sur terre afin de faire regretter à ces pauvres gens l'idée même d'espérer traverser la Méditerranée pour rejoindre l'Europe.


Et c'est bien l'Europe, et plus précisément l'Italie, notre vis-à-vis, qui orchestre ce sinistre spectacle en le finançant et en fermant les yeux sur ses dramatiques conséquences.

 

Saïed, en bon toutou, organise les mauvais traitements infligés à ces personnes, profère des discours racistes, autorise leur propagation sur internet, alimente la théorie du grand remplacement et criminalise les individus ou les associations qui daignent venir en aide à ces Subsahariens.

 

En contrepartie, on le ménage et on le laisse anéantir les derniers espoirs portés par la Révolution. Des espoirs qui ont failli changer toute la politique régionale et peut-être menacer un ordre établi dans lequel l'Europe, au fond d'elle-même, préfère toujours avoir pour vis-à-vis des dictatures serviles, capables, moyennant finances, de s'aligner aveuglément sur les intérêts occidentaux.

 


À qui la faute : à l'Europe, à nos dictatures ou à nous, les populations ?

3 juin 2026

Le Watergate de la Chléka

Après la disparition de Zabaïed durant dix jours, puis sa réapparition surprise à la Mnihla, ressurgit au même moment un fantôme du passé : l'ancien patron des renseignements, Kamel Guizani, exilé à l'étranger qui, dans un entretien fleuve accordé à Al Jazeera (voir ici l'interview), livre de fracassantes révélations.


Kamel Guizani, accusé de complot contre l'État, raconte durant six heures et demi d'interview, beaucoup de choses, parmi lesquelles la manie de Kaïs Saïed de vouloir espionner tout le monde. Une véritable obsession qui aurait commencé dès sa prise de pouvoir en 2019 et à laquelle Guizani se serait opposé pour des raisons de légalité (selon ses propres dires). 


Ce refus d'exécuter les instructions du président lui aurait donc coûté très cher. Le patron des renseignements s'est d'abord retrouvé lui-même sur écoute, puis s'est fait muter au poste d'ambassadeur à Bahreïn en 2020, avant d'être condamné à 68 ans de prison après le coup d'État de Saïed de 2021, ce qui apparaît comme une vengeance évidente d'un dictateur voulant régler ses comptes avec tous ceux qui ont fait obstacle à son projet de dictature.


Cette obsession de vouloir mettre tout le monde sur écoute (pas seulement les politiques, Guizani affirme que l'espionnage ciblait également des personnalités de la société civile et des journalistes) montre à quel point notre Sainte Chléka sentait déjà mauvais bien avant le coup d'État. Tout indique qu'elle semblait, dès le départ, guidée par la volonté de mettre au pas la classe politique, les corps intermédiaires et, à terme, la société tout entière.


Au-delà de l'aspect purement politique, on peut lire dans cette affaire, la paranoïa et la mégalomanie (les deux vont ensemble) d'un homme psychologiquement perturbé, voire malade.

 


Zabaïed, un homme sous influence

Pire encore, cette opération d’espionnage de grande envergure, selon les dires de Guizani, est téléguidée par le clan Saïed. L’implication du cercle familial dans cette affaire conforte la théorie selon laquelle, Kaïs Saïed, psychologiquement perturbé, serait sous l’emprise d’un cercle restreint de profiteurs désireux de mettre les appareils de l’État à leur disposition. 


Certes, l’on peut aussi interpréter ces révélations comme un règlement de compte interne entre clans rivaux, Guizani représentant les déchus de l’ancien régime. Mais la précision de son témoignage et la cohérence de son récit donnent du crédit à ce que beaucoup soupçonnaient déjà : le régime de la sainte Chléka s’apparente à une véritable mafia, déterminée à mettre en coupe réglée Dame Tunisie.  

 

Conclusion

 

Concluons positivement, et espérons que ce Watergate de la Chléka, accélère l'implosion du régime. Rappelons-nous que quelques mois avant la chute de Ben Ali, les révélations chocs de wikileaks avaient réveillé les consciences et participé ainsi à l'élan révolutionnaire (voir ici)...

 

1 juin 2026

Vacances du Pouvoir ?

