Boussoles
Ce qui interroge lorsque se multiplient les signes du fascisme, ce n'est pas tant le fascisme en lui-même, mais l'acceptabilité et la cécité qui frappe des amis ou des personnes qu'on supposait partager un idéal humaniste universel.
Vivant en France depuis trop longtemps, j'ai toujours pensé naïvement que ce grand pays après toutes les horreurs qu'il a commis (colonisation, esclavage, fascisme, racisme...) se serait doté d'une sorte d'immunité éthique pour se protéger des vieux démons si ces derniers venaient à resurgir. Cette immunité incarnée par ses penseurs, ses activistes et ses artistes fonctionnerait comme une boussole qui signale le danger chaque fois que l'on s'égare du nord éthique.
Il n'est même pas question d'être de droite ou de gauche, mais de se positionner clairement quand réémergent ces vieux démons. L'année où j'ai créé mon blog, 2007, Sarkozy avait pris le pouvoir, et l'odeur du souffre commençait à empester l'air ambiant. Des propos ouvertement racistes se sont multipliés dans l'espace public mais les boussoles étaient là pour les dénoncer. Moi j'apprenais des boussoles françaises pour dénoncer la dictature en Tunisie sur mon blog DEBATunisie.
20 ans de fascisation
Une discussion anodine avec un ami français me fit comprendre qu'il est peut-être trop tard. Cet ami qui se dit de gauche, m'expliqua que c'est "l'extrême gauche" qui menacerait aujourd'hui la France. Selon lui, cette gauche radicale déroulerait le tapis à l'extrême droite. Le danger n'est donc ni le capitalisme, ni le fascisme, mais le tapis rouge.
On le sait déjà. Le fascisme ne surgit pas brusquement. C'est un long travail dans le temps qui brique après brique érode les remparts puis un jour on se réveille avec les démons qui se promènent dans la rue. Ce long travail d'érosion a commencé sous Sarkozy et semble rattaché organiquement à l'ensauvagement du capitalisme suite à la crise des subprimes de 2008. Le sauvetage par l'argent public du système financier responsable de la crise a redoublé la défiance du grand public envers ce système. Mais paradoxalement ce sont les plus puissants qui ont redoublé de défiance et de cynisme, cadenassant encore plus leurs privilèges, élevant plus haut leurs remparts, et jetant les démons du fascisme dans les rues afin de provoquer la diversion. Tout ce qui a suivi semble suivre cette inexorable ligne, celle où l'insécurité du capitalisme se couple avec la montée du fascisme, avec pour corolaire, la diabolisation de la "vraie" gauche érigée en mal absolu.
La gauche
Il n'y a pas de nuances de gauches, en théorie il n' y a qu'une seule "vraie" gauche, de la même manière que la boussole n'indique qu'un seul nord, celui qui dénonce le couple capitalisme/fascisme et propose un pacte social mettant l'humain au cœur de tout projet politique, sans aucune forme de hiérarchies de genre, de couleur de peau ou d'appartenance culturelle ou cultuelle. Cette simple aspiration qu'un enfant pourrait exprimer, est devenue une provocation, un complotisme, un appel à la haine, voire une incitation au terrorisme dés lors que sont dénoncés :
- Le démantèlement des services publics au profit des capitaux.
- La concentration de capitaux et des médias par une poignée d'oligarques.
- Les prédations impérialistes (dont le génocide de Gaza) conduites toujours par ces mêmes oligarques qui usent de leurs médias racistes pour convaincre la population que l'impérialisme protège la civilisation (blanche) des barbares de l'intérieur (les arabes) et des barbares de l'extérieur (les arabes).
Bref, tout le fiel est déversé contre cette gauche (la France insoumise) parce qu'elle menacerait directement le consensus néolibéral impérialiste si celle-ci venait à remporter les élections de 2027 !
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Les esprits lucides ont pu témoigner des coups portés contre cette gauche lorsque celle-ci a clairement dénoncé le génocide à Gaza, en contextualisant les attentats du 7 octobre 2023 dans la longue histoire de la colonisation israélienne de la Palestine. Ses responsables furent accusés d’antisémitisme et d’ islamogauchisme. Ils furent conspués par la plupart des grands médias et par la plupart des boussoles (eh oui !! ).
J’avoue que cette séquence m’a profondément affecté. Non pas tant en raison du degré d’imprégnation de l’impérialisme au sein des classes dominantes européennes ( nous le savions déjà ! ), mais surtout à cause de la complaisance, voire de l’indifférence, que cette tragédie humaine suscitait chez des personnes dites de gauche, des artistes ou des intellectuels. Certains en venaient à soutenir que tout serait de la faute de Mélenchon par son « importation » du conflit en France, et par sa division du pays en cherchant à flatter un électorat musulman intrinsèquement antisémite (ce sont les propos d'une éminente journaliste du service public).
Le chlékisme (concept boukorniste désignant la bêtise mêlée à la crédulité envers le discours du pouvoir) n’a jamais autant révélé son universalité.
Et puis survint la tragédie de la mort d'un militant d’extrême droite, tué par des antifas à la suite d’une rixe à Lyon le 12 février dernier. Tout le paysage médiatico-politique se rangea alors comme un seul homme derrière les fascistes, désignant du doigt le seul et dernier pilier de la gauche : La France insoumise, qui n’a jamais aussi bien porté son nom.
A l'heure où toutes les horloges du monde indiquent minuit moins 5, mon ami Français qui se dit de gauche, pense vraiment que le danger c'est Mélenchon.
Boussoles tunisiennes
En Tunisie, Il est minuit depuis juillet 2021. Le pays est plongé dans une nuit sombre et obscure depuis que le cacateux de Carthage sème la terreur en jetant tous ses opposants en prison et en condamnant au silence toutes les boussoles du bled.
Cependant, nous n'allons pas nous priver des bonnes nouvelles, aussi minuscules soient-elles. L'ancien Juge Ahmed Souab vient d'être libéré. A sa sortie de prison, un photographe a su immortaliser son geste (son poing et son regard vers le ciel) résumant la personnalité endurante et tenace de ce monsieur, jeté en prison pour avoir critiqué le dictateur (voir ici).
Un geste qui dépasse la figure de Souab et qui pourrait, à lui seul, incarner l’endurance de toutes les résistances tunisiennes face à la malédiction despotique qui frappe la Tunisie depuis les beys et les Français jusqu’à l'actuel régime des chlékas.
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Dégageons toutes ces horribles horloges qui décorent nos carrefours urbains et qui ne servent qu’à comptabiliser le temps qu’il nous reste à vivre. Remplaçons-les par des boussoles nationales qui nous rappellent le sens de la justice, la voie du courage et la direction de la liberté !
PS: Constatez chers amis, l'étrange ressemblance entre Souab et Mélenchon !
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