Mais que se passe-t-il en France ?
En tant que dessinateur vivant en France depuis plus de vingt ans, je me suis toujours inspiré des caricaturistes français pour aiguiser ma plume. Je me suis nourri des idéaux de la Révolution française et des Lumières pour construire mes idées politiques. Cette influence culturelle, pleinement assumée, je l’ai utilisée pour commenter et illustrer l’actualité de la Tunisie, le pays de ma Sebkha et de Boukornine. Je ne me suis jamais senti d’aucune utilité pour la France en matière de caricature. Quelle serait ma valeur ajoutée dans le pays de Charlie Hebdo ou du Canard enchaîné ?
J’avoue aussi qu’il m’était plus facile de m’imposer en Tunisie, au vu de la pénurie de caricaturistes. L’anonymat aidant, j’étais peut-être le seul Tunisien, sous Ben Ali, à caricaturer le dictateur. Trop facile ! Je me considère, en matière de dessin de presse, comme un profiteur, une sorte d’aquarelliste du dimanche qui se vend bien simplement parce qu’il est le seul à exposer ses dessins dans le souk de la médina. Mon seul mérite est d’avoir réussi à tenir cette boutique toutes ces années — et d’avoir échappé aux mailles du filet (jusqu’à quand ?).
Je pose rarement mon regard sur la France, car ce pays ne manque ni de talents ni de voix transgressives pour dénoncer les abus de pouvoir. N’est-ce pas là la fonction du caricaturiste engagé ? Critiquer le pouvoir et pointer du doigt ses dérives. La France, patrie de Rousseau, n’a pas besoin d’un aquarelliste de médina pour faire ce travail. Et pourtant… je regarde, avec un étonnement grandissant, l’érosion progressive de la liberté d’expression et la compromission croissante des dessinateurs. Je constate leur incapacité à se positionner clairement dans un moment de bascule historique. Eh oui, je parle bien du génocide à Gaza, dans lequel la France est directement impliquée.
Suis-je donc autant habité par le complexe de l’imposteur ou du colonisé pour continuer à me sentir illégitime à faire ce travail à leur place ?
Le CRIF
Cette association, née après la Seconde Guerre mondiale, fédère toutes les sensibilités de la communauté juive. Une tradition veut que le CRIF réunisse chaque année le gratin du pouvoir et de l’intelligentsia française. Jusqu’ici, tout va bien. Mais il se trouve que cette organisation s’est constituée, depuis quelque temps, en puissant outil d’influence sioniste en France.
Alors qu’Israël commet un génocide au vu et au su du monde entier, des officiels français et des personnalités du monde de la culture ont savouré, ce jeudi 3 juillet, le champagne du CRIF. Ces dîners de gala ressemblent presque à des remises de diplômes, décernés à ceux qui ont le mieux retenu les éléments de langage de la propagande israélienne. Du fasciste Retailleau au mollusque Bayrou, en passant par « l’Arabe de service » Sophia Aram, ils étaient tous là pour accuser de "pro-Hamas" les dénonciateurs du Génocide et marteler que l’antisionisme serait un antisémitisme.
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Nous avons là tous les ingrédients d’une caricature : pouvoir, génocide et gala. Artistes et politiques réunis sous un même toit… et pourtant, je n’ai vu aucun dessinateur français traiter le sujet. Le seul thème qui semble passionner en ce moment, c’est l’entrisme des Frères musulmans. L’entrisme d’Israël, lui, demeure un point aveugle — à croire que le canon de Netanyahou leur a crevé les yeux…
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