Le président de la République a disparu des radars depuis plus d'une semaine. Cette absence prolongée a, une nouvelle fois, alimenté les spéculations autour de son état de santé, rappelant presque à l'identique l'épisode survenu il y a deux ans (voir ici), lorsqu'il n'avait plus donné signe de vie après une prière collective à la grande mosquée de la Zitouna le 22 mars 2023.

 

Parmi les rumeurs largement diffusées sur les réseaux sociaux, Zabaïed aurait été transporté en urgence en Allemagne afin d'y recevoir des soins intensifs. Comme souvent, dans un contexte de black-out médiatique, les rumeurs vont bon train et nourrissent les fantasmes de tous les désespérés qui n'attendent qu'une seule chose : la disparition de Kaïs Saïed.

 

Malheureusement pour eux, ces espoirs furent de courte durée, puisque Saïed a fini par réapparaître ce dimanche soir lors d'une visite surprise à l'Ariana. Une sortie dont le seul objectif était de faire taire les rumeurs et de montrer qu'il était encore debout. La présidence en est ainsi réduite à exhiber la bonne santé (apparente) du président comme principale activité présidentielle.

 

Évidemment, la machine, qui dissimulait mal son épuisement, n'a pas manqué de débiter ses habituelles paroles mécaniques, aussi creuses que répétitives, promettant un avenir radieux à la population, sans oublier d'insulter les éternels ânes comploteurs qui « braient » (c'est bien le terme employé par Saïed) à longueur de journée...

 

Le garage de Carthage

 

Zabaïed n'a finalement pas été transporté pour réparation dans les ateliers de Mercedes en Allemagne. Les mécaniciens du garage de Carthage ont réussi, avec les moyens du bord, à remettre la machine en route, et ce sous la supervision du sécurocrate en chef, Khaled Yahyaoui.

 

Nommé directeur général de la sécurité présidentielle dès l'arrivée au pouvoir de la Sainte Chléka en 2019, ce dernier serait, d'après certains initiés, le véritable grand horloger du régime...

 

28 mai 2026

Chlécocide

Je suis un flamant rose, et je crois intimement que la prise en compte de la faune et de la flore est un préalable à tout projet de société. Cette « croyance » n'est pas un luxe de pays privilégiés, ni une idéologie importée : c'est une éthique et une boussole indispensables, plus encore aujourd'hui, à une époque climatiquement tourmentée, où la Terre mère semble ne plus supporter notre empreinte sur son écorce. Elle paraît vouloir nous faire payer très cher notre mépris du vivant.

 

Le plus terrible dans cette histoire, c'est que nous autres, pays du Sud, payons plus cher encore une facture dont les premiers responsables sont les grandes puissances industrielles, celles-là mêmes qui nous ont colonisés et intégrés au système extractiviste et productiviste mondial, dont nous sommes devenus dépendants, à la fois comme consommateurs et producteurs.

 

En tant que flamant rose, j'ai commencé, sous ZABA, à alerter sur ce modeste blog des dangers écologiques et sociaux que pouvaient provoquer les mégaprojets autour des sebkhas de Tunis (voir ici). Ces mégaprojets, financés par des milliardaires émiratis et promus par la famille Ben Ali, n'ont jamais vu le jour grâce à la crise de 2008 (voir ici).

 

Mais le débat écologique que je voulais amorcer était, de toute façon, impensable sous la dictature. Le sort des flamants roses et de l'écosystème en général passait sous le rouleau compresseur de Ben Ali, et même l'opposition, dans toute sa diversité, n'a jamais réellement utilisé l'enjeu environnemental comme argument politique.

 

Puis vint la révolution de 2011, et l'espoir de voir ces débats enfin inscrits à l'ordre du jour fut très vite balayé par les perpétuelles luttes de pouvoir entre islamistes, progressistes, libéraux et nationalistes.

 

Puis vint la Sainte Chléka...

Si la révolution a enterré la question écologique, l'avènement de l'obscurantiste de Carthage semble carrément l'avoir enfouie sous son caca, pour encore mieux l'asphyxier, l'étouffer voire la décomposer chimiquement afin de ne plus jamais la voir émerger dans "le débat public" ( en sachant que le débat public a été lui-même intoxiqué par la propagande). Comme si la manière de traiter l'écosystème serait à l'image du degré d'obscurantisme de l'organisation politique en place.

