Le racisme est une politique chélkiste assumée
La célérité de la justice à punir les dissidents au régime contraste avec sa clémence envers les chélkistes qui enfreignent ouvertement la loi. Le député Tarak Mehdi a proféré un discours raciste et misogyne tombant sous le coup de la loi, mais n'a pas été inquiété (voir ici), comme ce fut le cas du député Ahmed Saidani, placé en détention suite à sa critique du président (voir ici).
Vous savez pourquoi ? Le racisme est une politique d'État assumée par le président et le système sécuritaire, et ce, malgré la loi tunisienne et les conventions internationales. Tarak Mehdi n'a pas été inquiété car Kaïs Saied, le ministère de l'Intérieur, 100 % des chélkistes et même un grand nombre de Tunisiens, pourtant opposants au chélkisme, pensent exactement comme lui.
Juste pour rappel : le racisme, en tant que conception hiérarchisée et essentialisante de l'humanité, est admis dans la société sans que l'État ne prenne ses dispositions par l'éducation, la culture et les médias. Il est le résultat combiné de la tradition esclavagiste issue de l'islam (“wesfen”), du legs colonial, du nationalisme bourguibiste et de la politique d'abrutissement des masses voulue par Ben Ali.
Mais, en ce qui concerne le régime de la sainte Chléka, le racisme semble être une opportunité, une sorte de joker très utile dans un contexte politique compliqué où l'État devient incapable de satisfaire les besoins élémentaires de sa population.
Sachant qu'en plus, le phénomène migratoire tend à exploser en raison des changements climatiques et de la crise économique qui touche plusieurs pays d'Afrique, et sachant que la Tunisie ne peut échapper à sa condition de pays de transit vers l'Europe, l'arrivée de ces hommes et de ces femmes, qui aurait pu être une opportunité économique et un enrichissement culturel, a été au contraire considérée comme une opportunité pour asseoir le fascisme en Tunisie.
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(ce dessin date de mars 2025 et figure dans cet article)
Une dictature est une machine consciemment malfaisante, et je crois pouvoir vous démontrer comment et pourquoi l'État tunisien profite, alimente et exacerbe le racisme :
A ) Comment il l'alimente ?
25 000 * migrants subsahariens n’ont pas de papiers, et c’est voulu. Leur maintien dans l’illégalité relève d’un choix politique assumé, car c’est l’État lui-même qui leur autorise l’entrée depuis l’Algérie, grand pays voisin avec lequel la Tunisie a signé un accord militaire portant justement sur la question des frontières, document resté secret.
Fuyant la misère de leurs pays, ces migrants se retrouvent donc acheminés vers la Tunisie. À leur précarité économique s’ajoute leur irrégularité administrative, poussant certains au crime.
Les ingrédients de la manifestation du racisme sont ainsi réunis : noir, pauvre, clandestin et en plus bandit ; voilà ce que retient le raciste en généralisant un acte criminel isolé sur l'ensemble des Noirs de Tunisie, qui, selon son point de vue raciste, sont des millions de criminels venus le "grand-remplacer", le coloniser. Exactement la même mécanique de la théorie du grand remplacement qu'agite l'extrême droite européenne pour alimenter la peur des émigrés maghrébins, prétendument islamistes et terroristes en puissance.
Bien sûr, le Tunisien qui cède à cette peur ignore qu'environ 23 000* Européens vivent illégalement en Tunisie… mais ceux-là habitent La Marsa.
B ) Pourquoi donc l'État alimente-t-il ce racisme ? J'en vois plusieurs raisons :
1- C'est terrible à admettre, mais c'est le propre du fascisme : le régime a besoin d'une population déshumanisée qui sert de punching-ball, permettant de canaliser la violence populaire. Il s'agit d'une sorte de bouc émissaire idéal, permettant ainsi de détourner l'attention de l'incapacité de l'État à régler les problèmes de ses administrés.
2- Mais aussi, il ne faut pas négliger la dimension expérimentale d'une telle politique : la police teste sur les Subsahariens ce qu'elle pourrait être tentée de commettre contre sa propre population. D'ailleurs, ce que fait subir l'État aux opposants est déjà une mise en pratique de cette politique.
3- Cette politique vise aussi à répondre à une injonction européenne : transformer la Tunisie en un enfer pour les migrants afin d'en atténuer le nombre, tout en sachant que ce flux ne cessera d'augmenter et que cette politique ne fera que redoubler de violence. Les associations d'aide aux migrants ont été ainsi criminalisées pour empêcher toute possibilité d'améliorer les conditions de vie de ces gens.
D'ailleurs, pourquoi s'en étonner ? Si vous êtes le diable et que vous administriez l'enfer, pourquoi autoriser les humanitaires à venir apaiser le calvaire des damnés ? Mais quelle absurde idée ! Cela, Zabaïed le sait ! En plus, l'Europe ferme les yeux, voire l'encourage à faire de la Tunisie un enfer sur terre, à l'image de cette mère abandonnée avec sa fille dans le désert, une image qui nous hantera à vie et qui nous salit, nous Tunisiens pour qui tous les humains sont nos frères, même les fascistes chélkistes puants, à qui on refusera de tels traitements.
Quel caca, ce chléka de Saied et tous ses minables petits serviteurs !
PS : les commentaires chlékistes qui suivent cette même publication sur Facebook (voir ici), illustrent aussi la mécanique raciste à l'œuvre...
* Pour avoir une plus ample documentation sur les chiffres, voir cet excellent article d'Inkyfada
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