Les salauds
Dans l'histoire humaine, il est des moments où tout devient soudain très facile à lire. D'un côté les salauds, de l'autre les justes. De la même manière que l'on reconnaît un colon ou un tyran, on sait immédiatement, à la position des uns et des autres, où se situent les salauds et les justes. Tout devient simple, limpide, presque évident.
Ceux que j'appelle les chlékas sont nos salauds. Notre tyran, c'est Kaïs Saïed. Celui qui ne voit pas, par ignorance ou par naïveté, la nature profondément nuisible de son pouvoir n'est pas nécessairement un salaud. Mais dès lors qu'il intervient dans le débat public pour défendre ou justifier ce pouvoir, ou même s'il se déclare neutre dans cette affaire, il franchit une ligne : il devient un salaud, une Chléka.
Évidemment, je me considère comme étant du côté des justes. Ce n'est ni une prétention morale, ni un héroïsme, ni un exploit. Celui qui affirme que 1 + 1 font 2 ne se croit pas vertueux pour autant : il annonce et constate une vérité dans un système de pensée (en l'occurrence les mathématiques).
Reste une difficulté philosophique. Dans un monde où les salauds sont nombreux, voire majoritaires, la vérité ne change pas pour autant. Le nombre n'a jamais fait loi. C'est ce qui donne leur force aux justes. Mais il arrive, par une ruse de l'Histoire, que les salauds soient les vainqueurs. Alors ils réécrivent l'histoire, travestissent les mots, inversent les concepts.
C'est précisément notre malheur en Tunisie : les justes y sont devenus les traîtres, tandis que les salauds se sont proclamés patriotes. Et c'est par cette réécriture permanente du réel qu'ils enrôlent les esprits, jusqu'à fabriquer de nouvelles générations de salauds.
Mais il n'y a pas de fatalité. Les accidents de l'Histoire peuvent mettre les tyrans à nu. C'est ce qui s'est produit en 2011 sous Zaba. Les salauds perdent alors leurs repères, et une brèche s'ouvre dans laquelle les justes peuvent enfin apparaître.
C'est peut-être ce que nous vivons aujourd'hui en Tunisie. Le tyran est nu. Son incompétence éclate chaque jour davantage. Pourtant, rien n'émerge encore. La brèche ne cesse de s'élargir, telle une plaie purulente qui s'ouvre toujours plus, dans la douleur et la souffrance. Et malgré cela, rien ne vient.
Il nous reste 3 jours encore jusqu'au 25 Juillet 2026 pour clore 5 années de saloperies.
Amis les justes, c'est notre moment...
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Ce dessin date de janvier 2011, quelques jours avant la Révolution...
PS : Selon l'histoire réécrite par les salauds vainqueurs, tout appel à la résistance ne peut être perçu qu'en tant que complot islamiste ou machination diabolique orchestrée par les protagonistes de ce qu'ils appellent la « décennie noire ». Cette expression elle-même participe de cette réécriture. C'est un concept de salauds.
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