 

L’hécatombe de Gabès en offre la meilleure illustration : inaugurée sous Bourguiba (avec l’installation du complexe chimique dans les années 70), entretenue sous Zaba, questionnée après la Révolution, puis exacerbée (L’hécatombe) sous Zabaïed.

 

Le phosphogypse est devenu le symbole de cette pollution extrême. C’est ce caca que rejette dans la mer le complexe industriel, anéantissant toute forme de vie dans le golfe de Gabès depuis plus d’un demi-siècle. Un écocide qui ne touche pas seulement la faune et la flore aquatiques : les rejets de gaz toxiques ont également eu raison de la palmeraie et d’une population qui crève à petit feu, rongée par les cancers et autres affections respiratoires.

 

En octobre 2025, des milliers de Gabésiens se sont révoltés (voir ici). Et qu’a fait Zabaïed ?

 

De fausses promesses en guise de poudre aux yeux, du gaz lacrymogène contre les manifestants, et la prison pour les militants écologistes (voir ici) !!
 

Le bouleversant spectacle de ces tortues de mer échouées sur les plages de Gabès  ( non seulement à cause de la pollution ambiante, mais aussi de la pêche intensive, où elles se retrouvent piégées dans les filets ) est devenu d’une banalité affligeante (voir ici). Comment s’en émouvoir quand l’État laisse crever des populations entières à Gabès, et que l’incarcération de militants écologistes provoque la joie de chlékeux et de chlékeuses pour qui toute ONG est par définition, suspecte ?

 

D’ailleurs, pour tous ces crétins, l’écologie comme la démocratie ne sont que de vulgaires complots contre la souveraineté de notre Sainte (et puante) Chléka. Et je rajoute que mon personnage de flamant rose est suspecté, précisément en raison de sa couleur rose, d’œuvrer pour le compte d’une internationale homosexuelle conspirant contre la pureté de l’Homo chlékus.

 

Canicide

   

Comme je vous le disais, le traitement de la faune et de la flore est à l’image du degré de sauvagerie du régime en général. Il est donc dans l’ordre naturel des choses que les chiens errants subissent, en première ligne, les humeurs barbares des pouvoirs en place, et ce sur tout le territoire de la République. 

 

Les campagnes d’abattage organisées par les municipalités sont une constante, même si, après la révolution, la question des chiens errants a souvent été débattue sans jamais parvenir à imposer un cadre législatif garantissant la dignité animale.

 

Évidemment, et sans surprise, sous Zabaïed, ces campagnes d’abattage semblent avoir redoublé de violence, d’après les nombreux témoignages relayés sur les réseaux sociaux. Cette cruauté envers les animaux se manifeste également chez certains citoyens, notamment à travers la pratique très répandue de l’empoisonnement des chats de rue (voir ici). 


Pas étonnant que dans un tel contexte, un citoyen, poète de surcroît, appelle sur Facebook à l'empoisonnement des mère et des enfants subsahariens (voir ici). Il s’appelle Slaheddine Bouzaiene, et il n’a pas été inquiété, car le racisme est devenu une politique d’État, et ce malgré les lois tunisiennes et les conventions internationales signées par la Tunisie.

 

Le mépris de la faune et de la flore en général révèle le peu de cas que l’État fait des êtres humains eux-mêmes. Le mauvais traitement infligé aux animaux, disais-je, n’est pas seulement un indicateur de déshumanisation : il en devient aussi un incitateur, un apprentissage de la cruauté exercée sur les populations dominées.

 

On peut ainsi lire, dans l’extermination des chiens errants, l’annonce symbolique de l’extermination des Subsahariens, au vu de la multiplication des appels à leur expulsion, à leur extermination (l'exemple du "poète") et surtout de la banalisation glaçante de discours racistes, de vidéos et de publications les dépeignant comme des chiens errants envahissant les rues.

 

Plus inquiétant encore, ces campagnes ne sont pas uniquement menées par les partisans de Saïed : certains opposants eux-mêmes reprennent cette rhétorique abjecte, accusant le pouvoir d’avoir importé « ces hordes de sauvages ».

