Tbalbiz
Je pense que la faillite morale de Kaïs Saïed en Tunisie et sa participation à faire revenir la mafia policière au pouvoir enterrant à jamais l’espoir révolutionnaire de 2011, est une honte absolue pour tout tunisien. Nous devons en assumer la responsabilité historique.
On est loin de vouloir réclamer la prospérité, ou la démocratie. On en est juste à réclamer le minimum syndical de dignité. Dignité qui a été balayée et anéantie par la volonté d’un seul homme qui a pactisé avec les forces les plus régressives du pays et ce seulement pour son maintien au Pouvoir, pour son ego, pour sa minable petite personne.
En tant que dessinateur tentant d’illustrer et de commenter l’actualité tunisienne depuis 2007, j’ai été souvent confronté à une forme de colère contre les politiciens mais jamais ma haine n’a atteint de tels sommets. Si bien que je trouve encore très dociles mes dessins contre Saïed et je ne sais pas encore ce qui me retient d’aller encore plus loin dans le trash et le gore. Je suis comme un nauséeux qui revient au lit alors qu’il sait qu’il lui reste encore beaucoup à vomir.
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Déjà depuis 2021 mes dessins ne servent plus vraiment à informer ou à faire réfléchir. Je pense que je dessine d’abord pour me défouler et canaliser graphiquement mes pulsions destructrices contre le fasciste Kaïs Saïed et ses partisans les chlékistes.
Le DÉBATunisie qui prétend au débat n’est pas possible avec ceux pour qui la dictature est une option. Je dirige donc aussi ma haine contre ceux-là, les normalisateurs de la dictature, ou ceux qui par un prétendu sens du réalisme l’acceptent comme une fatalité et s’y résignent.
Cette haine n’est pas semblable à celle qu’on pouvait avoir contre les dictateurs précédents (Bourguiba et Ben Ali), car à l’époque nous vivions dans une cave obscure et nous n’aspirions qu’à monter à l’étage. Avec la révolution nous avons ouvert par chance une porte dérobée qui donne sur le jardin, alors forcément, le retour imposé à la cave par le minable Saïed ne peut que provoquer en nous une haine plus grande et un désir de vengeance contre tous ces salauds qui se félicitent du retour au sous-sol.
Ce discours que je tiens, porté par l’émotion plutôt que par l’intelligence, ne se situe même pas sur le terrain du politique. Il est « bêtement » situé sur le domaine de l’éthique, celle qui considère que l’on ne peut discuter ou philosopher ou faire société avec des minables qui portent une arme sur nous.
Les débats sur l’économie, l’écologie, le service public, ou la libération de la Palestine sont de la poudre aux yeux sous une dictature brutale qui par définition confisque le débat public. Je plains tous ces artistes, ces journalistes, ces intellectuels et toutes ces marionnettes (dont je fais partie) qui discutent de géopolitique, de foot ou du ramadan qui font comme si de rien était, alors qu’un éléphant nommé Kaïs Saïed empeste la cave.
* Tbalbiz est un mot arabe tunisien qui désigne un gribouillage ou un assemblage désordonné — un mélange hétéroclite de formes, de couleurs ou de matériaux — et, par extension, un désordre similaire dans les idées ou les actions.
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