 

Joyeux Aïd quand même !

 

Et puis, on ne peut parler de maltraitance animale sans évoquer l’éléphant dans la pièce : l’élevage intensif et l’abattage industriel. Sauf que cette année, le prix exorbitant du mouton de l’Aïd, devenu un véritable produit de luxe, a dissuadé les Tunisiens les plus vulnérables de s’adonner à ce rite religieux ancestral… pour le plus grand bonheur de nos moutons. 

 

Mais attention, je ne veux pas accabler par ces propos, les gens pour qui le sacrifice du mouton est devenu impossible, surtout quand on sait que les bourgeois chlékistes, à commencer par le président Chléka et sa famille, pourtant responsables de la flambée des prix, continuent à s’empiffrer comme des cochons de viande de bœuf et de mouton !

 

Conclusion
 

Je souhaite remercier le camarade qui m’a inspiré cet article, notamment en me sensibilisant à la question de l’abattage des chiens et en me rappelant cette magnifique citation de Kundera :

 

« La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité […], ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. » (L’Insoutenable légèreté de l’être)

24 mai 2026

Chlekstorming à la Mecque

Face à la grave crise économique qui menace le pays, le gouvernement a annoncé vouloir se consacrer pleinement à la recherche de solutions concrètes pour freiner l’envolée des prix à l’approche de l’Aïd, allant jusqu’à suspendre temporairement sa participation aux travaux parlementaires.
 

C’est dans ce noble élan patriotique que le ministre des Affaires religieuses, le ministre de l’Agriculture, le ministre de l’Enseignement supérieur, le ministre de la Jeunesse et des Sports, ainsi que plusieurs hauts responsables de la présidence et de l’armée, se sont envolés ce mercredi pour La Mecque afin de participer à une intense session de « brainchléking » et de « chlekstorming » stratégique (voir ici).
 

Qu’Allah leur vienne en aide !
 

Ce dessin est une reprise d’un vieux dessin datant de 2010 illustrant le brainmauving et le mauvstorming de l’époque de Zaba (voir ici).

23 mai 2026

L'appel du 23 mai

Une surprenante notification a été envoyée à des millions d'abonnée de Tunisie Telecom ce samedi 23 mai. Son contenu délivre un message de rébellion contre le régime.

 

DEBATunisie vous révèle la source originelle du mystérieux communiqué :
 

Comme toujours, quand ça commence à chauffer, Boukornine se fait l'écho de la colère populaire.


Ce signal divin doit remplir d'espoir le cœur des milliers d'otages du régime, et doit faire grincer les chlékas de tous les minables soutiens de la dictature.
 

PS : La date de l’appel était initialement prévue pour le 22 mai, en écho à la célèbre manifestation « Nhar 3la Ammar » du 22 mai 2010 (mobilisation contre la censure, six mois avant la révolution). Mais en raison des conditions météorologiques, les services techniques de Boukornine ont reporté l’appel au lendemain.

22 mai 2026

L'armée sort de son silence

L’armée tunisienne, habituellement discrète, a publié le jeudi 21 mai un communiqué qui a suscité une vague d’interrogations (voir ici). Certains y ont vu un avertissement adressé au président, tandis que d’autres y ont perçu, au contraire, une réaffirmation de sa loyauté envers Carthage…

 

Ce qui est certain, c'est que quelque chose ne tourne pas rond dans le royaume de la Chléka. Mais ne nous réjouissons pas pour autant, car nous commençons à nous habituer à la capacité de la Sainte Chléka à juguler les crises et les tensions.  
 

Rectificatif (ajouté  le 23 mai)
 

Après vérification, DEBATunisie vous livre la véritable source du communiqué du ministère de la Défense :
 


Une fois de plus, l’opposition s’agite dans tous les sens, voulant croire à une possible défiance de l’armée envers la Sainte Chléka, voire à un appel du pied adressé au peuple. La réalité est toujours plus amère, et il faudra peut-être commencer à nous habituer à l’idée que notre salut ne viendra jamais de nos corps armés, toujours solidaires lorsqu’il s’agit de soutenir les dictateurs et réprimer les libertés.

 

Et puis, sérieusement, que peut-on attendre d’une armée qui a activement soutenu le coup d’État du 25 juillet 2021?

21 mai 2026

Le vase qui déborde

Je ne peux même pas faire une pause de deux jours sans que Zabaïed ne me donne encore plus de matière !

 

C’est en ces termes menaçants que le président Kaïs Saïed s’est adressé à sa Première ministre, Sarra Zaafrani.

 

La situation générale en Tunisie semble atteindre un point d’incandescence, mais comme d'habitude depuis 7 ans, le président se lave les mains de toute responsabilité en accusant ses propres marionnettes du fiasco dont il est lui-même l’artisan.

18 mai 2026

Rayen Hamzaoui Libre !

Après avoir passé trois ans en prison dans l'affaire dite « complot contre la sûreté de l’État 2 », Rayen a été libéré ce dimanche 17 mai 2026. Il fut accueilli par une foule de citoyens venus rendre hommage à un homme qui a beaucoup œuvré pour sa commune et contribué à l’essor d’Ezzahra, avant de se retrouver mêlé à ce dossier kafkaïen de prétendu complot contre la Sainte Chléka (voir ici).

 


Cette affaire, qui implique plusieurs personnalités politiques et figures publiques, est considérée par de nombreux avocats, acteurs de la société civile et ONG internationales comme un dossier bidon, fabriqué de toutes pièces dans une logique d’épuration de la scène politique tunisienne après le coup d’État de 2021.


Mohamed Rayen Hamzaoui devient ainsi le premier accusé dans cette affaire de « complot » à retrouver la liberté.


Les scènes de liesse qui ont inondé les réseaux sociaux, ont fait grincé plusieurs chlékas… 

17 mai 2026

Manifestation du 16 mai 2026

Parallèlement à une manifestation anti-subsahariens organisée par des proches du régime, à laquelle ont participé une dizaine de chlékas, une grande mobilisation a réuni des centaines de personnes pour dénoncer la répression et la cherté de la vie, avec pour slogan : « Le peuple a faim et la prison a le ventre plein. »

 

Cette affiche a fait grincer bien des chlékas, qui m’ont copieusement gâté en commentaires sur ma page facebook. J’en ai retenu un, particulièrement savoureux :


« Mais qu’est-ce qui nous manque ? Nous jouissons de tous les biens ! Dieu merci, regarde les pays qui souffrent de la guerre… La Tunisie a la devise la plus forte d’Afrique, alors que nous n’avons pas de richesses. Vous incitez le peuple à la révolte, ce n’est pas bien ce que vous faites ! Regardez tous ces pays africains : malgré tout leur or, leur pétrole, leur gaz, leurs diamants et leur uranium, ils n’arrivent même pas à atteindre le niveau de vie du peuple tunisien ! »
 


Alors à votre avis. S'agit-il :
- d'un habitant de Singapour
- d'un citoyen de Stockholm
- d'un Tunisien à Tokyo
- d'un toxico à Tunis ?

16 mai 2026

Tunisie 2054

Tunis, 14 mai 2026 : Dans un communiqué officiel, le président Kaïs Saïed rappelle que le peuple a besoin de décisions, et que celles-ci arrivent (voir ici).

 

 

Patience les amis, tout est une question de temps !

13 mai 2026

Les chlékartistes

Avez-vous vu cet humoriste tunisien qui gratifie la ministre de la Justice, Leila Jaffel, au point d’en pleurer d’émotion ? J’ai d’abord cru à un sketch, mais pas du tout : le gars était sincère et tenait vraiment à remercier Jaffel d’avoir traité son dossier (Voir ici sa vidéo).

 

Leila Jaffel, la "Chamtachléka"

On parle bien de Leila Jaffel, l’indéboulonnable ministre de l’Injustice tunisienne, plus zélée encore que son patron pour semer la peur parmi les juges, les opposants, la société civile, les journalistes et tout citoyen osant critiquer le régime.

 

Leila Jaffel, celle qui prend un malin et sadique plaisir à fabriquer des dossiers bidons et à humilier les détenus ainsi que leurs familles à travers des simulacres de procès.

 

Leila Jaffel, agent du fascisme chlékiste et architecte en chef de la transformation de la justice en machine à broyer les libertés et qui a fait de la Tunisie une prison à ciel ouvert.

 

Leila Jaffel qui, par la terreur de la loi 54, a anéanti la liberté d’expression des artistes et des humoristes… hormis ce triste clown qui, visiblement, a été autorisé à user de sa langue pour lécher librement les chlékas de la ministre…

 

Le plus drôle dans cette histoire, c'est que ce Chélkartiste, reconnaît profiter d'un passe-droit et dévoile la logique clientéliste d'un régime fasciste aux abois.

 

 

PS : Ce que je dis n’est pas une invention de mon esprit. La situation de la justice et des libertés est documentée et dénoncée par des ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch, ainsi que par de nombreuses autres organisations qui appliquent la même rigueur lorsqu’elles dénoncent les atteintes aux droits humains partout dans le monde, y compris à Gaza.

12 mai 2026

Le prophète des chlékas

Beaucoup de gens très sincères reprochent à ma page "DEBATunisie" de refuser le débat avec les soutiens du président Kaïs Saïed, ceux que je qualifie de chlékeux et de chlékeuses. Je dois avouer que je demeure très étonné par la naïveté de mes amis qui pensent encore que les partisans de Saïed exprimeraient une opinion politique « débattable ».

 

Les partisans de Saïed, les chlékeux, sont des croyants. Leur rapport à la chose publique n’est pas politique, il relève de la croyance. Leur lecture du monde n’est même pas idéologique, elle est mythologique. Le mythe fondateur de leur croyance commence après la Révolution de 2011. Selon cette mythologie, des traîtres et des corrompus auraient simulé une fausse démocratie pour s’accaparer les richesses du pays durant la « décennie noire », une sorte d’âge des ténèbres. Ces forces du mal faisaient semblant d’être divisées en partis, en société civile ou en médias. Mais en réalité, elles conspiraient toutes ensemble contre le peuple tunisien.

 

Ces forces du mal sont tellement puissantes que, malgré l’avènement du sauveur Kaïs Saïed (25 juillet 2021), elles continueraient à agir dans l’ombre. Et si le pays va si mal, ce serait en raison de leur perpétuel complot. D’où l’héroïque lutte de Saïed contre ces forces occultes.

 

Kaïs Saïed lui-même ne se considère pas comme un acteur politique. Il se voit comme un agent de l’Histoire, envoyé par Dieu pour sauver le peuple. Comment alors tolérer que certains aient pu oser se porter candidats contre lui en 2024 ? Ils ne pouvaient être que des agents du diable. Personne ne peut même lui succéder, car il est immortel. Gare à celui qui, depuis Rome, pense à l’après-Saïed !

 

Sérieux ! Quel débat rationnel peut-on sincèrement avoir avec des gens qui croient au messie et aux légendes d’Ommi Sissi ? Non mais dites-moi ?

 

 

Cependant, en disant cela, je ne suis pas en train d’affirmer que tous les chlékistes sont irrécupérables. Ce serait le cas si la prophétie de Kaïs Saïed donnait naissance à un puissant empire, comme ce fut le cas pour la prophétie d’un certain Jésus-Christ ou d’un Mohammad ibn Abdullah ibn Abd al-Muttalib. Dans le cas de notre sainte Chléka, et malheureusement pour nos chlékeux, le réveil sera violent lorsqu’ils comprendront qu’ils avaient affaire à un charlatan. Mais durant leur longue hypnose, dont nous payons collectivement le prix, ce ne seront ni le débat ni la discussion rationnelle qui leur ouvriront les yeux…

 

Par contre, ce qui est préoccupant dans toute cette histoire, c’est la capacité incommensurable d’un grand nombre de nos concitoyens à croire aux fables et aux imposteurs. Rappelez-vous, chers amis, que les chlékistes d’aujourd’hui furent les allahistes d’hier, et les mauves d'avant hier (mon blog en est le témoin depuis 2007).

 

Alors, comme nous sommes un peuple de platistes superstitieux, le salut ne pourrait venir que d’un autre prophète qui remettrait l'enseignement au cœur de son projet messianique… pardon, politique !

 

Convertissez-vous donc au Boukornisme, je suis votre nouveau prophète !

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